22 Février 2007
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Lors de mon dernier bilan sur les nouveautés de la rentrée aux Etats-Unis, j'omettais, honte sur moi, de parler des séries du câble américain. Il faut donc savoir que, contrairement aux chaines à péages françaises dont les séries les plus récentes sont Côte Ouest et Alerte à Malibu pour les plus chanceuses, leurs homologues américains produisent leurs propres séries.
Mais alors, me direz-vous, qu'est ce qui fait la différence entre un show d'une grande chaine hertzienne et une série d'une chaine câblée ? Et bien la principale différence réside dans le fait que ces chaines ne sont pas soumises aux règles draconiennes de censure dont doivent faire face les grands networks. Ainsi, alors que l'insulte la plus virulente que profère Jack Bauer dans 24 est « Zut ! », le casting de Weeds s'en donne à coeur joie de « Fucking ! » à toutes les sauces. Les séries cablées sont donc réputées être plus réalistes, plus subversives, plus violentes. Toutefois, le temps où les Sopranos rassemblaient plus de 10 millions de fans sur HBO est bel et bien révolu. Et oui, les grands network l'ont bien compris et commencent eux-mêmes à riposter en proposant eux-aussi des séries de moins en moins conformistes. Le cable est donc obligé de répondre en mettant à l'antenne des oeuvres toujours plus originales. Et toujours plus chocs. Sont-elles pour autant meilleures ?
Mais avant de se pencher sur ces séries, il serait bon de resituer le contexte. En effet, il y a quelques années à peine, le cable américain était systématiquement associé à HBO. Chaîne politiquement incorrecte par excellence, elle connut un succès foudroyant dans les années 90 où tout ce qu'elle produisait était Saint-Graal ! Un succès amplement mérité avec des séries aussi cultes que Sex & The City, Six Feet Under ou encore DeadWood. Mais petit à petit, la concurrence a suivi et a commencé à proposer des séries qui n'avaient plus rien à envier au maître. Le réseau câblé se traduit donc aujourd'hui par une multitude de petites chaines qui tentent toutes de s'imposer en dénichant LA nouvelle série culte qui fera parler d'elle. Ainsi, The Shield, Nip/Tuck ou encore Taken, c'est le câble. Et le succès est sans conteste : ainsi depuis la mi-janvier, la chaine câblée ultraconfidentielle USA Network se permet de battre chaque vendredi soir une chaine hertzienne grâce à la série Monk !
Vous l'aurez compris, les séries du cable ont le vent en poupe. Gage de qualité pour autant ? Pas si sur ? Et j'aimerai justement commencer par HBO, ma grande déception de ces dernières années. Au vu de la concurrence, la chaine est indéniablement devenue moins populaire. Et comme si cela ne suffisait pas, entre le salaire de Gandolfini et la série « Rome », elle s'est endettée pour les 50 ans à venir ! Alors bien sûr, Rome est une excellente série, brillamment écrite et superbement mise en scène. Mais voyons, une chaine câblée n'a pas les moyens de produire l'une des séries les plus chères de l'histoire! Et ce, d'autant plus que Rome n'est pas vraiment un succès populaire, c'est vous dire la quantité de cheveux que doivent s'arracher les dirigeants de la chaine tous les dimanches soirs après chaque diffusion. Et à la compta, je vous raconte même pas le plan social qui a dût sévir ! Toujours est-il que l'ancienne chaine prestigieuse a bien été obligée d'annuler ses séries les plus chères ... et les plus cultes par la même occasion. Et alors que les concurrentes innovent, HBO se voit contrainte d'acheter des séries à défaut d'en produire, comme la série anglaise culte Extras, sitcom peu conventionnelle qui suit la vie d'un acteur raté qui collectionne les petits rôles. Si vous aimez l'humour anglais autant que Hugh Grant aime les prostituées, Extras devrait passer. Côté nouveautés maison, la saison dernière aura tout de même vu l'arrivée de l'insipide Big Love sur une famille qui pratique la polygamie. Sauf qu'au lieu de nous concocter un show subversif à la Six Feet Under comme elle savait si bien les faire, HBO nous livre une série bavarde, plate, sans consistante et d'une lenteur qui dépasse l'entendement. A côté, Brothers & Sisters pourrait presque passer pour Prison Break, c'est vous dire !
