Les Yes Men refont le monde, un documentaire franco-américain inédit
diffusé ce soir à 20h45 sur Arte. Réalisé par Andy Bichlbaum et Mike Bonanno, en collaboration avec Kurt Engfehr, et diffusé en avant-première avant une sortie en salles.
Depuis quelques années, deux jeunes Américains, Andy Bichlbaum et Mike Bonanno, défraient la chronique grâce à des performances chocs et franchement culottées. Ce sont les Yes Men, ils pratiquent
une nouvelle forme d’activisme politique.
Leur cible : l’ultralibéralisme.
Leur méthode : se faire passer, à la télévision comme lors de conférences aux quatre coins du monde, pour des experts financiers ou des porteparole de grandes institutions, comme l’OMC
(Organisation Mondiale du Commerce), en annonçant des décisions improbables pour tester un auditoire de professionnels de la finance.
Leur démarche : radicaliser le discours économique dominant, le pousser à l’extrême à travers des performances pour en éprouver les limites, cerner le moment à partir duquel la logique du discours
devient inacceptable.
La méthode des Yes Men s’inspire des nouvelles formes de piratages informatiques. Ils créent de faux sites internet (DowEthic.com, OMC) tellement réalistes, qu’ils reçoivent des invitations en tant
que représentants officiels de ces organismes.
Et le pire, c’est qu’ils y vont! Les spécialistes qui assistent à leurs shows ne semblent même pas remarquer la supercherie.
Au nom de la loi du marché, sur fond des tragédies de Bhopal ou de la Nouvelle Orléans, les adeptes du culte de l’économiste Milton Friedman semblent prêts à accepter les idées les plus loufoques
et les plus inhumaines.
Parmi les performances des Yes Men :
Le 3 décembre 2004, un certain Jude Finisterra (en réalité l’un des Yes Men, Andy Bichlbaum), apparaît dans une émission en direct sur la B.B.C. C’est en consultant « DowEthics. com », un faux site
réalisé par les Yes Men que l’équipe préparant l’émission les a invités. En direct, Jude Finisterra annonce au monde, avec force détails, l’intention de la société «Dow Chemicals» de décontaminer
le site de Bhopal et d’indemniser les survivants de la catastrophe. Immédiatement, les cours de l’action de Dow chutent de plusieurs milliards de dollars...
Le 28 avril 2005, à la suite d’une invitation tout aussi accidentelle que celle de la BBC, les Yes Men ont participé à une conférence bancaire à Londres en tant que représentants de Dow. Au cours
de cette apparition, Erastus Hamm (Bichlbaum de nouveau), explique froidement à une salle remplie de banquiers que pour satisfaire les exigences du marché, la société Dow accepte la mort humaine
comme composante nécessaire de la gestion de ses intérêts. La conclusion de Hamm décrète que si le développement de l’agriculture a accentué la famine dans le Tiers Monde, elle a en revanche
enrichi beaucoup de sociétés, ce qui la rend entièrement acceptable. A l’issue de la conférence, des participants viendront les féliciter pour leur intervention « rafraîchissante ».
A Tempera, devant un auditoire de spécialistes mondiaux du textile, ils revisitent l'Histoire de la Guerre de Sécession pour critiquer l'abolition de l'esclavage et démontrer les vertus d'une tenue
révolutionnaire qui permettra aux patrons de surveiller les travailleurs en permanence.
A Plattsburgh, ils démontrent devant des étudiants en économie médusés les vertus d'un système de recyclage des excréments mis au point avec McDonald pour régler les questions de la faim dans le
Tiers Monde.