Mardi 9 décembre 2008
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France 2 propose ce mardi à 20h50 un téléfilm français inédit, "Le voyage de la veuve".
Réalisé par Philippe Laik. Scénario de Jean Samouillan.
Avec : Jean-Michel Dupuis (Deibler), Gérald Laroche (Vinel), Bernard Blancan (Thabar), Anne Coessens (Nanon), Hubert Koundé (Léopold), Aubert Fenoy (Jules), Thomas Rouer (Blaise), Simon Ferrante
(Gros Louis), Etienne Grebot (Deschamps), Marc Prin (le capitaine de l’état major), Pierre-Yves Kiebbe (le commandant), Vincent Pietton (le chef de cabinet), Eric Bleuzé (le roi) et François Godart
(Ferfaille).
1918. Une guillotine traverse les lignes du front pour aller exécuter un criminel de droit commun. Un tragique concentré
d’absurde, enlisé dans la boue et le sang.
Philippe Laïk signe ce Voyage de la veuve, inspiré de faits
réels. Un conte noir sur l'absurdité de la guerre et la folie des hommes. Explications du réalisateur, interrogé par Cyrille Latour.
Comment avez-vous découvert cette histoire hallucinante ?
C’est un ami belge qui m’a raconté l’histoire de l’exécution de Ferfaille (1). J’ai été sidéré. Tout ce périple dans un pays rongé par quatre ans de guerre, dans l’unique but de tuer une personne supplémentaire ! J’y ai tout de
suite vu la matière d’un film métaphorique sur l’absurdité de la guerre, sur ses ravages, sur la question de la peine de mort et sur l’implacable bêtise de la machine d’Etat. Il y avait cent
cinquante mille raisons de ne pas décapiter Ferfaille, de ne pas envoyer une guillotine française en Belgique… Tout le monde en était convaincu et pourtant, raison d’Etat oblige, chacun a fini par
s’y résoudre, chacun a accepté de jouer son rôle de petit engrenage dans cette triste machinerie. "La discipline fait la principale force des armées”, dit-on… Je dois dire que France 2 a tout de
suite montré beaucoup d’enthousiasme pour ce sujet. Cette confiance nous a fait pousser des ailes — nous, c’est-à-dire mon producteur Alain Drahy et moi-même — pour livrer un film original, dans
tous les sens du terme.
"La guerre détruit aussi les convictions", entend-on au début. Une clé pour aborder votre film ?
Je fais partie d’une génération qui a côtoyé d’anciens poilus. Je me souviens de leur
regard, de leur fêlure encore vive. Mon grand-oncle par exemple m’a beaucoup marqué enfant. C’était un bon vivant, rigolard, plein de vie mais, parfois, sans prévenir, il “s’absentait” au beau
milieu d’une phrase… Maintenant que les derniers témoins de la Grande Guerre ont disparu, il me paraît encore plus important de raconter, de l’intérieur, cette abomination. Avec ce film, j’ai voulu
montrer comment non seulement la guerre tue des hommes mais aussi à quel point ceux qui en réchappent sont “morts” à leur manière. Le Voyage de la veuve, c’est l’enfer de
l’enfer.
Cette description passe par une vision très crue de la réalité, loin de tout didactisme ou
d'idéalisme...
Il faut en finir avec la vision parfois béate d’une fraternisation entre Français et Allemands. Il y avait de la haine,
du racisme, de la xénophobie. Des deux côtés. Il faut oser parler de cette violence, dont l’on ressent les terribles répercussions dans la scène du mariage par exemple (où chacun y va de son
commentaire sur “l’odeur des Boches”). La guerre conduit à une certaine forme de folie… qui rejoint la folie d’un bourreau comme Deibler. Ce lien symbolique est pour moi une des grandes forces de
cette histoire.
(1) 26 mars 1918 :
il aura fallu qu'une guillotine et un bourreau viennent de Paris, au terme d'un voyage absurde dans un pays en guerre, pour que la Belgique exécute son dernier condamné à mort par
décapitation.
1917, à Furnes en Belgique, Emiel Ferfaille, 26 ans, assassine froidement sa compagne Rachel Rijckewaert. Un crime
passionnel sinistre, odieux et — circonstance aggravante — prémédité qui vaut au jeune maréchal des logis une condamnation à la peine capitale. Même si depuis 1863 la peine de mort n’est plus
appliquée, le roi Albert 1er ne peut décemment pas gracier ce nouveau condamné. En pleine guerre, alors que des milliers d’hommes périssent dans les tranchées, la grâce royale aurait paru
inacceptable aux yeux de l’opinion. Elle aurait doublement protégé Ferfaille, le privant de son châtiment d’une part et le mettant à l’abri du front d’autre part. Inadmissible. Le roi doit faire
un exemple.
Seul problème : la loi impose que pour les crimes de droit commun la peine soit effectuée par décapitation et il n’y a ni guillotine en état d’usage ni bourreau compétent en Belgique. La “veuve”
sera alors acheminée depuis la France, sur ordre de Clemenceau qui était pourtant abolitionniste, à travers le pays en guerre, sous la responsabilité du célèbre bourreau Deibler et sous la
protection d’une petite escorte.
Entre 1914 et 1918, la cour militaire belge a prononcé 219 condamnations à mort dont douze ont été exécutées : onze crimes de guerre passibles du peloton et un crime de droit commun, celui
d’Emiel Ferfaille. Son exécution dans la cour de la prison de Furnes, le 26 mars 1918, entrera dans l’histoire comme la dernière décapitation de Belgique. La peine de mort y sera définitivement
abolie en 1996.
Photo, Jean Michel Dupuis ; copyright France 2 / Jacques Morell.
Par François 09/12
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Publié dans : France 2
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