
Le Procès de Salt Lake City
Août 2004, tribunal fédéral de Salt Lake City. WWASP attaque une mère de famille pour diffamation et conspiration. La liberté d’expression face au pouvoir de
l’argent, précise le documentaire. Le verdict tombe : WWASP perd le procès. Une bataille mais malheureusement pas la guerre. L’organisation n’est pas poursuivie pour "abus sur enfants" et ne fait
toujours pas l’objet d’une investigation fédérale. Une victoire d’autant plus mitigée que les réponses sous serment apportés par Ken Kay, un ancien gardien de nuit reconverti en président de
WWASP, sont loin d’être convaincantes. Face aux accusations de maltraitance, l’homme est en proie au doute – "je ne sais pas" – et sa mémoire semble même soudainement défaillante –
"je ne me rappelle pas". "Certains parlent d’abus dès que l’on fait faire à un enfant ce qu’il n’a pas envie de faire", se défend-il.
La méthode WWASP
Elle repose sur le principe, simple et manichéen, de la punition-récompense. Coupure des liens familiaux, recours aux gaz paralysants, aux menottes (actes
"légiférés" par un contrat signé avec les parents), douches glacées au beau milieu de la nuit, enfermement au mitard ou dans des cages à chiens, immobilisation au sol pendant des heures voire des
semaines, cent tours d’un enclos pour avoir du sel au repas du soir… Sans parler de la violence physique et des abus sexuels évoqués dans ce documentaire. La récompense ? "Chez WWASP, on ne
connaît qu’une seule forme de récompense : l’absence de punition. C’est la seule façon d’acquérir des points, des ‘privilèges’ comme manger, se soigner, étudier, appeler ses parents au
téléphone", expliquent Jean-Robert Viallet et Mathieu Verboud, les deux auteurs du documentaire. La finalité : programmer l’enfant parfait. Ou plutôt parfaitement malléable. Pour les parents
les plus désemparés, WWASP apparaît alors comme la solution de la dernière chance. Et quelle chance ! En guise d’aperçu de la valeur pédagogique du programme – et de l’un de ses
dirigeants, par la même occasion –, une métaphore culinaire de la plus haute élégance : "Ce n’est pas nous qui livrons la pizza. Nous venons chez vous la chercher, on la fait cuire
un petit peu – vous voyez ce que je veux dire ? (non, ndlr) – puis, quand la cuisson est finie, on ramène une pizza dorée à souhait". Plutôt brûlée, cramée tant la méthode WWASP
laisse de profondes séquelles, des bleus à l’âme indélébiles. Quelques années après, face à la caméra de Jean-Robert Viallet et Mathieu Verboud, plusieurs ados racontent. Cette violence subie au
quotidien a aujourd’hui laissé place aux larmes, à la souffrance, parfois à la haine. "Si ces bâtards finissent par fermer, alors je m’en foutrais de tomber d’une falaise et de crever au
petit matin", avoue Steven, l’un des "rescapés".
WWASP, l’intouchable
Sur le marché, en plein essor, "du redressement des enfants", WWASP fait figure de leader. Avec un chiffre d’affaires annuel de 95 millions de dollars, la
"petite entreprise", dirigée de main d'une poigne de fer par des businessmen avertis, n’est pas prête de connaître la crise. Pas étonnant, donc, que pour faire taire les mauvaises langues, la
machine WWASP sache user de sa plus grande force : l’argent. Telle une épée de Damoclès, la menace d’un procès imminent plane sur la tête des parents. Mais qui irait s’engager dans une guerre
juridique - au coût exorbitant - contre une organisation d’une telle envergure ? WWASP se sait "protégé" et peut continuer à agir en toute impunité. D’autant qu’"il n’existe aucune
législation fédérale sur la protection de l’enfance aux Etats-Unis", précisent les deux réalisateurs. Autre armure de protection : Robert Lichfield (fondateur de WWASP, répondant aujourd’hui
au titre de consultant) et ses associés figureraient en tête de liste des plus gros soutiens financiers du parti républicain… Intouchable, WWASP ?
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