Séries… Ton classement impitoyable ! saison 2009/2010.
Place 22 – MELROSE PLACE Saison 1.
Diffusion sur la CW le mardi soir à 21h (Moyenne saison 1 :1,3 millions de téléspectateurs). Annulé après 1 saison (18 épisodes).
Avec Katie Cassidy (Ella), Stéphanie Jacobsen (Lauren), Michael Rady (Jonah), Shaun Sipos (David), Thomas Calabro (Michael), Laura Leighton (Sydney) et Heather Locklear (Amanda)
Indice Spoiler : 2/5
C’est ma faute. J’aurais dû m’en douter. Je n’aurais pas dû accepter la proposition du mauvais génie Dawn Ostroff, cruelle impératrice du ténébreux royaume de la CW, venue m’appâter avec une nouvelle monture de ma série préférée. Car oui, Melrose Place est la série qui m’a donné le gout de la télévision. Je me souviens encore d’être resté bouche bée pendant plusieurs secondes quand Kimberly a fait sauter la résidence, de m’être levé en hurlant en même temps que Jo quand on lui enlève son bébé, d’avoir pleuré à la mort de Sydney ou encore de m’être caché un œil quand Kimberly menace d’exercer une lobotomie sur Peter.
J'ai eu raison d’accepter de vendre mon âme de diable en regardant le remake du soap ultime des années 90 ? Eh bien oui. Bien sûr, la série n’est pas parvenue à la hauteur de l’original, nous allons y revenir, mais dans l’ensemble ce reboot n’a pas tant à rougir que cela. Il faut dire que, vu l’état de catastrophe anémique du remake de sa grande sœur Beverly Hills 90210, on était paré à l’envahisseur. Ainsi, sans apporter quoi que ce soit de neuf au soap, Melrose 2.0 aura limité la profanation et aura en tout cas permis à Aaron Spelling de retourner dormir en paix.
Au-delà de toutes issues scénaristiques, Melrose Place 2.0 aura finalement surtout souffert d’un problème identitaire. Tiraillée entre des audiences microscopiques, la volonté de séduire à la fois les jeunes et les adeptes de l’original et le désir de concorder un minimum à la ligne directrice gentillette de la chaine, la série ne se sera jamais vraiment trouvée. On a tout d’abord eu droit à l’imitation pure et simple. Sauf que, ce que la CW n’avait pas tout à fait saisi, c’est qu’il ne suffit pas de créer deux intrigues pseudo-sulfureuses pour que la vraie mayonnaise melrosienne prenne. Il y a une différence entre vouloir faire du Melrose et savoir le faire. Rome ne s’est pas faite en un jour et les putes de Melrose non plus. La CW a voulu aller très vite, trop vite, quitte à brûler des étapes. Certes, Tatie Ostroff avait dès le départ empoisonné la piscine en propulsant l’équipe de Smallville au scénario. Je vous l’accorde. Mais tout de même. Un climat de folie Melrosienne, ça s’installe, ça se bichonne, ça se peaufine.
Résultat des courses : on a eu l’impression d’assister à un véritable pudding soapesque sans âme et d’une maladresse infinie. C’est comme si les scénaristes et la chaine avaient joué au jeu de la corde tout la saison. Les personnages se retrouvent ainsi valdingués entre le trash et la bluette : Ella, la bisexuelle, se transforme ainsi en ménagère énamourée et Lauren, la prostituée, décide soudainement de rejoindre le droit chemin. Rien que cette intrigue signe bien toute la différence entre les deux Melrose. En effet, dans la version 2010, Lauren quitte sa maquerelle comme si elle changeait de coiffeuse et l’autre ne lui demande aucun compte. Changer de coiffeur se révèle d’ailleurs bien plus audacieux. C’est limite si le personnage de Kelly Carlson, qui joue la mac, n’avait pas ensuite été voir Lauren pour lui dire qu’elle avait fait le bon choix et que la prostitution, c’est pas joli joli ! Dans l’original, à situation égale, Sydney s’était pris une bonne trempe dans la tête ! This is Melrose !
La CW a poussé le vice jusqu’à nous refaire le coup du messie qui vient sauver le show de l’abysse audimatique. Sauf que Moïse n’a ouvert la mer qu’une seule fois. Heather Locklear aussi. D’autant que dans le nouveau Melrose, c’est pas la mer qu’Heather Locklear a ouvert mais les canaux à botox ! C’est bien simple, elle est entre Cher et Joan Van Ark ,avec toutefois un point différentiateur au niveau de la bouche qui n’est pas sans évoquer d’autres lèvres, plus inférieure, d’une actrice porno sexagénaire. La situation devenait tellement inquiétante que je finissais par regarder la série avec le numéro des urgences en touche rapide de peur que son visage ne nous explose littéralement à la figure.
Enfin, là est un autre sujet et je dois bien reconnaitre que le retour d’Heather Locklear a donné un second souffle à la série. Le personnage d’Amanda Woodward est ainsi revenu avec ses manipulations, ses coups bas et ses répliques piquantes. Cela étant, on sent bien en regardant la série, et notamment avec le retour des anciens, que les scénaristes ne sont pas des enfants de Melrose. L’alchimie n’est plus là, les personnages ont mal vieilli et sont en quelque sorte devenus des clichés CWisés d’eux-mêmes. Ils sont coincés, pédants, bafouillent et n’ont finalement plus rien à faire ici. Cela m’a un peu rappelé la troupe des Bronzés, 30 ans après, de sympa beaufs à bourgeois imbuvables.
