Second numéro du magazine d'histoire "Droit d'inventaire", ce mercredi 28 novembre à 20h50. Sur France 3, avec Marie Drucker et la participation
de Max Gallo.
Pour son deuxième numéro, Droit d'inventaire revisite l'une des périodes les plus importantes du XXe siècle : la fin de la Seconde guerre mondiale.
A l'heure où la lecture de la lettre du jeune résistant Guy Môquet fait débat, l'émission éclaire particulièrement cette année 1944 qui voit les Alliés débarquer en Normandie, et l'occupant déposer
ses armes.
Derrière la joie de la Libération, se nouent aussi des drames : les Résistants qui sortent du maquis trop tôt et se font massacrer par la milice, Hitler qui exige la destruction de Paris, les
derniers trains qui quittent Drancy pour Auschwitz sans que les Alliés bombardent les rails, les femmes tondues sur les places de villages...
Un moment paroxystique qui accouche, dans la douleur, de la France d'aujourd'hui.
Le détail des reportages :
Les sacrifiés du Vercors (reportage de Jean-Edouard Choppin)
Dans la nuit du 5 juin 1944, qui précède le Débarquement en Normandie, la BBC diffuse des messages pour demander aux résistants français d’attaquer l’ennemi allemand. L’un d’entre eux, « Le Chamois
des Alpes bondit », est destiné au maquis du Vercors, situé sur un massif surplombant Grenoble. Entendant les consignes des Alliés, les jeunes de l’Isère rallient en masse le réseau. Dans une
atmosphère de fête patriotique, ils se persuadent que les Alliés débarqueront bientôt en Provence pour les soutenir. Le problème c’est qu’ils manquent d’armes et que les Alliés n’arrivent pas. Le
21 juillet, des avions survolent le Vercors. Les Résistants croient que les Américains leur livrent enfin des armes. Erreur tragique : ce sont les Allemands qui arrivent, pour les massacrer
systématiquement. Des centaines de résistants tués, d’autres traqués. Les Alliés arriveront bien, mais le 21 août. Un mois trop tard.
La libération en caméra cachée (reportage de Nicolas Poincaré)
Pendant l’Occupation, Vichy contrôle sévèrement les actualités cinématographiques. Le cameraman Albert Mahuzier préfère se cantonner à des sujets touristiques. Mais derrière cette façade, il a
monté une cellule résistante qui filme tout ce qu’il est interdit de montrer : les occupants, les pancartes en allemands, les queues devant les magasins… Ils repèrent aussi des lieux qui pourront
servir de pistes d’atterrissage aux Libérateurs. Ils inventent pour ça la caméra cachée dans un sac troué. Et quand la Libération de Paris commence, tous ces cameramen tournent les combats au péril
de leur vie. Leurs pellicules sont montées en flux tendu.
Résultat : quatre jours seulement après l’arrivée des troupes de Leclerc dans la capitale, un film de 32 minutes est proposé en salles. C’est un triomphe qui soulève les passions patriotiques.
Von Choltitz : le vrai visage du « sauveur » de Paris (reportage de Eric Lehnisch)
Dans le film « Paris brûle t-il ? », tiré du best seller du même nom, il est le gentil nazi, ce général allemand qui décide de désobéir aux ordres fous du Fuhrer de détruire Paris… La réalité est
moins rose. Contre enquête historique.
Quand il arrive en France, le 9 août 1944, le général allemand Dietrich Von Choltitz est précédé d’une sinistre réputation.
Ce « chouchou d’Hitler » a déjà détruit les villes de Rotterdam, aux Pays Bas, et de Sébastopol, en Crimée soviétique. Beaucoup pensent que la capitale française sera bientôt rasée. Ce sont
d’ailleurs les ordres d’Hitler. Le 20 août, le Führer exige de tenir Paris coûte que coûte, « fût-ce au prix de sa destruction ».
En clair, Von Choltitz doit bombarder Paris, et faire sauter ses ponts. Pourtant, le général destructeur refuse d’exécuter ces ordres. Pourquoi Von Choltitz a-t-il désobéi à Hitler ? D’abord pour
sauver sa peau. Des faubourgs de Paris ou il campe avec sa deuxième DB, le général Leclerc lui a envoyé un ultimatum : « Si vous rasez Paris, je vous traîne devant une cour martiale… » Ensuite, en
cet été 44, Berlin est loin et les Alliés sont proches. Von Choltitz cherche donc à préparer son après-guerre. Dès sa reddition, il clame haut et fort qu’il a désobéi à Hitler pour sauver Paris.
Une opération de com’ réussie. Von Choltitz échappe au tribunal de Nuremberg, et part vivre une retraite paisible à Baden Baden. Il sera même invité officiellement en France après guerre, et des
officiels français assisteront à ses funérailles.
Auschwitz : les Alliés savaient (reportage de Alexandra Ranz)
Au printemps 1944, quand les derniers trains quittent Drancy pour Auschwitz, emportant des Juifs français vers une mort programmée, le Reich peut être bombardé depuis l’Italie. Mais les réseaux
ferroviaires qui alimentent les camps d’extermination ne sont jamais choisis comme cibles prioritaires. Pourtant, depuis deux ans, les dirigeants britanniques et américains accumulent des
informations leur permettant de comprendre l’ampleur de l’entreprise criminelle nazie contre les Juifs. Communications allemandes décryptées par le système Ultra, témoignages d’évadés, appel au
secours du gouvernement polonais en exil ou des organisations juives: tout converge pour souligner l’urgence. Les Alliés avaient-ils les moyens militaires d’arrêter ou de freiner les déportations ?
Si oui, pourquoi ne les ont-ils pas utilisés pour sauver ceux qui pouvaient encore l’être ?
Moi Madeleine, 25 ans, tondue en public (reportage de Andreia de Araujo)
Le 29 août 1944, à Chatou, en banlieue parisienne, un tribunal improvisé juge de jeunes femmes soupçonnées d’avoir pratiqué la « collaboration horizontale », c'est-à-dire d’avoir couché avec des
Allemands. Dans la période de la Libération, 15 000 femmes en France sont tondues en place publique. Madeleine, 25 ans en 1944, en fait partie. Plus de soixante ans après les faits, elle témoigne.
Serveuse dans un hôtel, elle tombe amoureuse d’un soldat de la Wehrmacht. Après la tonte en public, cette revanche des mâles sur l’humiliation qu’ils ont subie pendant l’Occupation, elle retrouve
son fiancé allemand et l’épouse en 1949 à Munich. La plupart des femmes, elles, se murent dans le silence, et le poids de la honte se transmet à la génération suivante.