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Publié par François 01/03/2016 13H30

La police, ne quittez pas ! Documentaire inédit ce soir sur France 2.

Le 17 : vous avez appelez la police, ne quittez pas. !

A voir ce mardi à 23h10 sur France 2, dans la case Infrarouge, un documentaire inédit de François Chilowicz et Anne Bettenfeld.

Les appels au 17 ne cessent d’augmenter. On frôle parfois l’implosion. Pourtant, les appels ne sont pas tous des "missions de Police Secours " .

L’ensemble des appels passés au 17 en disent long sur la société. En prise directe avec la réalité et l’instantané, ils livrent des petits bouts de vie chargés d’émotion, de détresse ou d’anxiété. Ils révèlent parfois de vraies situations d’urgence, mais le plus souvent, et notamment à travers les appels « polluants », ils témoignent des sentiments d’insécurité qui traversent notre société. La police, on ne l’aime pas forcément quand elle vient à nous, car bien souvent c’est pour sanctionner une infraction ou un délit. Mais quand on va à elle, on en attend tout et l’impossible, estimant bien souvent qu’elle n’en fait pas assez…

La police, ne quittez pas ! Documentaire inédit ce soir sur France 2.

François Chilowicz et Anne Bettenfel, auteur sdu film :

"Les policiers ont beau rappeler à leurs interlocuteurs qu’ils viennent de composer un numéro exclusivement réservé aux interventions urgentes, leur expliquer que leurs problèmes n’ont pas forcément à voir avec la police, cela ne change rien. En dépit de l’exaspération des policiers parfois perceptible, les requérants gardent l’espoir d’être écoutés par le 17. Ils se disent que leurs souffrances ou les injustices qu’ils estiment subir seront prises en considération par quelqu’un : la police ! Ce quelqu’un qui est supposé résoudre tous les problèmes, ou presque. Ce quelqu’un qu’on appelle quand on ne sait plus vers qui se tourner. Naturellement, certains appels sont justifiés : agressions, vols, accidents, violences, nuisances sonores, stationnements gênants… Les policiers du 17 savent les traiter en un temps record, en fonction des moyens matériels et humains (parfois limités ou saturés) à leur disposition. Forts de leur faculté de discernement, ils n’ont que quelques secondes pour organiser les missions, hiérarchiser les priorités en fonction de l’urgence qu’ils ont perçue.

Mais on attend beaucoup plus d’eux.

Les hommes et les femmes qui prennent nos appels doivent aussi faire preuve de sang-froid en cas de danger réel. De fermeté pour mettre un terme à une conversation stérile. D’humour pour dédramatiser certains événements. De pertinence ou d’autorité pour diriger l’entretien.

S’ils ne donnent pas satisfaction au requérant, cela ne fait aucun doute, celui-ci rappellera quelques minutes plus tard. On ne se débarrasse pas facilement d’un requérant déterminé, fut-il dans une demande excessive ou farfelue… Chaque décision d’un policier du 17 est prise sous une pression non négligeable, qui engage sa responsabilité professionnelle et, éventuellement pénale. Sauver une victime, identifier un agresseur, garantir la sécurité des collègues… Une erreur d’appréciation, éventuellement grave, peut se produire à tout moment, et bien souvent, là où on ne l’attend pas.

Ce qui est très impressionnant au 17, c’est d’observer avec quelle rapidité les policiers savent évaluer la gravité réelle d’une situation et son urgence. Le ton de la voix, la nature des informations données, autant d’éléments subtils qui guident d’emblée le policier dans sa prise de position. Par exemple, au milieu d’une nuit de réveillon, il est difficile de distinguer l’appel d’un ivrogne, d’un appel émis par une personne âgée qui vient de tomber et peine à reprendre ses esprits. Tout l’enjeu, on l’aura compris, consiste à ne pas passer à côté d’une mission essentielle, parfois d’apparence anodine et qui, bien souvent se trouve noyée dans une longue série d’appels qui ne relèvent pas de la sécurité publique.

L'omniprésence du thème de l'insécurité dans les médias et les discours politiques conforte également les citoyens dans leur sentiment d’être en danger. Il est vrai qu’après 19h00, dans la plupart des quartiers, tout est fermé. Il n’y a personne vers qui se tourner, personne à qui parler, personne pour nous venir en aide… Les relations de voisinage se sont estompées, les liens familiaux dilatés et les lieux de convivialité se concentrent dans les centres ville, souvent réservées à une clientèle jeune, festive ou aisée. Une enquête approfondie sur le sentiment d’insécurité des Français ne désigne pas spécifiquement la délinquance, mais plutôt l’individualisme, la solitude, la compétition, l’affaiblissement des services publics, la précarité des parcours de vie, la santé, le déclassement social, la société de consommation, l’environnement et la judiciarisation croissante des rapports sociaux…

C’est cette judiciarisation qui fait qu’on ne va plus voir son voisin pour un tapage, mais qu’on appelle la police. C’est elle aussi qui fait qu’on porte plainte aussitôt qu’on se sent victime, plutôt que de négocier un arrangement amiable. Et comme toujours, c’est à la police qu’on demande de résoudre en urgence tous les maux qui n’ont pas été résolus par les différents mécanismes sociaux !

Sans compter que la police, c’est notre police. C’est nous qui la payons à travers nos impôts, ce qui ouvre la porte à toutes sortes de revendications. Ils doivent être là pour nous, les honnêtes gens. Ils n’ont pas le droit de nous laisser tomber. Même, on les sollicite pour remplir un grand vide…

Et pourtant, le « service public » du 17 connaît le même soucis de rationalisation que toute administration, à savoir, trouver un compromis toujours improbable entre qualité, disponibilité, efficacité et rentabilité. Chaque requérant doit se sentir pleinement écouté, mais dans un temps limite. Chacun doit avoir le sentiment d’une réponse de la police, même s’il n’y a rien à faire… Si le service 17 n’était dédié qu’à la sécurité, le compromis entre la finalité et les moyens, ne serait pas trop difficile à atteindre. Mais dans la réalité, le 17 est souvent la ligne du « sentiment d’insécurité » ce qui nécessite beaucoup de moyens, pour offrir à chaque citoyen toute l’attention, la bienveillance et la disponibilité qu’il en espère. Est-ce toujours une mission de police ?

Crédit photos © BELLOTA FILMS / FTV.

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