Publié par François 22/06/2011

 

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Un Français sur deux vit dans des copropriétés privées. Et pour beaucoup d'entre eux, le rêve de l'accession à la propriété a viré au cauchemar. Qu'ils aient acheté dans de grands ensembles vieillissant et mal conçus, ou dans de petits immeubles vétustes des centres-villes, ces petits propriétaires modestes sont souvent pris au piège de leurs rêves, écrasés par le poids des charges. 

 

Le magazine Hors-série diffusé sur France 3 les suit à Clichy-sous-Bois, en banlieue parisienne, où les appartements ne valent plus grand-chose, et à Brest, dans le centre-ville rongé par un champignon dévastateur, la mérule.

 

A Clichy-sous-Bois, les premiers propriétaires des grands ensembles, construits à la fin des années 1950, ont vite déchanté. On leur avait promis des cités radieuses, mais les immeubles, totalement détériorés, sont à l'abandon. Ceux qui y vivent aujourd'hui n'ont pas le choix. À défaut d'obtenir un logement social, ils ont été contraints d'acheter dans ces copropriétés dégradées où le mètre carré est le moins cher. Immersion au Chêne Pointu, à Clichy-sous-Bois, un quartier à la dérive comme tant d'autres en France. La copropriété compte 6 000 habitants qui vivent dans dix-huit bâtiments, totalement délabrés. Les ascenseurs ne fonctionnent plus, le chauffage tombe régulièrement en panne, et les caves sont habitées par des rats. Pourtant, les charges courantes s'élèvent à près de 350 euros par mois ; une petite fortune pour ces propriétaires pauvres. 60 % d'entre eux ne parviennent plus à payer leurs charges. La copropriété est en faillite. Après cinq ans d'attente pour un logement social, cinq ans de galère, Fairouz a acheté un appartement au Chêne Pointu, le seul dans ses moyens. L'agence immobilière lui avait caché le montant des charges et promis une rénovation des bâtiments. Deux ans plus tard, rien n'a changé… Propriétaire d'un trois pièces au huitième étage d'un immeuble sans ascenseur, elle est contrainte de stocker ses courses dans le coffre de sa voiture et de les monter au compte-gouttes.

 

Ici, la majorité des copropriétaires rêvent de partir. D’autres, au contraire, ont flairé la bonne affaire. Des marchands de sommeil. Ils profitent de la crise du logement et louent un même appartement à plusieurs familles. Deux cents ménages vivraient dans ces conditions. Ces marchands de sommeil rachètent des appartements lors des ventes aux enchères du tribunal de Bobigny : 25 000 euros pour un trois pièces en moyenne, qu'ils loueront ensuite à la découpe à plusieurs ménages. Au 8e étage d'un immeuble, seize personnes cohabitent dans 54 m². Chaque famille paie 550 euros pour une chambre, souvent insalubre. Hanane, permanente de l'association locale, et François Taconet, président de Habitats Solidaires, tentent de leur venir en aide. Ils les soutiennent pour porter plainte contre leurs bailleurs et les aident à trouver un logement digne. Le maire, Claude Dilain, alerte depuis seize ans les pouvoirs publics sur la situation catastrophique du Chêne Pointu. Après les émeutes de 2005 qui avaient secoué la ville, des fonds publics avaient été promis pour réhabiliter la copropriété privée. Un plan de rénovation à été signé au début de 2010. Des travaux de rénovation des toits auraient dû débuter. Les habitants attendent toujours...

 

À Brest, en revanche, la mairie a contraint les petits propriétaires à rénover leurs biens. Dans le centre-ville, cinq cents immeubles sont rongés par la mérule, un champignon qui attaque la structure en bois des bâtiments. Parce qu’il y a risque d’accidents, mais aussi parce que le centre de Brest se vidait de ses habitants, la mairie a lancé en 2005 une grande opération de rénovation du centre-ville, et tout le monde met la main à la poche : les propriétaires, mais aussi la ville, et surtout l’État avec l’ANAH, l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat. Jacques Leroux est musicien. Il est propriétaire d'un appartement dont les planchers s'effondrent. Pour le soutenir, les pouvoirs publics financent la moitié des travaux. C’est beaucoup, mais pas assez au vu des montants : 100 000 euros sont à la charge du petit propriétaire. Jacques ne sait toujours pas comment il va trouver les fonds. Marie-Pierre Graal, enseignante à la retraite, a, elle aussi, dû faire face à ces travaux. Il lui a fallu débourser 45 000 euros pour financer la réhabilitation de son immeuble. Sa banque lui a refusé un crédit. Marie-Pierre va devoir revendre son appartement. Pour aller où ?…

 

Ces petits propriétaires d'immeubles dégradés sont de plus en plus nombreux en France. Une situation qui commence à préoccuper les pouvoirs publics. Si les mairies se mobilisent pour redorer leur centre-ville, les grands ensembles privés de banlieue, loin de tout, sont laissés à l'abandon. Pourtant, le gouvernement continue de prôner l'accession à la propriété. Comment ces petits propriétaires vont-ils s'en sortir ?

 

A découvrir ce mercredi à 20h35. Un débat avec Samuel Etienne suivra la diffusion du reportage inédit.

 

Crédit photo © Production ligne de mire

 

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