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Publié par François 18/10/2016 12H20

Au nom du père du fils et du Jihad : à voir cette nuit sur France 2.

Le documentaire inédit "Au nom du père du fils et du Jihad", écrit et réalisé par Stéphane Malterre, est diffusé ce mardi 18 octobre 2016 à 23h15 dans INFRAROUGE. Sur la chaîne France 2.

 Ce film raconte l’itinéraire d’une famille franco-syrienne, les Ayachi. Bassam, le père s’est installé en France à la fin des années 60. Erudit, l’homme a épousé une française, bientôt convertie, avec laquelle ils élèveront leurs enfants dans la religion. Quand la révolution éclate en Syrie, le fils aîné, Abdelrahman, et plus tard son père Bassam, partent sur la terre de leurs ancêtres faire le jihad contre Bachar el-Assad et Daech.

En Syrie et en Belgique où vivent les autres membres de la famille, le réalisateur Stéphane Malterre filme durant trois ans le destin controversé des Ayachi marqué par des évènements tragiques. Chronique d’une guerre meurtrière et d’une relation père-fils, ce documentaire brosse une incroyable saga entre orient et occident, reflet sidérant de l’actualité.

​Le documentaire a été présenté en avant première en 2016, au festival international des programmes audiovisuels (FIPA). Il a été sélectionné notamment en 2016 au canadian international documentary festival, (HOTDOCS), et à l’international documentary film festival Amsterdam (IDFA). ​

Note d’intention de Stéphane Malterre :

Tout a commencé à l’été 2013, je faisais un reportage – côté rebelle - sur la guerre civile qui depuis deux ans déchirait la Syrie. C’est là que j’ai connu Abdelrahman Ayachi, 33 ans, Français d’origine syrienne et de confession musulmane. Il avait grandi à Aix en Provence et fait sa hijra en Syrie en 2007. Il avait créé sa société d’informatique à Idlib, ville de ses ancêtres - une famille pieuse réputée de l’aristocratie sunnite. Quatre ans plus tard, la révolution pacifique et sa répression sanglante l’avaient conduit à devenir le commandant d’un groupe islamiste affilié à l’Armée Syrienne Libre. Personnalité charismatique et paradoxale, Abdelrahman avait pour lecture de chevet le Coran et Che Guevara. Après deux semaines de tournage, alors que je filmais une bataille qu’il dirigeait contre les forces de Bachar el-Assad, il tombait sur la ligne de front, les armes à la main.

De retour en Europe, j’ai souhaité montrer les dernières images que j’avais filmées d’Abdelrahman à sa famille. C’est à cette occasion que j’ai fait la connaissance de son père, l’imam Bassam Ayachi. Il avait quitté la Syrie dans les années 70 à l’époque où le pays tombait sous la coupe d’un certain Hafez el-Assad. Il avait immigré en France, épousé une niçoise convertie et vivait depuis les années 90 à Bruxelles. La presse belge le décrivait comme un fondamentaliste et un « prêcheur de haine ». L’homme qui me reçût chez lui était chaleureux, intriguant. Il me dit que son fils était mort fidèle à la mémoire de ses ancêtres syriens les El Ayachi, descendants du prophète. Ainsi qu’à son grand père français, Charles Putetto, résistant pendant la seconde guerre mondiale. Bassam Ayachi m’annonça ce jour-là que son tour était venu. Lui aussi allait partir défendre sa terre et son peuple, faire son jihad.

Quelles étaient les motivations de cet homme âgé de 68 ans ? L’obéissance à la loi de Dieu ? La tristesse et la culpabilité d’avoir perdu un fils ? Les questions que ce départ soulevait sur un destin familial peu ordinaire tracé entre orient et occident, sont à l’origine de mon désir de réaliser un film documentaire consacré à l’histoire des Ayachi. J’ambitionnais d’y raconter la relation et la transmission entre un père et un fils, la quête des origines, le poids de l’héritage entre les générations. Tout ce qui constituait à mes yeux les ressorts d’une tragédie.

J’ai effectué plusieurs séjours en Syrie – en 2013, 2014, et 2015. Après avoir filmé Adbelrahman, j’ai suivi son père et les évolutions d’une guerre complexe, aux protagonistes multiples. L’engagement des Ayachi s’inscrit dans un combat national pour renverser le régime de Bashar el-Assad. Ce combat s’exerce aussi contre l’organisation terroriste « Etat Islamique » dont Bassam Ayachi sera la cible en 2015. J’ai souhaité raconter cette histoire de l’intérieur, dans sa réalité intime. C’est pourquoi j’ai voulu que les Ayachi soient les narrateurs de leur propre histoire. Pour compléter ce récit j’ai interviewé longuement en Belgique, l’épouse française de Bassam et mère d’Abdelrahman, ainsi que sa sœur aînée Salma, son frère cadet Abdallah. A distance ils évoquent leurs proches et le passé familial.

J’avais découvert qu’en Europe les Ayachi avaient suscité successivement la bienveillance, la peur, les enquêtes judiciaires, les emballements médiatiques. D’abord présenté comme un modèle d’intégration dans les années 80, le père devient une figure sulfureuse et controversée de l’intégrisme religieux dans les années 90 ; avec son fils Abdelrahman ils seront dans la période post 11 septembre accusés d’être en lien avec Al Qaeda. Pour éclairer ces différentes périodes, j’ai également interrogé d’autres personnages qui ont croisé la route des Ayachi - amis d’enfance, collègues de travail, policiers, avocats... Je me suis aussi intéressé au parcours et aux ambiguités du pater familias, Bassam Ayachi. D’abord parce que son parcours éclairait celui du fils et qu’il permettait de revisiter sur près d’un demi-siècle les différents visages de l’islamisme depuis la contestation des dictatures dans le monde arabe dans les années 70 jusqu’à nos jours.

Par-delà l’idéologie, par-delà le drame syrien qui a fait à ce jour plus de 290 000 victimes et 7 millions de réfugiés, j’ai tenté de retracer un itinéraire, entre exil et retour, et d’interroger une forme de déterminisme familial. Comment un fils grandit et gagne l’amour, le respect, de ses parents ? Qu’est-ce qu’un père - tout à la fois chef de famille et guide spirituel - attend de ses enfants et projette de ses désirs ? Jusqu’où une famille est-elle prête à aller pour être fidèle à ce qu’elle pense être son devoir ?

Stéphane Malterre

Crédit photo © CAT & CIE

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