Lundi 31 août 2009
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18:11
Place 4 : BREAKING BAD SAISON 2.
Diffusion sur AMC le dimanche soir à 22 heures. Programmation française sur Arte ? Renouvelé pour une saison 3.
Créé par Vince Gilligan. Avec Bryan Cranston, Anna Gunn, Aaron Paul, Dean Norris, Betsy Brandt, RJ Mitte.
!!! Indice spoiler : 5/5
Bilan: Le défi était de taille. Après une courte saison 1 époustouflante de bout en bout, repoussant les limites du soutenable, la saison 2 de Breaking Bad était très attendue
au tournant. Presque sans surprise, c’est une mission accomplie. Breaking Bad prouve, si besoin était, qu’il n’existe pas de manuel de la parfaite petite série. Deux séries peuvent avoir des
constructions radicalement différentes, des styles aux antipodes et pourtant être des références, chacune à leur manière. Breaking Bad n’est pas une série aux ramifications complexes, certes, mais
c’est l’une des meilleures séries de caractère de ces dernières années. Ce sont donc avant tout les personnages, d’une profondeur, d’une justesse à la fois méticuleuse et débordante de déchirures
et d’imperfection qui font la richesse de la série. Mais bien loin de se la jouer faussement pompeuse et hautaine (je ne vise personne …), la série est également un cocktail aussi
explosif qu’intimiste de suspens, de rebondissements et de tensions absolument insoutenable. Que demander de plus ?
On avait quitté la saison 1 avec Walter et Jesse aux prises d’un baron de la drogue, ultra-violent et sociopathe à l’extrême, alors que ces deux derniers tentaient de croitre leur réseau de
distribution. La saison redémarre ainsi aussi hystériquement qu’elle s’était terminée avec deux épisodes proprement hallucinants. Jamais, je ne dis bien jamais, je n’avais ressenti d’ambiance aussi
pesante, presque insupportable. L’épisode 2 signe ainsi l’apogée de la série, huis-clos insoutenable dans lequel Walter et Jesse sont retenus prisonniers par le dealer psychopathe dans un bungalow
morbide sans aucun moyen de s’en échapper. On vit la tension à chaque instant, à mi-chemin entre un western des années 50 et un film des frères Coen. Mon cœur s’est tout bonnement arrêté de battre
pendant ces 50 incroyables minutes de violence psychologique d’une lenteur jouissive.
Breaking Bad est donc une série qui ne s’adresse pas à tous les publics. Son univers est pesant, malsain, sale, nauséabond et peut parfois mettre mal à l’aise. Cet univers n’est d’ailleurs
parfois pas sans me rappeler (certains vont crier au scandale) le film Massacre à la tronçonneuse pour son coté Amérique profonde peuplé d’ignares et de dérangés et pour son ambiance poisseuse.
Cette sensation est exacerbée dans certains épisodes où Breaking Bad pousse la violence psychologique, et même visuelle, à l’extrême comme celui où Jesse prend en otage deux débiles mentaux qui ont
lui volé de la drogue. Le rendu est saisissant tant l’ambiance devient rapidement étouffante, presque intenable, matérialisé par le grain poussiéreux de la caméra. Quitte à continuer dans les
comparaisons douteuses, je dirais presque que Breaking Bad est le Friday Night Lights de l’horreur au vu des dialogues saisissants d’authenticité et de simplicité. L’homme en question finira
d’ailleurs écrasé par sa femme au moyen d’un distributeur de billets automatiques sous les yeux de leur fils. C’est vous dire l’horreur dans laquelle nous plonge Breaking Bad. Mais jamais kitch,
jamais gratuite, les épisodes sont menés avec un tel savoir faire et une telle tension que la série ne devient (quasiment) jamais too much. Sauf peut être dans une scène où un gamin
de 8 ans tue un dealer à bout portant. Cette scène était bien évidemment bouleversante mais pas forcement indispensable.
Mais le plus saisissant dans Breaking Bad reste clairement le traitement des protagonistes royalement maitrisé depuis le premier épisode. Chaque épisode est synonyme d’une étape dans leur parcours
psychologique. Chaque acte a une conséquence, chaque déchirure est la résultante d’un drame. Le fait qu’on ait à la fois une série cohérente et prodigieusement creusée à chaque épisode et à la fois
qui prenne son temps, qui justifie chaque trait de personnalité de ses caractères la rend encore plus passionnante. La métamorphose la plus inouïe est bien évidemment celle de Walter, sublimé par
l’interprétation remarquable d’un Bryan Cranston méconnaissable. Qui aurait cru que le bouffon de Malcolm était capable de délivrer une telle performance dramatique ? Mais surtout,
qui aurait cru que le professeur renfermé du pilote allait devenir le Tony Montana du quartier en saison 2 ?
La mutation de Walter en saison 2 est donc l’élément à la fois le plus surprenant, le plus choquant mais également le plus dérangeant. Le terme de mutation n’est pas choisi au hasard car le
comportement, la personnalité, l’assurance et même la façon de penser de Walter change du tout au tout. En saison 1, la seule et unique raison pour laquelle il fabriquait des amphet’ était pour
subvenir aux besoins de famille. De tous les instants passés avec Jesse, même si bien sur il commençait à s’attacher au gosse, Walter ne pensait qu’aux dollars qu’il pourrait mettre de coté en vue
de l’inévitable drame. En saison 2, Walter n’est plus le même, ayant peut être même développé une certaine schizophrénie vis-à-vis du mystérieux dealer qu’il prétend être.
