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Publié par François 13/10/2020 12H35

Document inédit dès 20h50, ce mercredi sur ARTE : Ku Klux Klan, une histoire américaine. En archives et témoignages éloquents, David Korn-Brzoza retrace l’histoire méconnue, car en partie refoulée, du “plus ancien groupe terroriste des États- Unis”, qui a mis en œuvre par une violence largement impunie ses visées racistes, de 1865 à nos jours.

 

Partie 1. Naissance d’un empire invisible.

En 1865, une poignée de vétérans sudistes de la guerre de Sécession fondent une société secrète dans le Tennessee et lui donnent le nom de Ku Klux Klan. Par jeu, puis pour terroriser, ils se parent d’attributs pseudo médiévaux, robes et cagoules dissimulant leur identité. 4 millions de Noirs libérés de l’esclavage vivent alors dans les anciens États fédérés du Sud.

En 1868, année électorale, le Klan, qui a grossi rapidement pour se transformer en organisation paramilitaire, multiplie attentats et lynchages pour les dissuader d’exercer leurs nouveaux droits. Quatre ans plus tard, quand Washington dissout le Klan et envoie l’armée rétablir l’ordre, ses membres et alliés se sont arrogé tous les pouvoirs. Sous l’égide des lois dites “Jim Crow”, une ségrégation impitoyable succède à l’esclavage. Les images des lynchages, devenus mon- naie courante, figurent sur des cartes postales.

Quelques décennies plus tard, dans une Amérique en pleine mutation où des millions d’immigrants affluent, le Ku Klux Klan renaît spectaculairement. Sous l’impulsion de ses leaders, il élargit son commerce de haine aux immigrants, aux communistes, aux juifs, aux catholiques... Organisation de masse forte de près de 4 millions de membres, il contribue à faire voter en 1924 une loi limitant l’immigration aux Européens du Nord, qui reste en vigueur pendant plus de quarante ans.

Affaibli par les scandales et la Grande Dépression, puis discrédité après la Seconde Guerre mondiale pour ses sympathies fascistes et nazies, le Klan disparaît pour resurgir une décennie plus tard, avec l’émergence du mouvement pour les droits civiques.

 

Partie 2. Résurrections.

En 1954, la Cour suprême déclare anti-constitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles publiques. Le Ku Klux Klan se remet alors en ordre de marche et, avec la complicité des autorités locales dans certains États, se déchaîne pour contrer par la terreur un mouvement devenu irrépressible.

En septembre 1963, deux semaines après la marche sur Washington, où des centaines de milliers de personnes ont acclamé le “rêve” de Martin Luther King, des membres du Klan font exploser une bombe dans une église noire de Birmingham en Alabama, tuant quatre jeunes filles. Ils sont rapidement identifiés, mais J. Edgar Hoover enterre le dossier. L’année suivante, l’assassinat de trois militants des droits civiques achève de choquer l’opinion et, sous la pression politique, le patron du FBI va enfin agir, tandis que le président Johnson met officiellement fin à la ségrégation. En quelques années, le Klan va perdre 70 % de ses effectifs et se fondre dans la nébuleuse disparate des suprémacistes blancs, aujourd’hui ragaillardie par la présidence de Donald Trump.

 

Pour retracer en détail les quatre vies successives du Ku Klux Klan, David Korn-Brzoza a rassemblé un impressionnant fonds d’archives, alimenté en partie par celles du mouvement lui-même, et rencontré une dizaine d’interlocuteurs : un membre repenti de l’organisation, des vétérans de la lutte pour les droits civiques, le juge pugnace qui, quatorze ans après l’attentat de Birmingham, a poursuivi et condamné ses auteurs, ainsi que différents chercheurs et analystes. En montrant ainsi combien le mouvement et ses crimes incarnent une histoire et des valeurs collectives, il jette une lumière crue sur cette part d’ombre que l’Amérique blanche peine encore à reconnaître. 

 

Crédit photo © Library of Congress, Prints & Photographs Division

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