9 Janvier 2011
Un document inédit de Marie-Laure Gendre dans le cadre de Faites entrer l'accusé, ce dimanche à 22h25 sur France 2.
Pendant 10 ans, l’affaire Viguier a passionné les médias et le grand public. L’affaire Viguier, c’est un trio explosif : la femme, l’amant et le mari. La femme, disparue, l’amant, accusateur, et le mari… innocent ! Il était le coupable idéal, mais Jacques Viguier a été acquitté. A deux reprises. Aujourd’hui, la disparition de Suzanne Viguier reste donc un mystère.
Le dernier à l’avoir vue, c’est son amant, Olivier Durandet. Il affirme qu’il a déposé Suzanne Viguier chez elle le dimanche 27 février 2000, à 4h du matin. Après, il n’a plus jamais pu la joindre. Et tout de suite, il a envisagé le pire. Quand il vient signaler cette disparition, une heure après le mari, il le dit clairement aux policiers de Toulouse : Jacques Viguier a tué sa femme ! Le couple bat de l’aile, surtout depuis que Suzanne a découvert une nouvelle infidélité de son mari. Depuis peu, elle s’était même décidée à divorcer, mais redoutait la réaction de son mari. Olivier, faisait « tampon » dans ces relations conflictuelles. Au point qu’il était constamment chez les Viguier. L’amant s’était d’autant mieux intégré qu’il était très apprécié des deux enfants, Clémence et Nicolas, et que Jacques semblait ignorer la relation amoureuse qui unissait sa femme et son partenaire de tarot.
Les policiers prennent très aux sérieux les accusations de l’amant. D’autant plus qu’au cours d’une perquisition chez les Viguier, ils découvrent le sac à main avec les clés de Suzanne dans l’armoire. Jacques explique qu’il l’a découvert la veille mais qu’il n’a pas pensé à les prévenir. Plus étonnant encore, le matelas du canapé-lit sur lequel dormait Suzanne a disparu. Et là encore, la réaction de Viguier déroute. Il dit qu’il s’en est débarrassé trois jours plus tôt car Suzanne le trouvait inconfortable. Quand d’autres témoins affirment qu’elle venait de l’acheter ! Et que dire des traces de sang mélangé des deux époux trouvées sur la housse du canapé-lit et sur une basket de Jacques Viguier ? Enfin, son emploi du temps du jour de la disparition de Suzanne ne semble pas cohérent. Jacques Viguier affirme qu’il est sorti faire un jogging entre 10h et 11h30. Suzie dormait encore… Problème : la téléphonie prouve qu’il était à la maison à 10h 45.
Les explications de Jacques Viguier n’ont pas convaincu. Mis en examen, il crie son innocence. La défense dénonce l’absence de preuve. Les traces de sang ? Elles sont bien trop petites pour démontrer quoi que ce soit. Les incohérences de Jacques Viguier ? Ca ne fait pas de lui un coupable. Et la défense de s’insurger contre l’acharnement policier et judiciaire. Pourquoi, quand chaque parole de Viguier est mise en doute, l’amant, le dernier à avoir vu Suzanne, bénéficie d’une confiance aveugle ? Au rayon des pistes non exploitées, il y a encore le portefeuille de Suzanne, rapporté aux objets trouvés, quelques temps après sa disparition, et qui n’a fait l’objet d’aucune vérification !
Devant les assises de Toulouse en 2009, Viguier ne fait pas forte impression. On l’attendait combatif, il reste sans réaction devant les témoignages accablants des policiers et de l’amant. Mais l’accusation avance en ordre dispersé et ne parvient pas à s’accorder sur un scénario. Le témoignage de la baby-sitter, qui a partagé la vie de l’accusé pendant l’instruction, le soutien sans faille de ses enfants, mais aussi de la propre mère de Suzanne Viguier font pencher la balance. Le doute bénéficie à Jacques Viguier ; il est acquitté.
Le parquet ne lâche pas l’affaire et fait appel. En 2010, le deuxième procès bascule avec l’audition d’une ancienne baby-sitter des Viguier. Poussée dans ses retranchements par Me Dupond-Moretti, nouvel avocat de Viguier, elle avoue qu’elle est revenue secrètement chez les Viguier après la disparition de Suzanne… avec l’amant ! Coup de théâtre ! Le rôle d’Olivier Durandet, principal accusateur de Jacques Viguier, est remis en question. Pour la défense, il a bénéficié d’un statut privilégié qui a pollué l’enquête. Dans les écoutes, on l’entend même parler de sa violation de domicile avec un policier complaisant. Il aura beau expliquer avoir toujours agi dans l’intérêt de « sa Suzy », et rappeler sa conviction que le coupable est le mari, