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Publié par François 03/05/2016 11H50

À revoir ou à découvrir : le témoignage de Simone Lagrange sur Auschwitz.

Moi, petite fille de 13 ans. Simone Lagrange témoigne d'Auschwitz : un documentaire d'Elisabeth Coronel, Florence Gaillard et Arnaud de Mezamat, produit par Abacaris Films, diffusé sur France 2 en avril 2010 pour la première fois.

Quelques semaines après le décès de Simone Lagrange, France 2 rediffuse ce document : ce mardi à 22h50. Survivante d'Auschwitz-Birkenau, témoin majeur au procès de Klaus Barbie, vice-présidente de l’association du Mémorial des enfants juifs déportés d’Izieu, Simone livre le récit de sa déportation.

Réalisé par Elisabeth Coronel, Florence Gaillard et Arnaud de Mezamat.

Pour Simone Lagrange, le 6 juin 1944 n’est pas seulement la date du débarquement allié en Normandie. C’est aussi celle de son entrée dans le premier cercle de l’enfer. Certes, le cauchemar avait été tissé fil à fil de longue date.

À la fin des années 30, les Kadoshe (Rachel, Simon, cinq enfants) vivent à Saint-Fons, près de Lyon. Ils sont israélites, comme on dit alors. Ils sont français, originaires de Mogador (Essaouira) au Maroc. Le père travaille dans la chimie à Vénissieux, il chante Minuit chrétien, à Noël, à l’église, sans y voir de contradiction avec le fait de pratiquer sa religion. La suite, on la sait. La défaite française, l’exode, la partition de la France, l’annexion de la Zone libre, les lois raciales de Vichy, le mot "Juif" qu’il faut faire tamponner sur ses papiers. Pour Simone, il y a l’humiliation d’un épouillage public à l’école. Juifs = poux. Et déjà une demi-sœur aînée résistante qui est arrêtée et disparaît dans les caves de la Gestapo de Lyon de sinistre mémoire.

Le 6 juin 1944, donc. Simone a 13 ans. "Le 5, j’ai obtenu mon certificat d’études… avec mention. Le lendemain, j’étais en tôle." Dénoncés comme résistants, les Kadoshe sont embarqués avec deux de leurs filles au siège de la Gestapo, place Bellecour, et présentés à un "petit bonhomme un peu ridicule" portant dans ses bras un chat qu’il caresse nonchalamment. "Il n’en imposait pas beaucoup et puis son chat était si mignon." Pendant une semaine, Simone est interrogée et frappée par Klaus Barbie – c’est lui. Où sont cachés ses frère et sœur cadets ? Elle n’en sait rien. Fort Montluc à Lyon. Camp de Drancy, en région parisienne. Là, les Kadosche recueillent la petite Jacqueline, qui sera l’amie inséparable de Simone pendant toute sa déportation, et ramassent deux gamines perdues, Mina et Claudia Halaunbrenner, deux "enfants d’Izieu", raflées le 6 avril. Le wagon à bestiaux. Les premiers cadavres qu’on entasse pour faire de la place. Quatre jours de voyage et enfin l’arrivée à Auschwitz-Birkenau, le complexe industriel de la mort, où Simone est éblouie par la beauté de la lumière et horrifiée par l’odeur de chair brûlée, dont elle ne tardera pas à apprendre l’origine…

Dans cette dame calme et digne alors octogénaire, qui sait qu’une part d’elle (et de tous) est restée à jamais là-bas, vivent encore l’adolescente butée qui, devant la chambre à gaz, tenait tête au commandant du camp en refusant de se mettre au garde à vous ("J’ai dit : ‘Si c’est pour mourir, je ne me mets pas au garde à vous !’ Finalement, il m’a foutue à la porte : ce n’était pas mon heure") et l’enfant qui regarda sans ciller son père se faire abattre de deux balles dans la tête ("Il y avait une tache de sang fumant sur la neige"). Et aussi la gamine rescapée de 14 ans, gonflée malgré ses 21 kg, lançant au soldat russe qui l’avait découverte dans sa cachette et la mettait en joue : "‘Merde, alors, il va pas faire le con, celui-là !’ Il m’a embrassée en répétant ‘Franzouski ! Franzouski !’ J’ai fumé ma première cigarette, ce jour-là. Une de ces abominables cigarettes russes qui vous arrachent les poumons. Mais qu’est-ce que c’était bon."

Devant la caméra d’Élisabeth Coronel, Florence Gaillard et Arnaud Mezamat, devant des lycéens visitant la maison d’Izieu – dont elle a contribué à faire un mémorial –, au procès de Klaus Barbie en 1989, où elle fut l’un des témoins les plus marquants, Simone Lagrange n’en finit jamais de raconter, puisqu’on n’a encore rien entendu. Et répète ce qui, malgré tout, ressemble à une victoire : "Je ne suis pas devenue ce qu’ils voulaient que je sois".

Crédit photo © ABACARIS Films.

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Martine 04/05/2016 22:31

Oui grande dame! Superbe document

Patricia 04/05/2016 01:31

J 'ai vu pour la 1ère fois ce soir le témoignage de Simone Lagrange, il est bouleversant .
J 'ai trouvé cette femme admirable. Elle raconte tellement bien les atrocités qu'elle a vécues,son témoignage est précieux. Merci à elle.