Le nouveau puits à série est donc aujourd'hui à chercher ailleurs et ce n'est pas la chaine ShowTime qui nous dira le contraire ! Elle détient, selon moi, les deux meilleures nouveautés cablées de ces dernières années. La première, vous la connaissez certainement, il s'agit de Weeds, ou l'histoire d'une « femme au foyer désespérée » à priori comme les autres qui commence à vendre de l'herbe à son quartier pour subvenir aux besoins de sa famille ! C'est délirant, surprenant et surtout totalement atypique. On a finalement l'impression d'une sorte de Desesperate Housewives underground qui prend un malin plaisir à se jouer des tabous si chers à la télévision américaine: bienfaits "apaisants" de la drogue, masturbation féminine ... Tout y passe ! Paradoxalement, aucun mouvement conservateur ne semble monter au créneau face à Weeds au grand dam de la production qui se réjouirait bien d'un petit scandale ! Eh oui, le sexe a tellement fait les choux gras du cable pendant des années qu'il semble aujourd'hui nécessaire d'aller plus loin pour créer le buzz ... Et c'est là qu'intervient Dexter avec l'immense Michael C. Hall. La série nous embarque en effet dans les pensées les plus noires d'un expert en criminologie. Lui-même serial Killer de criminels à ses heures perdues ! Original me direz-vous, et vous ne ferez pas si bien dire ! Dexter brise absolument tous les codes de la narration, aux antipodes de la voix moralisatrice de Mary Alice des Housewives. Dans un univers "Experts :Miamiens" (mot utilisé pour désigner des couleurs jaunasses), on nous plonge au coeur des doutes, des envies morbides, des crimes effroyables d'un personnage si étrange. C'est réellement déstabilisant mais si unique que vous n'en sortirez certainement pas indemne !
On peut d'ailleurs encore une fois déplorer que les chaines hertziennes françaises se refusent toujours à nous diffuser ces petits bijoux. La ménagère veut du Julie Lescaut alors on lui donne du Julie Lescaut ! Mais vous, amis diffuseurs qui me lisaient (on peut toujours rêver), la ménagère ,elle veut désormais s'évader, elle veut voir autre chose qu'un Navarro ou un Derrick dont les cascades les plus vertigineuses consistent à sortir un revolver de leurs poches après un interminable mouvement de la main qui a nécessité quatre passages sous la tente à oxygène. En résumé, elle en a marre que vous la considériez seulement comme une demeurée qui n'est bonne qu'à faire la popote et à acheter le nouveau Mir en tablette ! Alors, donnez-lui du Dexter ! Bon, pour nous consoler, il nous restera toujours Nip/Tuck sur M6 et sa saison 4 tout en liftage d'has-been octogénaires, Larry Hagman et Catherine Deneuve en tête de gondole. Tout un programme.
Ceci m'amène donc à vous parler d'un autre genre, boudé par les networks, mais plébiscité par le cable : l'horreur (n'y voyez pas de lien avec Larry Hagman !). Mais il est logique que les grandes chaines s'y refusent. Imaginez donc Heather Locklear poursuivie par un nain mangeur d'hommes en prime-time sur ABC ? La censure locale préférerait encore que l'on y montre le sein droit de Janet Jackson ! Bon, vous me direz, il y avait bien Buffy, mais à partir de 12 ans, les téléspectatrices étaient bien plus effrayées à l'idée que David Boreanaz ne soit plus célibataire que par les monstres eux-mêmes. Alors, certes, il reste Walker Texas Rangers, mais là encore c'est différent, c'est de l'horreur scénaristique. Enfin bref, revenons à notre sujet avec les séries horrifiques du cable.
Et j'aimerai notamment parler de "Masters of Horror" sur ShowTime, dont le principe consiste à confier l'écriture de chaque épisode à un réalisateur d'horreur reconnu. Sauf que la seconde clause secrète dont tout le monde ignore l'existence est que l'épisode doit être le plus nul possible. Et autant vous dire qu'elle est parfaitement respectée puisque chaque épisode est encore plus lamentable que le précédent. On se demande d'ailleurs comment de tels auteurs, à l'accoutumée si excellents, ont pu écrire des horreurs pareilles, c'est le cas de le dire. Et alors, me direz-vous, si on suit la logique, le dernier épisode doit atteindre des profondeurs abyssales de médiocrité ? Et bien oui, jusqu'au bout on n'est pas déçu puisque le season finale de Masters of Horror est certainement le pire épisode de séries toutes confondues qu'il m'est été donné l'occasion de regarder dans ma vie. Et pourtant, dieu sait que des épisodes de Las Vegas, j'en ai vu ! ShowTime l'a d'ailleurs censuré pour des raisons de violence extrême mais soyons réaliste, il n'est pas plus violent qu'un autre, simplement indiffusable à cause de sa nullité affligeante. En deux mots, c'est l'histoire d'un taré qui part à la recherche de sa femme dont tout le monde se fout. Et dans sa quête à mourir d'ennui, il tombe sur une île peuplée de prostituées chinoises défigurées que l'on torture. Affligeant...
Toujours est-il que le scénariste tente de donner une dimension spirituelle à une histoire qui en est totalement dépourvue. C'est pas inspiré, c'est glauque, c'est malsain, bref c'est irregardable. Non, si vous voulez réellement regarder une vrai série horrifique réussie, il faut jeter un coup d'oeil du côté de la discrète Nightmares & Dreamscapes sur TNT, inspiré de nouvelles du génie Stephen King. Plus contes surnaturels qu'horreur gratuite, la série n'en est pas moins originale. Un épisode surréaliste met d'ailleurs en scène un tueur à gages, qui, après avoir tué un célèbre confectionneur de jouets, se voit poursuivi par une bande de petits soldats de plomb animés et pour le moins hargneux. Cela donne un « Mr & Mrs Smith » en huis-clos totalement décapant ! A découvrir bientôt sur TPS Star en France ?
