19 Septembre 2011
Tout a été dit ou presque sur Bokassa, dictateur hors norme de Centrafrique. Un documentaire proposé ce soir à 23 heures sur France 3 ne revient pas sur son incroyable biographie mais centre son propos sur ce 4 décembre 1977 où Sa Majesté Bokassa Ier, admirateur de Napoléon, se fit sacrer empereur dans une scénographie digne de David.
Grâce aux rushes des films tournés par l'armée, images inédites qui viennent d'être déclassifiées Secret-Défense, et aux films de la deuxième chaîne qui n'envoya pas moins de sept équipes en Centrafrique, il est possible de raconter la formidable cérémonie dans le détail, de l'analyser, de la disséquer. Et cette radiographie du sacre montre à quel point Bokassa s'est livré ce jour-là à une caricature de certaines dérives de l'Afrique post-coloniale, et constitue un exemple des relations ambigües qui se tissent entre les anciennes colonies et l'ancienne métropole.
Au point que, dans cette affaire, la France est elle-même plongée dans le malaise parce qu'elle se retrouve associée aux délires abracadabrantesques de Bokassa, fournissant costumes, chevaux, carrosses ou caméraman. Mais c'en était trop, et désormais Bokassa ne sera plus jamais soutenu par la France. En septembre 1979, l'opération Barracuda renverse Bokassa qui n'aura désormais de cesse de se venger. Ironie de l'histoire, dans les rues, la foule en colère crie «Vive la France ! » sur le chemin des paras incrédules.
Comm. de France 3 :
C’est un film incroyable qui a mis trente ans à émerger du passé. Le 4 décembre 1977, parmi les milliers d’invités qui se pressent dans les rues de Bangui pour assister au sacre de Bokassa Ier, se cache une étonnante équipe de tournage qui ne perd pas une miette de la mascarade. Pourquoi « étonnante » ? Parce qu’elle est composée d'opérateurs de l’armée française et qu’elle a reçu l’exclusivité des images de la cérémonie ! La France offre à Bokassa le film de son couronnement, comme on offrirait celui d’un mariage ! Après le scandale des diamants offerts à Valéry Giscard d’Estaing, le film a été classé « confidentiel Défense » durant trente ans. L’historien Jean-Yves Le Naouar et le réalisateur Cédric Condom ont récupéré ces images et en ont fait un film fascinant et effrayant, qui en dit autant sur la folie d’un despote que sur les perversions de la « Françafrique ».
Les auteurs nous plongent au cœur de l’événement, derrière les dorures de façade et le faste menteur, là où il ne reste plus qu’un tyran illuminé qui couvre d’une feuille d’or la misère de son peuple. « Grâce aux rushes des films tournés par l'armée, mais aussi aux reportages des journalistes venus assister, médusés, au spectacle, il est possible de raconter cette incroyable cérémonie dans le détail », expliquent Jean-Yves Le Naouar et Cédric Condom. « Nous disséquons l'événement, des préparatifs au défilé en carrosse, du sacre dans la salle omnisports offerte par le camarade Tito et déguisée en palais du couronnement, en passant par la messe impériale que le pape n’a pas voulu célébrer, envoyant un légat, ou encore le grand dîner de gala. Dans cet empire en carton-pâte, tout est un décor qui sonne faux, jusqu’à la cacophonie et au grand guignol, avec ces femmes aux seins nus devant des évêques en grande tenue, et des soldats déguisés en grognards suant sang et eau sous le soleil tropical, tandis qu’une fanfare joue les chevaliers de la Table ronde ! »
Crédit photo © ECPAD / DR.
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