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Publié par François 21/04/2020 10H30

Tous surveillés, enquête ce soir sur ARTE au cœur du nouveau "totalitarisme numérique" mondial.

Faut-il, pour stopper une pandémie ou éviter un attentat, accepter de renoncer à nos libertés individuelles ?

A l’heure où de plus en plus d’États ont recours aux technologies de surveillance pour endiguer la propagation du coronavirus, une enquête diffusée ce mardi 21 avril à 20h50 sur ARTE dresse un panorama mondial de l’obsession sécuritaire.

Des caméras à reconnaissance faciale niçoises à la répression chinoise des Ouïghours, ce film dévoile la relation incestueuse entre les industriels de la sécurité et les grandes puissances, avec un constat glaçant : le totalitarisme numérique est pour demain !

Un documentaire de 90' de Sylvain Louvet ; coproduction : ARTE France, Capa Presse.

Aujourd’hui, plus de 500 millions de caméras sur la planète offrent aux autorités la capacité de nous surveiller, à peu près partout et à chaque instant. Sous couvert de lutte contre le terrorisme ou la criminalité, les grandes puissances se sont lancées dans une dangereuse course aux technologies de surveillance. Dorénavant, l’incroyable perfectionnement de l’intelligence artificielle valide l’idée d’un regard total.

Aux États-Unis, les forces de police utilisent la reconnaissance faciale pour identifer les suspects. En Chine, les caméras peuvent repérer les criminels de dos, à leur simple démarche. En France, la police utilise des caméras intelligentes qui analysent les émotions et les comportements des passants. Marquée par l’attentat au camion du 14 juillet 2016, qui a fait quatre-vingt-six morts, et s’est produit en dépit des deux mille caméras scrutant la ville, Nice se situe désormais à l’avant-garde de l’expérimentation. Le centre de supervision et les zones dédiées à la reconnaissance faciale sont les chevaux de bataille du maire Christian Estrosi, qui veut faire de sa ville une safe city.

Comme un virus, l’idéologie du tout-sécuritaire se répand à la mesure d’une révolution numérique à la puissance exponentielle. Va-t-elle transformer notre monde en une planète habitée par sept milliards de suspects ? Quel niveau de surveillance nos libertés individuelles peuvent-elles endurer ?

On le surnomme le «marché de la peur», estimé à 40 milliards de dollars par an. Colossaux, les enjeux de la surveillance intelligente aiguisent les appétits de sociétés prêtes à promouvoir le «modèle Big Brother» pour engranger les plus grands bénéfices.

L’enquête internationale de Sylvain Louvet démonte les rouages de cette machine aux innombrables facettes et dévoile la relation incestueuse qui se noue entre les industriels et les pouvoirs publics. En Israël, elle souligne les liens entre l’armée, le Mossad et les start-up technologiques, soupçonnées de tester la reconnaissance faciale aux checkpoints. En France, elle met en lumière l’influence des multinationales de la défense, dans les orientations choisies par le maire de Nice Christian Estrosi. Aux États-Unis, elle donne la parole à ceux qui dénoncent la faillibilité du logiciel de reconnaissance faciale d’Amazon couplé à un fichage biométrique généralisé.

Le documentariste a également réussi à enquêter en Chine, pays où l’obsession sécuritaire est en passe de donner naissance à une nouvelle forme de régime : La dictature 3.0. Arrestations « préventives » arbitraires, mise en place d’un système de notation des citoyens, fichage ADN et persécution systématisée (allant jusqu’à l’apposition de QR code sur les portes des appartements) de la minorité musulmane des Ouïghours... L’arsenal de la répression connaît un degré de raffinement inédit dans l’histoire de l’humanité. Un goulag numérique : telle est la vision du futur, dessinée par ce documentaire aussi percutant que glaçant.

Sylvain Louvet : "Partout le schéma est le même. Les États justifient d’abord le développement de ces outils par un souci d’innovation et de soutien aux entreprises du pays. Mais dès que survient un évènement exceptionnel, comme un attentat ou une pandémie, ils les généralisent en invoquant l’argument sécuritaire. On l’a vu aux États-Unis avec le Patriot Act ou plus récemment avec la crise du coronavirus. Pour limiter les déplacements et tenter d’endiguer la propagation du Covid-19, certains pays comme la Chine, la Corée ou Singapour ont déployé à grande échelle des technologies telles que la géolocalisation des malades ou la reconnaissance faciale. A l’origine, protéger la population relève évidemment d’une ambition louable, mais une fois qu’elles existent, ces technologies peuvent être utilisées à des fins répressives. La question est de savoir jusqu’où nous sommes prêts à sacrifier nos libertés individuelles au profit de la sécurité".

Crédit photo © Capa Presse

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