Mardi 11 novembre 2008
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A découvrir ce mardi novembre à 20h50 sur France 2 : "14-18, le bruit et la
fureur". Documentaire inédit mêlant images d'archives, films de propagande, et fictions. Réalisé par Jean-François Delassus. Ce programme pourrait trouver un large public si
on se fie au succès du documentaire "Verdu, aux portes de l'enfer" diffusé mercredi dernier : plus d'1.7 million de téléspectateurs sur Arte.
Tout est loin d’avoir été dit sur la “der des ders”, sur l’histoire de cette immense tromperie, de ce gâchis infini. A travers le récit d’un soldat qui a traversé
toute la guerre et qui parle aussi au nom de ses camarades, 14-18 le bruit et la fureur est un documentaire réalisé à partir d’images d’archives, pour la première
fois, restaurées, colorisées et sonorisées.
A rebours de la victimisation du soldat qui a longtemps prévalu, le propos de ce film est nouveau : la Grande Guerre a été entretenue par un consentement général. Ce sont des sociétés entières qui
se sont jetées dans ce qu’elles pensaient être un combat de la civilisation contre la barbarie. Elles se sont ainsi engagées dans le premier massacre de masse moderne, sans avoir la moindre idée de
ce qui les attendait.
En suivant les analyses d’Annette Becker, l’un des chefs de file de ce nouveau courant historiographique, ce film donne une vision neuve de ce conflit dont l’ampleur, la violence, le caractère
total ont à la fois préfiguré et engendré les tragédies du XXe siècle.
Montage Olivier Martin. Narration Alexandre Astier. Avec la collaboration de Isabelle Rabineau. Consultants historiques
Joëlle Beurier, Jean-Pierre Verney et Laurent Veray. Restauration et colorisation des archives Digital Graphics.
Annette Becker, historienne spécialiste de la Première Guerre mondiale, juge que la réussite principale de ce film réside dans sa capacité à expliquer la contradiction incroyable de cette guerre :
"comment des hommes ont-ils pu souffrir autant et, pourtant, continuer pendant quatre ans à participer massivement à la guerre ? Une situation vécue et acceptée par tous les belligérants, sur
toutes les lignes de front, des combattants aux civils sur le front domestique."(...)"Au sortir de la guerre, c’est le pacifisme et l’idée que l’on n’aurait pas dû la faire, tant elle
avait été horrible, qui l’ont emporté. Comme une volonté d’occulter l’impensable, l’idée même d’avoir pu supporter cela aussi longtemps. Mais il faut se rappeler qu’au départ et pratiquement
pendant toute la durée du conflit, nombre de belligérants, volontaires pour certains, consentants pour beaucoup, étaient résolus à faire cette guerre."
Concernant les documents de ce film, le réalisateur Jean-François Delassus rappelle qu' il n’existe aucune image authentique de combats durant
14-18 (il en a été presque de même en 39-45). Une caméra de l’époque ne pouvait pas suivre un soldat pendant l’assaut. Les images de combat,
dont certaines sont vraiment proches de la réalité, ont été reconstituées pendant ou après le conflit.
"Nous utilisons ainsi des images d’un film allemand relatant la bataille de la Somme, qui a été
entièrement mis en scène en Allemagne. Nous utilisons un film anglais qui a été le premier grand reportage de guerre. Mais vous trouverez là-aussi un minimum de mise en scène : soyez certain qu’il
a été demandé à plusieurs reprises aux soldats de sortir des tranchées pour réaliser un champ contrechamp et que cela n’a pas été tourné le jour de l’attaque. Par contre, les images du retour du
combat de blessés ou de soldats harassés sont authentiques. Enfin, j’ai gardé pour le générique de fin, un plan unique d’une minute vingt où l’on voit passer des cavaliers dont l’un d’eux est
victime d’un obus et dont je suis certain qu’il n’a pas été mis en scène. Une perle dans des milliers de kilomètres d’archives. Ce plan est exceptionnel par sa longueur : les archives n’offrent que
très peu de plans dépassant les quelques secondes. Je me suis évertué à conserver les plus longs pour qu’on puisse vivre des scènes et imaginer l’émotion vécue à l’époque".
"14-18 le bruit et la fureur a été réalisé à 90 % à l’aide d’archives. Mais pour exprimer ces moments très forts de violence absolue et intime, et dont Annette Becker analyse le processus, il nous
a semblé nécessaire d’y inclure aussi des extraits de films de fiction sur la Grande Guerre (à chaque fois précisé). Quant aux images de propagande
et aux images d’actualité, j’ai choisi de les montrer comme elles l’ont été pendant la guerre : elles apparaissent projetées dans des salles de cinéma ou identifiées par des cartons de l’époque. Le
cinéma d’actualité était bien plus répandu qu’on ne le pense aujourd’hui. Les familles de soldats s’y pressaient pour suivre les nouvelles du front. Et il existait aussi à l’arrière front un cinéma
aux armées, avec des projections régulières".
A propos de la couleur : "Nous avons pris le parti de coloriser ce que notre narrateur avait lui-même vécu en couleur et de conserver ce qui lui a été étranger ou lointain en noir et blanc (par
exemple ce qui se passe en Allemagne ou en Russie). Les images de propagande et d’actualités demeurent en noir et blanc. Avant même de nous atteler à la colorisation, il a fallu restaurer toutes
les archives du film (chacun des trente spécialistes y ont travaillé à plein temps pendant plusieurs mois à raison de quatre secondes d’images par jour). La restauration/colorisation a été réalisée
en Belgique par Digital Graphic qui a développé une nouvelle technique : elle a permis de coloriser assez finement en un temps record 65 minutes de plans de tous formats, jusqu’aux plans les plus
dégradés. "
Photos copyright DR./
Propos recueillis par Clotilde Ruel
Par Pascal 11/11
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Publié dans : France 2
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