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Document inédit : Soignés d'office (France 2).

 

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La folie alimente tous les fantasmes, celui du fou dangereux en liberté ou à l’inverse celui du malade interné arbitrairement. La réalité est plus complexe. Comme 70 000 personnes chaque année en France, Hervé, Maryse, Nathalie et Toung ont vécu la traumatisante expérience de l’hospitalisation sous contrainte, parce qu’ils allaient trop mal, parce qu’ils présentaient un danger pour eux mêmes ou pour les autres. La loi, récemment modifiée, a en effet prévu que ces malades puissent être soignés de force, à la demande d’un proche ou d’un représentant de l’Etat. Le malade mental est en effet le seul à connaître ce processus privant l’individu de sa liberté au nom de sa santé.

 

De leur internement à hôpital de Moisselles, dans le Val-d’Oise jusqu’à leur sortie, au prix d’un traitement contraignant, en passant par le centre médico-psychologique de Levallois, qui assure leur suivi, une équipe de journalistes les ont accompagnés dans leur douloureux périple, jour après jour, pendant plusieurs mois.

 

Un film documentaire inédit de Lorène Debaisieux, à voir ce jeudi vers 23h10 sur France 2. La réalisatrice, après avoir filmé Les adolescents dans tous leurs États pour France 5 et Mes parents, leur divorce et moi pour France 2, a poursuivi sa démarche à travers un sujet plus grave : l’hospitalisation sous contrainte. Ce documentaire montre, dit-elle, "des personnages qui cherchent à prendre en main leurs destins même s’ils traversent des moments extrêmement difficiles. Ils nous font aimer la vie car ils forcent notre respect en trouvant en eux-mêmes des moyens pour s’en sortir. Je n’aime ni les étendards ni les grands discours. En tant que documentariste, je m’attache à ce que les parcours personnels rejoignent ainsi les questionnements de toute une société".

 

Lorène Debaisieux souligne que pour le tournage "Il nous a fallu combattre les préjugés défavorables des médecins et des familles de malades choqués par l’image que certains médias avaient pu donner de la psychiatrie. Au départ, nous n’étions pas les bienvenus. Mais, petit à petit, et cela a duré pratiquement un an, nous avons pu gagner la confiance des malades et des soignants avant qu’ils acceptent d’être filmés. Ce travail d’approche et de préparation était indispensable pour se faire accepter dans un milieu a priori hostile à la présence d’une caméra. C’était long, difficile, chaotique et compliqué".

 

A propos de sa relation avec les malades, il y a eu beaucoup de questions, à la fois déontologiques mais aussi pratiques, sur la manière de tourner en respectant totalement la dignité et le consentement des malades. "Nous avons délibérément choisi de ne pas les filmer en chambre d’isolement où dans des situations qui pouvaient donner d’eux une image dégradante. Mais nous ne voulions pas non plus masquer la réalité de la maladie. Toutes les séquences du film, y compris celle d’ouverture qui montre la réalité, dans toute sa crudité, d’une hospitalisation sous contrainte, ont été tournées avec l’accord de toutes les personnes concernées. Nous avons été jusqu’à leur projeter le film pour être sûrs de leur consentement. Il nous semblait essentiel de montrer la folie en face, avec le plus grand respect mais sans tabou. C’est à ce prix que les mentalités peuvent évoluer".

 

Au sujet de la réforme de la loi de 1990, Lorène Debaisieux juge que du côté des soignants comme de celui des magistrats, "nous avons senti que la réforme lancée en 2011 ne répondait à aucun des véritables problèmes auxquels ils sont confrontés quotidiennement. Ils manquent de médecins, d’infirmiers spécialisés, de lieux d’accueil thérapeutique. On leur impose désormais des contrôles renforcés, des permissions de sortie limitées, un interventionnisme des préfets. Du côté des magistrats, on se demande comment il leur sera possible d’appliquer une loi qui renforce en théorie l’intervention de la justice mais sans leur donner les moyens concrets de gérer les audiences. Il est même très possible que des malades sortent de l’hôpital simplement parce que le juge n’aura pas pu les recevoir, faute de moyens. Le paradoxe est que cette loi d’orientation sécuritaire pourrait en définitive se révéler très laxiste".

 

Crédit photo © DR.  

 

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