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Publié par Thomas Le 17 Juin 2014.

Nous irons voir Pelé sans payer (Inédit, ce soir sur France Ô).

Alors que Brésil-Mexique, match de poules du Mondial 2014, sera terminé depuis quelques dizaines de minutes (sur TF1 et beIN Sports), France Ô propose de revenir ce soir à 23h15 sur une affiche vieille de 33 ans.

En 1971, une sélection martiniquaise reçoit le mythique Santos FC du roi Pelé. Et c’est toute l’île qui bouillonne. Avec talent, Gilles Elie-Dit-Cosaque, auteur-réalisateur de ce document inédit, refait bien plus que le match.

28 janvier 1971. Dans le cadre d’une grande tournée en Amérique du Sud et centrale qui va le mener du Panama à la Colombie, le Santos FC est attendu sur la pelouse du stade de Fort-de-France, en Martinique. Club mythique de football de São Paulo, le Santos Futebol Clube aligne des stars comme Pelé, Edu ou Lima. Les exhibitions de l’équipe brésilienne se payent cher, très cher même. Qu’importe : pour relancer le football martiniquais, alors en pleine crise, l’idée d’organiser une rencontre entre une sélection de joueurs amateurs de l’île et l’équipe du « roi Pelé », triple champion du monde, est lancée.

Avec des billets vendus dix fois plus cher qu’à l’ordinaire, l’événement frustre une partie de la jeunesse, qui, barrière de l’argent oblige, se voit de fait interdite de stade. De cette frustration, les militants du GAP (Groupe d’action prolétarien), un groupuscule d’extrême gauche nouvellement créé en Martinique, vont s’emparer en lançant le mot d’ordre « Nous irons voir Pelé sans payer ».

Recueillant les souvenirs d’une poignée d’entre eux, Gilles Elie-Dit-Cosaque plonge dans la société martiniquaise du début des années 1970. « Pelé, rappelle Marie-Jeanne Hardy des Sources, est une superstar. Nous, nous sommes la jeunesse anticolonialiste déterminée, et nous affirmons que nous allons le voir – et pas seulement nous, mais le peuple martiniquais – sans payer. » En ville, les murs se couvrent de slogans : « Le stade au peuple », « Rébellion » ou « Non au sport des riches ». Les manifestations se multiplient, les forces de l’ordre chargent. « Au GAP, se souvient Robert Saé, notre objectif était soit de faire baisser le prix des billets, soit d’empêcher que le match se joue, soit de déclencher des émeutes puisque nous sommes dans la logique de créer une dynamique révolutionnaire. »

Cheveux gris, mais toujours en forme, les joueurs de la sélection martiniquaise se souviennent eux aussi de la rencontre, qui a finalement eu lieu. Et, pour éteindre la colère, la télévision publique décida de diffuser la rencontre en direct. Une première en Outre-mer, qui a finalement permis aux Martiniquais, comme en rêvait le GAP, de « voir Pelé sans payer ».

Christine Guillemeau, France Ô.

Crédit photo © JAVA Films.

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