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Publié par François 23/10/2018 12H

Enquête sur le système de viols de masse en Libye ciblant les hommes, ce mardi soir sur ARTE.

Documentaire inédit de Cécile Allegra, Libye, atanomie d'un crime a reçu le Prix de l’OMCT (Organisation mondiale contre la torture), section "grands reportages", FIFDH 2018.

Les téléspectateurs d'ARTE pourront découvrir ce film ce 23 octobre à 22h45.

Le viol est devenu, depuis une trentaine d’années, une arme de destruction massive en Bosnie, au Rwanda, au Congo et en Syrie. Alors que les femmes et les enfants en sont les premières cibles, dans la poudrière libyenne ce crime de guerre érigé en système frappe d’abord les hommes.

Exilés libyens à Tunis, Emad, un militant, et Ramadan, un procureur, tentent dans la clandestinité de recueillir les preuves d’une barbarie dont les victimes restent emmurées dans l’indicible. À force d’opiniâtreté, ces activistes, aidés par Céline Bardet, une juriste internationale, obtiennent les premiers récits circonstanciés d’une poignée d’hommes qui ont subi ces supplices.

Anéantis, le fantomatique Yacine, Nazir ou encore Ahmed livrent des bribes effroyables de leur histoire et de leur intimité saccagée. La voix brisée, ils racontent les prisons clandestines, la violence, les humiliations et les tortures commises par les milices armées dans un pays plongé dans le chaos depuis la chute de Kadhafi.

Dans ce cycle sans fin d’horreur organisée, les migrants aussi sont utilisés. Détenu dans une dizaine de geôles, Ali, tout juste libéré, témoigne, lui, de la généralisation du viol qui vise systématiquement les Tawergha, une tribu noire ostracisée.

Dans les pas de ces militants isolés qui luttent au péril de leur vie pour que justice soit rendue devant les tribunaux internationaux, Cécile Allegra lève le voile sur l’ampleur de ce crime de guerre jusqu'ici totalement occulté. Au fil des témoignages et de ce qu'ils révèlent des méthodes employées, des sévices vécus et de leur efficacité à broyer l'humanité des prisonniers se dessine l’enfer d’un pays dévasté, qui engendre rapts, vengeances et tortures. En faisant résonner la voix des victimes, ce film bouleversant participe d'une patiente et difficile quête de vérité, dans l’espoir, un jour, d’enrayer cette mécanique mortifère.

Enquête sur le système de viols de masse en Libye ciblant les hommes, ce mardi soir sur ARTE.

Cécile Allegra :

"À l’origine, le projet portait sur la question du viol de guerre de façon générale. Avec ARTE, nous voulions faire comprendre qu’il ne s’agit pas d’un dommage collatéral, mais d’une arme à part entière. En tant que réalisatrice engagée, je m'interdis de travailler uniquement sur le pathos. Ce qui m’intéresse est d'inscrire dans une narration la démonstration du viol comme système, pensé et organisé. Pour qu'un spectateur accepte de voir en face la mécanique de l’horreur, j'ai choisi de raconter une histoire inédite : comment deux militants libyens, seuls et sans appui, vont peu à peu faire émerger un crime d'une ampleur sans précédent. En Libye, il y avait eu des rumeurs de viols lors de la chute de Kadhafi, mais aucune ONG n’avait réussi à apporter des preuves substantielles de l’existence d’un tel système.

Au départ, je pensais que les victimes étaient surtout des femmes. De toute façon, personne ne voulait me parler. Au bout de six mois d’enquête infructueuse, j’ai tenté une autre approche. Je savais que les victimes n’avaient pas accès aux soins. J’ai donc fait distribuer sur place les extraits d’un ouvrage de sophrologie donnant des outils pour soulager les symptômes du stress post-traumatique liés à la guerre. Deux semaines plus tard, j’ai reçu les premiers coups de fil. Tous venaient d’hommes.

Dans les conflits, le viol des femmes reste le fléau le plus répandu. En Libye, le viol des hommes a émergé en pleine guerre civile. C'est une arme qui ne laisse pas de cadavres, peu de traces visibles. Mais un homme violé est vu comme un être "souillé" qui n'a plus de place sociale et n'a plus droit à la parole dans l'espace politique. Surtout, le système génère sa propre protection : un homme, chef de famille, chef de tribu, ne parlera jamais, de crainte que la souillure ne s'étende à ses proches, à sa descendance, et n’en fasse des parias. Dès qu'une victime sort de geôle, un cycle de vengeance s'enclenche : on cherche quelqu'un du camp adverse à violer. Et ce cycle, sans fin, s'amplifie aujourd'hui. En Libye, depuis 2011, le viol est donc bien utilisé comme une clé de voûte de la stratégie militaire".

Crédit photos © Cinétévé

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