Un autre type de série que le cable réussit à la perfection, ce sont les séries « policières ». Alors par policière, je n'entends pas la bande à Grissom mais d'autres séries, plus réalistes et plus poignantes. Je pense notamment à Sleeper Cell qui suit un agent du FBI qui parvient à s'infiltrer au coeur d'un réseau islamiste attaché à Al-Qaïda. C'est dur, mais terriblement prenant et cela a tout cas le mérite de nous montrer que les péripéties de notre ami Jack Bauer sont parfaitement surréalistes ! Remarquez, qui ne le savait pas ? Dans un style plus conventionnel, nous avons Psych sur USA. C'est Monk 2.0 puisque un gars se fait passer pour un medium dans le but de résoudre des enquêtes et hérite par la même occasion de tous les tics « Monkesque » du genre "Je me saisis la tête quand je trouve un indice". Malgré tout, c'est frais, sans prétention et plutôt agréable à regarder.
Et puis enfin, nous avons les séries inclassables, c'est d'ailleurs la spécialité du cable qui en regorge. Il y a du bon... Et du moins bon. ABC Family a notamment lancé l'été dernier Kyle XY. Alors Kyle XY, pour vous situer, c'est une série « Trilogie du Samedi ». Il n'y a même pas besoin de préciser le pitch, on le connaît déjà, c'est dans le cahier des charges de la trilogie. Donc le héros doit être jeune, plutôt beau gosse, donc ça c'est fait. Il doit avoir un prénom tout droit sorti de Melrose Place, c'est fait aussi. Evidemment, il ne doit pas trop savoir qui il est et si possible, quelques méchants doivent vouloir le tuer. Et si, en plus de ça, il pouvait avoir une petite anomalie physique, un pouvoir, un don, enfin quelque chose, ça serait parfait. Bingo, notre ami Kyle n'a pas de nombril ! Vous l'aurez compris, Kyle XY a toute la panoplie, pour autant ce n'est pas une si mauvaise série. Mais ce n'est pas le cas de tout le monde et notamment de Dirt sur FX. Vous avez surement entendu parler de Dirt puisqu'elle signe le retour de Courtney Cox sur le petit écran, en directrice impitoyable d'un magazine de presse people prêt à tout pour décrocher un scoop. Quand je vous parlais de choc tout à l'heure, Dirt en est l'incarnation proprement dite !
Sexe gratuit, violence, skizophrénie ... Vous en aurez pour votre argent ! Malgré tout, j'ai été l'un des seuls à défendre bec et ongles le pilote que j'avais trouvé très bon, percutant, interessant, très bien construit. Avant de me jeter directement au bûcher, je tiens à préciser que je suis fan inconditionnel de Courtney Cox et je ne pouvais donc qu'aimer ce pilote !
Toutefois, devant l'ampleur des dégâts dans la suite, j'ai bien été obligé de rendre les armes. C'est vide, cliché, cruel et les acteurs en font des tonnes. Bref, c'est du grand n'importe quoi ! Et je me suis depuis inscrit aux « Fans de Courtney Cox anonymes » dont je suis d'ailleurs le seul adhérent ...
En bref, nous avons aussi Three Moons over Milford sur ABC Family, vous ne connaissez certainement pas, ça tombe bien, moi non plus ! Enfin, l'inénarrable It's Always Sunny in Philadelphia se pose comme véritable outsider de la sitcom puisqu'elle met en scène une bande de ringards qui ont pour habitude de se réunir dans les bars à bières de la ville pour refaire le monde. C'est original, c'est acide. Bref, c'est le cable ! Et si vous n'êtes pas toujours pas convaincu par les quelques shows que je vous ai exposé, le cable nous réserve encore le meilleur comme le pire dans les mois à venir. Commençons par le pire : PainKiller Jane sur Sci-Fi mettra en scène une femme qui se découvre des pouvoirs extraordinaires puisqu'elle peut guérir les gens de leurs blessures et en sort elle-même régénérée. On en vomit d'avance. Les Tudors sur ShowTime nous racontera les tumultueuses premières années de règne du roi Henri VIII. Guère prometteur mais après tout pourquoi pas.
Mais c'est HBO qui pourrait avoir tiré le gros lot puisqu'elle produira une nouvelle série médicale qui contera la vie, les doutes et les espoirs de patients atteints du cancer, produit par Monsieur JJ Abrams himself. HBO parviendra-t-elle à remonter la pente et à redevenir la grande prêtresse du cable ? L'avenir nous le dira ? Câble ...Ton Univers Impitoyable !
Cole
Rome, saison 2 : Eté 2007 sur Canal +.
Masters of Horror (Maitres de l'Horreur), Saison 2 et Weeds, Saison 2 : Rentrée 2007 sur Canal +
Nightmares & Dreamscapes (Rêves et cauchemars), Saison 1 à partir du 23 février sur TPS Star.
Big Love est annoncé sur Canal +
Sleeper Cell a terminé sa première saison sur TPS Star.
Aucune annonce pour les autres.
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