Document à voir sur ARTE ou arte.tv : quatre journalistes palestiniens de l’AFP dans l’enfer de Gaza.

Document à voir sur ARTE ou arte.tv : quatre journalistes palestiniens de l’AFP dans l’enfer de Gaza.

Documentaire français inédit d’Hélène Lam Trong, Dans Gaza est diffusé ce mardi 2 décembre à 21 heures sur ARTE. Il est disponible en replay sur arte.tv jusqu'en avril 2026.

Le 7 octobre 2023, après le massacre perpétré par le Hamas, Gaza bascule dans le chaos. Pilonnée en représailles par les bombardements israéliens, l’enclave palestinienne, dont l’accès est aussitôt fermé aux médias par Israël, sombre dans une guerre impitoyable, dont seuls les journalistes palestiniens vivant sur place vont témoigner de l'horreur. Parmi eux, ceux de l’AFP (Agence France-Presse), l’une des trois grandes agences mondiales.

Jour après jour, coupés du monde, ses reporters en gilet pare-balles "couvrent" l’enfer. Dans le fracas des explosions, ils filment les immeubles qui s’effondrent, les hommes et les femmes au regard perdu fuyant la mort, les enfants en sang et en pleurs dans les décombres et les foules affamées de l’exode ; ils photographient les alignements de linceuls blancs et les parents dévastés, comme ce père brisé, son petit garçon exsangue dans les bras, que l'armée israélienne prétendra être une poupée – le Washington Post et le New York Times appelleront le photographe pour vérifier ; ils interrogent sans fin les victimes, quand eux-mêmes perdent plusieurs de leurs proches.

En mission, ils documentent une terreur fallacieusement remise en question sur les réseaux sociaux, parfois par les médias étrangers, et leurs reportages ne sont pas toujours publiés. Israël les accuse de collusion avec le Hamas. Mais à Gaza, à l'inverse, certains habitants les soupçonnent d’espionnage. Piégés, ces journalistes deviennent des cibles, acteurs malgré eux de la tragédie qu’ils chroniquent. Quand l’AFP décide d’évacuer son équipe en 2024, ils quittent l’enclave, dévorés par la culpabilité d’abandonner derrière eux ceux qui restent et rongés par le stress post-traumatique.

Adel Zaanoun, chef du bureau de l’AFP dans l’enclave palestinienne, qui vit aujourd’hui à Nicosie, témoigne dans ce documentaire.

"Journaliste, je couvre le conflit israélo-palestinien depuis près de vingt ans pour l’AFP, mais avec cette guerre sale, sanglante, pour la première fois, nous avons été privés de tout, de la liberté de circuler, d’eau, de nourriture… Pris sous les tirs et les bombardements israéliens, nous n’étions à l’abri nulle part dans la bande de Gaza. Notre bureau, nos maisons ont été détruits. Nous vivions avec nos familles dans la terreur, et il n’existait plus de frontière entre nos vies professionnelle et privée, la vie et la mort. Nous pouvions être tués ou arrêtés à tout moment. Les évacuations se sont succédé, à neuf reprises pour moi, vingt pour ma mère, mes frères et sœurs. Chaque fois, il fallait tout recommencer. Ma dignité, mon humanité de journaliste, de Palestinien et de Gazaoui ont été broyées dans cette guerre. 

Tout aurait été différent si, dès le début du conflit, Israël n’avait pas interdit l’accès à Gaza aux journalistes étrangers, qui auraient pu aussi documenter la guerre. Comme d’autres collègues, nous travaillons pour une grande agence de presse internationale, mais du fait de notre statut de reporters locaux palestiniens, les histoires que nous rapportions ont été systématiquement remises en cause, Israël nous accusant d’être la voix du Hamas. Ce conflit est aussi une guerre d’images. Pourtant, nous sommes indépendants, attachés à la liberté de la presse, et nous n’avons pas à choisir notre camp. Nous avons publié les déclarations émanant des deux côtés, et raconté la réalité du terrain, en vérifiant toujours, y compris auprès des autorités israéliennes, le nombre de victimes. Nos photos et vidéos corroborent nos récits, mais ce soupçon permanent a ajouté encore à la pression que nous subissions. On a voulu nous réduire au silence, et j’ai le droit de demander pourquoi. Faute de moyens, nous n’avons pu couvrir que 10 à 15 % des événements. Nous nous sommes sentis très seuls et nous espérions plus de soutien de nos confrères dans le monde entier."

Crédit photo © Mahmud Hams / AFP

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