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Publié par Pascal 09/02 9h11

Belle audience pour Détenues, document inédit réalisé par Marie Drucker.

Les femmes criminelles sont peu nombreuses mais majoritairement poursuivies pour des crimes graves. Femmes et détenues, elles sont doublement minoritaires.

Un film documentaire ouvre la porte d'un Centre de Détention* sur plusieurs mois et donne la parole à des femmes condamnées à de très longues peines. Pour la première fois à visage découvert, elles ont accepté de nous laisser pénétrer leur vie quotidienne, de nous parler de l'enfermement, de nous livrer leur réflexion sur les faits commis et leur vision de la liberté.

Ecrit et réalisé par Marie Drucker, ce film était diffusé mardi 9 février à 23 heures sur France 2. Belle audience avec 1.5 million de téléspectateurs (12.5% de part d'audience).

La France compte aujourd’hui 78.000 détenus. Les femmes représentent 3,5% de la population carcérale. Si les criminelles sont peu nombreuses, elles sont majoritairement condamnées pour des crimes graves, loin de l'image "romantique" que l'on se fait parfois de la femme complice de son compagnon. Leur détention est une réalité méconnue, souvent tue. Qui sont ces femmes qui ont transgressé le comportement attendu d’elles par la société ? Comment vivent-elles l’enfermement ? Comment vivent-elles avec les faits commis ? Comment se reconstruire ? Comment se projeter vers l'avenir quand l’espoir de revoir l’extérieur est très lointain ? Ce documentaire ouvre la porte du Quartier des Femmes d'un Centre de Détention et donne la parole à des détenues. Condamnées aux peines les plus lourdes, elles ont commis l’indicible mais n’en demeurent pas moins des femmes, des filles, des mères. Elles nous parlent des faits mais aussi de l’enchainement des circonstances qui les y ont conduites. Elles nous parlent du regard qu’elles portent sur elles et de celui que portent aussi leurs parents, leurs enfants.

Belle audience pour Détenues, document inédit réalisé par Marie Drucker.

Marie Drucker :

"J’ai choisi ce sujet parce que j’avais remarqué qu’il n’existait aucun travail – universitaire, documentaire ou autre – sur les femmes détenues. Leur marginalité globale (exclues de la société, enfermées dans des « quartiers de femmes » à l’intérieur de prisons d’hommes, exclues des travaux de recherche ou de curiosité) m’a beaucoup interpellée et conduite à m’y intéresser. Je me suis aperçue que, si les pulsions criminelles des hommes étaient sinon facilement « admises », elles étaient du moins familières notamment à travers le cinéma ou l’actualité. Celles des femmes restaient totalement taboues. C’est pourquoi j’ai voulu rencontrer des femmes qui avaient commis des crimes très graves pour comprendre ce qui, dans leur parcours, les avait conduites à cette bascule. Françoise, Danièle, Betty et Edith ont, non seulement accepté de me parler, mais surtout saisi l’opportunité d’une liberté – celle de la parole sans cacher leur visage – elles qui en ont si peu. Chacune à sa manière m’a raconté son histoire : les douleurs non réparées de l’enfance, les mauvaises rencontres, les traumatismes ; tout ce qui a conduit chacune d’elle au crime et à la prison. Si elles ont encore, des années après, du mal à accepter leur geste et leur condamnation, aucune n’est dans le déni ou la négation des faits. « Comment suis-je arrivée là ? » Une question qui les hante encore aujourd’hui entre espoir de sortir un jour et angoisse profonde d’un monde extérieur qui les a oubliées depuis de nombreuses années.

Entrer dans la prison est d’abord un parcours physique. Il faut passer par la fouille, laisser son téléphone portable, déposer sa carte d’identité puis passer les sas. Nombreux. Comme des paliers de décompression au travers desquels on s’imprègne un peu plus de l’endroit, couloir après couloir, bruit après bruit, odeur après odeur jusqu’au lieu de vie des détenues. Dans cet univers carcéral, tout est structuré au sein d’une architecture surveillée. Pour passer d’une aile à l’autre, les surveillants actionnent l'ouverture des portes, parfois avec des clefs mais la plupart du temps à distance. Les bâtiments sont traversés par d’immenses couloirs qui séparent les rangées de cellules, elles-mêmes organisées par étages, où toutes les fenêtres sont pourvues de barreaux. Des cellules de 9m2 qui révèlent avec force des réalités de vie en même temps que la réalité carcérale. Chacune est un décor, un univers. Les femmes y vivent entre elles, encadrées par des surveillants, des médecins et des psychologues. Elles possèdent la clef de leur cellule, travaillent tous les jours et c’est à la nuit tombée qu’elles affrontent la solitude de leur cellule et le gâchis – c’est leur mot – de leur vie. Elles affrontent également le temps qui passe, les jours, les mois, les années durant lesquelles le monde avance. Sans elles.

Pour autant - et ce fut l’une des surprises de ce film – le temps en prison n’est pas figé. Il se passe une infinité d’événements (joies, disputes, grandes déprimes, relations qui se nouent ou se dénouent…) à un rythme bien plus rapide que dans le monde extérieur. Des événements qui influent aussi sur l’évolution intime de ces femmes. Habitées constamment par leur crime, elles cherchent encore, des années après, à le comprendre et à vivre avec sans jamais vouloir l’oublier."

Crédit photos © What's up films

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planeau frédérique 11/02/2016 15:27

Enfin un documentaire sans musique au mètre !!!! Bravo à la réalisatrice et la productrice pour le contenu et la réalisation ,le travail sur le silence et les ambiances ,j'espère que vous allez faire "école " car on ne peut plus regarder un doc sans musique débile ,,,exemple ,sur la meme chaine "hors la loi ,entrer en prison " pas possible à regarder alors que le sujet est interessant ,vulgarité de l'illustration sonore !

michel schwab 05/08/2016 08:54

bonjour, mon post n'a rien à voir avec votre commentaire, je voulais juste savoir si vous avez été scolarisée à la maison de Sèvres? car nous faisons un travail de mémoire sur cette institution et souhaitons en informer les anciens élèves. mon mail: schwabinus@hotmail.fr

planeau frédérique 11/02/2016 15:52

Je corrige ma dernière phrase , il y a pire en matière d'illustration sonore ! le début très" pompier" m'avait rebuté surtout après la finesse de la réalisation de "détenues",les virgules sonores ne sont pas si nombreuses que ça et plutôt soft ,l'erreur fut de regarder en replay l'un à la suite de l'autre