Sur France 5, Dans l’ombre de Berlusconi enquête sur la manière dont les télévisions privées ont transformé le rapport du public à l'information, au pouvoir et à la démocratie.

Sur France 5, Dans l’ombre de Berlusconi enquête sur la manière dont les télévisions privées ont transformé le rapport du public à l'information, au pouvoir et à la démocratie.

Film documentaire inédit Écrit et réalisé par Fabio Lucchini, produit par Khora Film, Dans l'ombre de Berlusconi est diffusé ce dimanche 26 avril à 22h55 sur France 5.

Dans les années 1980, une révolution silencieuse s'opère en Italie. Non par les urnes ni par la rue, mais par la télévision.

De l'ascension de Fininvest à l'entrée en politique de Silvio Berlusconi, ce film de 72 minutes enquête sur la manière dont les nouvelles télévisions privées ont transformé le rapport du public à l'information, au pouvoir et à la démocratie. À travers les témoignages directs de ceux qui ont construit ce système, révélations sur comment divertissement, publicité et concentration médiatique ont préparé le terrain d'une nouvelle ère politique en Europe.

Les intervenants :

  • Sandro Parenzo. Auteur d'émissions à succès 1979 - 1984 ;
  • Carlo Freccero. Directeur de la programmation Fininvest, 1980 - 1983 / La Cinq, 1986 - 1990 France 2 et France 3, 1993 - 1996 ;
  • Giorgio Gori. Assistant de Carlo Freccero 1984 - 1988 / Directeur de la programmation Fininvest, 1989 - 2001 / Parlementaire Européen depuis 2024 ;
  • Marcello Dell'Utri. Bras droit de Silvio Berlusconi /Fondateur de Publitalia 80' et Forza Italia ;
  • Giancarlo Galan. Dirigeant chez Publitalia 80', 1988 - 1995 / Président de la région Vénétie, 1995 - 2010 / Ministre de la culture, 2011 ;
  • Rodrigo Cipriani. Dirigeant chez Publitalia 80' 1988 - 2000 ;
  • Carlo Momigliano. Dirigeant chez Publitalia 80', 1986 - 1991 ; 1993 - 2000.

Déjà disponible sur france.tv :

Fabio Lucchini, auteur-réalisateur :

"Deux générations d'italiens sont pratiquement nées avec Berlusconi au pouvoir. Les conséquences des décisions prises par l’ancien Cavaliere ont façonné le pays et les vies de millions de personnes, dont la mienne. Je venais de naître quand, dans les années 80, Marcello Dell’Utri, Giancarlo Galan, Carlo Momigliano et d’autres illustres inconnus s'affairaient dans les bureaux d’un groupe audiovisuel à Milan. Ces gens, dont les noms ne disent pas beaucoup au grand public, allaient changer la vie de millions de personnes. Ils travaillaient pour Publitalia 80’ et Fininvest, respectivement la régie publicitaire et la maison mère des télévisions de Silvio Berlusconi. Ils en étaient les managers. Ils avaient révolutionné la télévision commerciale italienne et incarnent une véritable révolution culturelle : les années 80 du fric-roi, de la glorification des entreprises et des entrepreneurs. À leur manière, ils constituaient l'avant-garde de la société du spectacle et de la surconsommation. Ils auraient pu, comme leurs collègues aux quatre coins de la planète, continuer de se consacrer au marketing publicitaire et au choix des meilleurs programmes pour attirer toujours plus de public, mais leur chef avait pour eux d’autres projets. Un jour de 1993, Silvio Berlusconi leur avait demandé d'arrêter avec le démarchage des clients et les enquêtes de populations afin de se consacrer à une toute autre activité : la création d’un parti politique.

Mais qui est vraiment Silvio Berlusconi ? D'où vient-il ? Où a-t-il puisé les idées qu’il a si bien su vendre en Italie et qui ont fini par influencer la politique dans le continent européen et au-delà ? Ce sont ses télévisions commerciales qui ont contribué à créer le terreau dont il aurait tiré les énergies pour prendre le pouvoir. C’est dans les années 80 que son discours prend forme, avant qu’il accède aux offices. Son discours est la marque, en Italie, de l'époque post-idéologique, cette “fin de l’histoire” décrétée par Fukuyama à la fin de la Guerre Froide, lors du triomphe supposé du modèle capitaliste. L’Union Soviétique tombée, l’avenir était à nouveau en marché. Les idéologies qui avaient marqué le 20e siècle, n’étaient que des lourds vestiges d’un monde dépassé. L’occident triomphant allait imposer partout son modèle : on avait envie de progrès, de nouveauté et d’insouciance. Aux lourdeurs du passé, il fallait substituer la légèreté du présent. Berlusconi a incarné cette envie de nouveauté en tant qu'entrepreneur d’abord. En 1994, C'est avec ce même esprit qu’il entre dans l’arène politique italienne et européenne. Son discours, son corps, ses actions sont marquées par l’envie de transmettre un sens de légèreté. Quand Berlusconi faisait le geste des cornes derrière un ministre espagnol ou qu’il faisait coucou à Angela Merkel en se cachant derrière une statue, ces blagues déplacées n’étaient pas des accidents de trajet. Elles étaient les signes d’un nouveau langage, d’un discours politique qui voulait ériger la légèreté en code, contre la pesanteur et la gravité des discours politiques d’antan."

Crédit photo © Fototeca Gilardi.

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