21 Mars 2012
Dans un monde globalisé, nos actes de consommateurs ont des conséquences insoupçonnées ; le téléphone portable en est un exemple éloquent. Diego Buñuel, entouré de trois reporters, part à la découverte des pays, des matériaux, des enjeux et surtout des hommes qui se cachent derrière ce gadget désormais indispensable. Un documentaire inédit proposé ce mercredi en première partie de soirée sur Canal+.
Le film commence en République démocratique du Congo. Là se trouvent d’importantes réserves de cassitérite, un minerai dont est extrait l’étain indispensable aux soudures électroniques. Ces trois dernières années, le prix de ce métal a doublé. Un marché juteux dont tentent de s’emparer les différentes milices armées de cette région enclavée. Elles se mènent une guerre larvée et terrorisent la population pendant que des creuseurs extraient à mains nues, trente mètres sous terre, quarante-huit heures durant, ce que l’on appelle au Congo "l’or gris", et partout ailleurs le "minerai de sang".
Dans cette première partie de BOOMERANG, le grand reporter Bertrand Coq descend jusqu’au fond de la mine aux côtés de ces travailleurs "hiboux". Il se rend dans un village dont les trois cents femmes ont été violées par des rebelles, et s’enfonce dans la forêt afin de mettre la main sur le chef Maï-Maï de la région, sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour viols de masse. Bertrand Coq remonte enfin la filière de la cassitérite jusqu’à la capitale de la province, Goma, où les Chinois se sont emparés du marché depuis que les Américains ont voté une loi qui bannit l’usage du minerai de sang. Ce minerai finit principalement dans les raffineries d’Asie. En Chine, plus précisément.
Shenzhen, ancien village de pêcheurs, est devenu en trente ans la ville-atelier de l’électronique du monde entier. C’est là que des millions d’ouvriers sont soumis à des cadences infernales pour fabriquer ces téléphones à la seconde. Le journaliste Anthony Dufour, qui vit en Chine depuis dix ans, a réussi à se faire ouvrir les portes de l’un des milliers de sous-traitants dont regorge la ville, au plus près de ces esclaves des temps modernes.
C’est en Inde que BOOMERANG s’achève, là où s’échouent nos vieux portables. Le pays est l’une des poubelles où l’Occident vient déverser ses déchets électroniques, en toute illégalité puisque l'Inde interdit ces importations toxiques depuis quinze ans, et que la majorité des pays en bannissent l'exportation. Pourtant, 50 000 tonnes de ces déchets arriveraient chaque année, déguisés en donations de matériel d'occasion. La journaliste Sabrina Van Tassel a réussi à pénétrer ce marché du déchet ultra-rentable et ultra-fermé. À quelques kilomètres de Delhi, elle nous fait rencontrer deux frères qui rachètent nos vieux téléphones pour en extirper l'or, l'étain et le cuivre contenus dans les circuits électroniques et les cartes à puce. Mais c'est à 200 kilomètres plus à l'est, à Moradabad, qu'il faut se rendre pour voir les petites mains brûler, plonger dans des bains d'acide et enfin gratter les restes électroniques à l'affût de quelques microgrammes de matières précieuses, le tout sans aucune protection. La reporter est la première à filmer ce no man's land qui fait vivre plusieurs millions de personnes tout en les menant lentement vers la mort.
Photo. L'Inde: A Moradabad, des jeunes brûlent les circuits électroniques pour en récupérer l’or, l’étain et le cuivre, sans aucune protection.© BUNUEL PRODUCTION / EXPLORER.
RETROUVEZ-NOUS SUR CE COMPTE TWITTER.
Actu des médias par 2 passionnés, amateurs. Et tweets perso.
Voir le profil de leblogtvnews.com sur le portail Overblog