Son rôle de dealer lui a apporté plus que de simples billets verts, il a lui apporté de la confiance en soi, du respect. Imaginez un homme qui passe de statut de pauvre looser que l’on bouscule
dans les couloirs à celui d’un dealer craint et réputé dans l’Etat entier. Qui abandonnerait cela ? Mais à quel prix ? Car Walter est devenu une véritable ordure, tellement endurci par son rôle de
caïd qu’il s’est efforcé de créer de toute pièce qu’il n’est plus capable d’éprouver une once de compassion, de démontrer un brin d’amour ou d’intérêt pour sa femme, son fils ou Jesse. Evidemment,
c’est beaucoup complexe qu’il n’y parait et les scénaristes de Breaking Bad ont l’intelligence de ne pas rendre Walter ni tout blanc, ni tout noir.
La performance de Cranston est telle qu’il est quasiment impossible de discerner avec exactitude les motivations de Walter. Est-il réellement passé du coté obscur ou agit-il toujours en père de
famille, reste-il une once d’humanité chez Walter ? Est-il toujours le père de famille aimant ou est-il réellement devenu l’impitoyable dealer ? On peut ainsi citer la scène où il incite son fils à
boire en le traitant comme un moins que rien. Est-il dégouté de la faiblesse, voire de l’handicap de son fils, veut-il le rendre plus fort au cas où il mourrait ou est-il tout simplement dégouté de
lui-même ? Le dédain qu’il lui renvoie quand ce dernier monte le site web pour récolter des fonds laisse présager la première solution. Car Walter aura tout bonnement détruit sa famille. Comment
Skyler pourrait-elle réagir autrement ? Elle est sans cesse tiraillée entre le désir logique d’aimer son mari devenant l’ombre de lui-même et le sentiment pesant de vivre dans un terrible mensonge
dont elle ne connait ni les tenants ni les aboutissants.
La dérive macabre de Walter est également incarnée par sa relation avec Jesse devenant à chaque instant un peu plus autodestructrice. Jesse n’a pas la trempe du dealer que Walter voudrait qu’il
soit, comme si personne n’était à la hauteur de ses exigences et la pression que ce dernier exerce sur lui finira par l’anéantir et le faire plonger dans la drogue. Là aussi, il est difficile
d’apprécier la relation qui unit les deux hommes. D’un coté, Walter semble réellement attaché et concerné par Jesse, notamment quand il essaye de le prévenir sur les intentions de Jane mais d’un
autre coté, n’est ce pas pour mieux servir ses intérêts ? L’attitude effroyable de Walter est d’ailleurs portée à son apogée lorsqu’il laisse mourir Jane en pleine overdose… Mais l’hésitation, le
regret qu’il éprouve, ne serait-ce qu’une seconde, prouve que l’ancien Walter n’est pas totalement mort. Même s’il assume de plus en plus son vrai nom avec les affaires, notamment avec l’excellent
avocat Saul, qui apporte une dose d’humour indispensable à la série.
Je vous chante donc les louanges de Breaking Bad depuis le début de la chronique mais alors pourquoi n’est-elle pas placée encore plus haut dans le classement ? Et bien, elle l’aurait été si
seulement elle s’était arrêtée à la 40ème minute du season finale. Si seulement elle n’avait pas commis ce cliffangher criminel qui m’a laissé pantois de consternation. Oui, pour son final,
Breaking Bad n’a pas eu de couilles, c’est aussi simple que cela. Nous mettant l’eau à la bouche durant toute la saison avec des flash forward ultra intriguants de cadavres, d’infection mortelle et
nounours décapités dans la piscine, la série se rétracte à la dernière seconde en nous livrant une conclusion totalement à coté de la plaque et sans l’ombre d’un intérêt. Un avion dévié se crashe
ainsi sur la maison des White. Bon sang mais quel rapport avec l’intrigue ? Alors bien sur, il y a un coté destin tragique puisque cet accident est la résultante du désarroi du père de Jane, que
Walter a terriblement laissé mourir. Mais c’est tellement tiré par les cheveux et donc inacceptable de la part de Breaking Bad. Je m’attendais à un cliffangher de folie comme Walter qui retiendrait
Skyler en commençant à lui révéler son business. Rien de tout ça. Mais comment reprocher à la série 5 terribles minutes sur 13 excellents épisodes ? Simplement dommage de rester sur cette mauvaise
impression … Toutefois, la saison 3 devrait vite arranger cela et encore plus renforcer la personnalité de Walter dans un sens ou dans l’autre. Va-t-il chercher à récupérer sa famille ou au
contraire assoir sa position de leader dealer ? Vivement janvier !
Prix Special: Award ‘James Gandolfini’ du meilleur acteur de l’année pour Bryan Cranston.
Meilleur épisode : 2.02 – Grilled.
Pire épisode : 2.08 – Better Caul Saul.
Conclusion : C’était à n’en point douter ... Après une brève mise en bouche l’an passée, la saison 2 de Breaking Bad lui a permis de développer ses capacités et d’en faire l’un des shows les plus
brillants de la saison, à la fois redoutable, poignant, malsain, poisseux et surtout doté d’une tension incroyable. La force de la série est de taper encore plus fort à chaque épisode, si bien que
l’on ressort de moins en moins indemne et parfois terriblement mal à l’aise, appuyée par la force de caractères et l’interprétation pointilleuse et enivrante d’un casting remarquable. Dommage que
le cliffangher, totalement hors-sujet, vienne ébranler une saison aussi magistrale.
COLE.
Place 3 demain.
Par COLE 31/08/09
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Publié dans : COLE 2009
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