Ainsi, le problème majeur dont a souffert la série est que dans le fond, Melrose Place est radicalement différente de Beverly Hills. Cette dernière a toujours été une série sur la jeunesse dorée tandis que Melrose mettait en scène des trentenaires de classe moyenne et justement pas vraiment classe voire carrément un peu vulgaires. Il a donc fallu mettre en scène ces personnages dans une série qui n’était pas la leur ! En grossissant un peu la situation, c’est comme si on mettait le casting de The Shield dans Gossip Girl ! Résultat : Ils ne sont pas du tout à l’aise et on n’y croit pas du tout. Ils se prennent limite pour des stars qui nous font l’honneur ultime de revenir. Calmez-vous les gars. Je rappelle tout de même à Calabro que son plus grand succès depuis Melrose, c’est le téléfilm « Insectes 3 : la revanche des scorpions volants ». Sans compter que leurs situations sont totalement ridicules. Michael a par exemple toujours été un médecin raté et raillé de ses collègues. Or, dans la nouvelle monture, il est l’un des grands chirurgiens du pays ! C’est ridicule.
Les scénaristes devaient en tout cas détester le personnage d’Amanda pour en faire ce qu’ils ont fait. Autant son retour dans les premiers épisodes est jubilatoire, autant ses intrigues se ternissent très rapidement. Cette dernière se retrouve ainsi en faillite et se fait larguer par son homme (on se demande d’ailleurs ce qu’est venu faire Billy Campbell dans cette série mais là est un autre sujet). Et puis histoire de la finir en bonne et due forme et précipiter le retour de Locklear en cure, on lui colle ensuite une intrigue sinueuse de vol de tableau sans le moindre intérêt. J’aimerais savoir quel scénariste a eu cette idée. Il ferait sans aucun doute un excellent boucher ou transporteur de fruits et légumes mais scénariste, il faudrait peut etre oublier pour le moment.
Enfin, à la décharge d’Amanda, il faut dire que quand on voit le casting de bras cassés que constitue ce nouveau Melrose, c’est dans les yeux qu’on a envie de s’injecter du botox. Les personnages de Jonah, Riley, David, Lauren ainsi que l’insipide beau gosse de superette tout droit d’une pub vintage d’Abercrombie & Fitch ne valent pas réellement que l’on s’éternise sur eux. Le tournage de 90210, c’était à droite en sortant de l’ascenseur. Pour les autres, on a tout de même eu droit à quelques bonnes surprises.
Si le personnage d’Auggie, version proprette de Jake Hanson, était quand même relativement convaincant, c’est plus précisément du côté des femmes qu’il faut chercher. Deux personnages seront ainsi parvenues tant bien que mal à appeler le véritable esprit Melrosien, même si elles auraient probablement constitué l’apéro de Kimberly Shaw dans la série des 90’s. On a tout d’abord Violet, ersatz complètement barré et à l’ouest du personnage de Marcia Cross, interprété avec une incompétence jubilatoire par la pauvre Ashley Simpson. Là où cela devait être très drôle est que son incroyable personnage de mythomano-nymphomano-deglingo-salope avait autant sa place dans une série de la CW qu’un intellectuel démocrate dans une série de Disney Channel. La chaine s’est d’ailleurs rapidement rendue compte de son erreur de casting en la virant comme une malpropre rejoindre Lisa Rinna sur les autoroutes.
Et puis, il reste la surprenante Katie Cassidy, bécasse à souhait dans Harper’s Island, mais très convaincante ici. Elle joue ainsi le rôle d’Ella, mini-moi de la Amanda des années 90 pour résumer grossièrement la chose. Autant Cassidy ne recevra pas l’Emmy Award mais autant sa prestation clichée et outrancière, sans la moindre nuance d’acteur, va comme un gant au personnage. Elle finira sans aucune doute en love interest piteux d’un des 45 fils Scavo dans Desperate Housewives.
Conclusion :
Fallait-il ressusciter Melrose ? Non.
A-t-on passé un bon moment ? Oui.
La situation est aussi simple que cela. Melrose 2.0 n’aura pas su invoquer l’esprit de l’original, faute de casting et d’équipe scénaristiques, mais il faut également reconnaitre que Melrose Place, c’était aussi une autre époque, une autre chaine, une autre culture… Tant est bien si qu’avec le peu de cartes en main qu’ils avaient, les auteurs sont malgré tout parvenus à nous servir une série, certes maladroite et irrégulière, mais plaisante, très divertissante, fun et avec quelques rebondissements et répliques assez jubilatoires. Dommage que le retour des anciens ait été mi-figue, mi -raisin, avec des acteurs à la grosse tête et des personnages dénaturés. Le simple fait de revoir la cultissime Amanda Woodward fait que l’on ne peut pas en vouloir à la CW. C’est déjà ça.
COLE. Twitter : http://twitter.com/Cole4616
(Crédit photos © CW /DR. )
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