Octobre 2006. La dernière grande forge de Nouzonville (Ardennes) est liquidée après avoir été pillée par ses repreneurs américains. Il y a
30 ans à peine, une quarantaine d'entreprises fonctionnaient ici à plein régime. Ouvriers fiers de leur savoir-faire, ingénieurs au talent créatif, dynasties patronales autoritaires mais
attachées à leurs usines et à leurs salariés, Marcel Trillat filme tous les acteurs d'un univers anéanti par l'ouragan de la mondialisation.
Selon Marcel Trillat, à travers l’histoire de Nouzonville se lit l’évolution récente du patronat industriel. "Il y a eu les patrons à l’ancienne. Des dynasties parfois très
autoritaires. Les conflits étaient souvent violents mais on pouvait discuter. Surtout, ces patrons étaient attachés à leurs usines, avaient un relatif respect pour leurs ouvriers et tentaient à
leur manière, paternaliste, de faire du “social”. Cette classe, représentée dans le film par les Dury, anciens propriétaires de Thomé-Génot, a souvent été prise de cours par la financiarisation
du capitalisme. C’est ce qu’explique très bien le représentant local du Medef, qu’on ne peut pas taxer de gauchisme. Le monde industriel est désormais entre les mains de financiers qui ont les
yeux braqués sur la Bourse, spéculent sur les produits de base, imposent des délocalisations et sèment la panique dans un milieu qui est encore très attaché à la notion de métier. Parmi eux, on
trouve ces patrons voyous qui débarquent pour reprendre des usines en difficulté, qu’ils obtiennent pour trois fois rien, pillent ce qu’ils peuvent et vident les lieux. Il y a enfin un nouveau
patronat “moderne” qui accepte la mondialisation comme un fait inéluctable, une loi du marché et qui prétend suivre le sens de l’histoire. C’est le discours que nous a tenu le repreneur de
Thomé-Génot, avec beaucoup de franchise, il faut lui en savoir gré."
"Evidemment qu’il faut aider à tout prix les entreprises qui peuvent créer des emplois... Seulement, certaines piquent le fric et disparaissent. Et ensuite, pour ne pas se retrouver à la rue dans
une région où il n’y a pas beaucoup de chance de retrouver un emploi, pour obtenir un peu d’aumône, qui appelle-t-on au secours ? les élus locaux encore une fois. De sorte que c’est la société,
donc les contribuables qui doivent payer les pots cassés d’un système qui génère d’énormes profits pour une minorité de gens. Nous ne sommes pas armés contre ce qui arrive. C’est comme un ouragan
qui menace de foutre en l’air tout l’édifice. Si ce film peut avoir une utilité, j’aimerais que ce soit celle de faire entendre un autre son de cloche, autre chose que ce bourrage de crâne
quotidien qui voudrait nous faire croire que la mondialisation, le libéralisme sans limites sont une fatalité, voire qu’elles peuvent se révéler une chance à condition de “surfer sur la vague”.
Il faut s’adapter, faire des sacrifices, casser quelques œufs... Très bien, regardons ce que cela produit sur le terrain. A qui cela profite-t-il ? Est-ce cela le paradis libéral ?"