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Publié par François 03/03/2015 11H40

A ne pas louper : Tchétchénie, une guerre sans traces (document inédit de Manon Loizeau).

Vingt ans après la première guerre de Tchétchénie, Manon Loizeau explore un pays terrorisé, dont le président Kadyrov et ses milices veulent éradiquer jusqu’à la mémoire. Un témoignage exceptionnel, porté par de fragiles voix dissidentes, à ne pas manquer ce 3 mars : à 22h30 sur ARTE.

Manon Loizeau, alors correspondante à Moscou pour la BBC et Le Monde, a découvert la Tchétchénie en 1995, lors de la guerre déclenchée par Boris Eltsine contre ce petit pays du Caucase pour le punir d’avoir proclamé l’indépendance. En 1999, c’est Poutine qui, au prétexte de lutter contre le terrorisme, lançait ses blindés et ses bombes contre les Tchétchènes, ciblant combattants et civils avec une égale férocité. Vingt ans et quelque 150 000 morts plus tard, la réalisatrice retrouve un pays « pacifié » par la terreur qu’inspirent désormais les milices tchétchènes, et non plus l’armée russe.

Inféodé à Moscou, le régime du président Ramzan Kadyrov s’emploie méthodiquement à éradiquer la mémoire de la guerre comme l’histoire du pays, et impose un culte de la personnalité digne de l’ère stalinienne. Largement financé par le Kremlin et percevant aussi des fonds des Émirats arabes unis, le jeune Ramzan Kadyrov (38 ans) a aussi spectaculairement reconstruit son pays ravagé par la guerre. Grozny, capitale rasée par les bombes il y a dix ans, a pris des allures de Dubaï, avec néons, centres commerciaux et mosquées rutilantes, et ses avenues neuves portent les noms des principaux bourreaux de la population, Poutine en tête.

Mais chaque jour, des gens continuent de disparaître, victimes du pouvoir absolu d’un gouvernement qui s’arroge ouvertement le droit de torturer et de tuer. De rares voix dissidentes prennent pourtant le risque de dénoncer cette terreur d’État. Dans ce « tunnel sans lumière » décrit par Madina, présidente du Comité des Mères, Manon Loizeau a pu aller à leur rencontre en se cachant et en rusant, et même suivre le procès d’un politicien respecté, Rouslan Koutaiev, accusé sans aucune vraisemblance de détention d’héroïne et jugé par un tribunal aux ordres.

Un témoignage poignant, exceptionnel, sur la tragédie d’un peuple que le monde a oublié.

A ne pas louper : Tchétchénie, une guerre sans traces (document inédit de Manon Loizeau).

Manon Loizeau : "La république tchétchène fait partie de la fédération de Russie, et dans la mesure où j’y suis accréditée comme journaliste, je n’ai pas besoin de visa pour m’y rendre. Mais il s’agit d’un tout petit pays, où tout se sait très vite, et avec Internet, une fois votre identité connue, vous ne pouvez pas mentir sur vos intentions. L’important était donc de ne pas être repérée. En un an, j’ai effectué huit voyages en restant à chaque fois peu de temps, et jamais plus de quelques jours en un même lieu. Nous avons rusé aussi en travaillant avec trois cadreurs successifs, accrédités par des médias différents, qui ont parfois tourné seuls, notamment pour les cérémonies publiques. J’avais aussi laissé des petites caméras sur place, et certaines personnes m’ont par ailleurs donné des images prises avec leurs téléphones

La reporter ajoute qu'elle risquait d’être expulsée en cours de tournage et de voir ses rushes confisqués, mais les Tchétchènes qui l’ont aidée ou les éventuels témoins étaient en danger du seul fait d’avoir participé. "Jusqu’au bout, nous ignorions s’il serait possible de terminer. Mais le courage de ceux qui acceptaient de briser le silence nous donnait l’obligation de continuer. Je n’aurais pas pu faire ce film sans les jeunes juristes russes du Comité contre la torture, qui constituent le seul grain de sable actuel dans la machine totalitaire. Leur bureau de Grozny était un timide contre-pouvoir où les familles de disparus trouvaient un appui. J’en parle au passé, car peu après Noël, ces locaux ont été incendiés par un mystérieux attentat."

La seule lueur d’espoir sur place, souligne Manon Loizeau, Prix Albert Londres, c’est peut-être l’émergence d’un nouveau militantisme, qu’incarnent ces jeunes juristes pragmatiques. "En bataillant sur les faits, avec pour arme le droit russe, ils obtiennent parfois des résultats stupéfiants, alors que d’autres ONG, comme le Comité des Mères de Tchétchénie, sont désormais totalement isolées du reste de la société."

Crédit photos © Magnéto Presse.

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Islam 09/02/2015 03:33

Merci beaucoup pour ce film.