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Publié par Pascal 18/08 16h38

Parution cette semaine d'Orléans, nouveau roman de Yann Moix.

Parmi les romans attendus lors de la rentrée littéraire, dès mardi, Orléans, écrit par Yann Moix. Qui fait déjà l'objet d'une polémique...père - fils (voir lien ci-dessous) !

Environ 270 pages et un prix de vente de 19 euros pour cet ouvrage publié par Grasset et présenté ainsi :

Qui a lu l’œuvre publiée de Yann Moix sait déjà qu’il est prisonnier d’un passé qu’il vénère alors qu’il y fut lacéré, humilié, fracassé.

Mais ce cauchemar intime de l’enfance ne faisait l’objet que d’allusions fugaces ou était traité sur un mode burlesque alors qu’il constitue ici le cœur du roman et qu’il est restitué dans toute sa nudité.

Pour la première fois, l’auteur raconte l’obscurité ininterrompue de l’enfance, en deux grandes parties (dedans/dehors) où les mêmes années sont revisitées en autant de brefs chapitres (scandés par les changements de classe, de la maternelle à la classe de mathématiques spéciales).

Dedans : entre les murs de la maison familiale.

Dehors : l’école, les amis, les amours.

Roman de l’enfance qui raconte le cosmos inhabitable où l’auteur a habité, où il habite encore, et qui l’habitera jusqu’à sa mort, car d’Orléans, capitale de ses plaies, il ne pourra jamais s’échapper.

Un texte habité, d’une poésie et d’une beauté rares, où chaque paysage, chaque odeur, chaque mot, semble avoir été fixé par des capteurs de sensibilité saturés de malheur, dans ce présentéisme des enfants martyrs. Aucun pathos ici, aucune plainte, mais une profonde et puissante mélancolie qui est le chant des grands traumatisés.

Les premières lignes :

Maternelle. – Le monde rouillait. Derrière la fenêtre, c’était l’automne. L’air jaunissait. Quelque chose d’inévitable se déroulait dehors : la mort des choses. La cour de récréation, mangée par une marée de pénombre, revêtait des reliefs alambiqués. Je ne reconnaissais plus l’univers. Dans la salle de classe, éclairée par des néons grésillants, j’éprouvais, dans la bouche, ou plus exactement au fond du palais, un goût d’amande et d’abri. Rien n’était urgent parmi les dessins, les chiffons tachés, les flacons, les pots, les pinceaux, les éponges mouillées, les grosses lettres aimantées au tableau noir, les motifs en papier kraft. Le contraire de la guerre n’est pas l’amour, mais une fin d’après-midi orange, en novembre, dans une école maternelle. On n’y compte ni cadavres ni blessés ; nul n’y tremble. Tout y est chaud et bigarré. Le crépi, fissuré, de la bâtisse suffisait à nous isoler de la densité oppressante de la nuit noire et rouge.

Il eût suffi de briser les vitres pour faire surgir, tel un ouragan, dans notre coquille tiède et idéale, les cendres et les misères de la vie adulte, les vents amers, les larmes, les condoléances, les maladies. L’institutrice, bleutée, portait un chignon. J’aimais la façon dont elle effaçait le tableau, laissant, après le balayage frénétique de la surface, le spectre du motif précédent – en palimpseste – vouloir exister encore, comme ces blessures d’amour qui ne s’en vont qu’avec la mort.

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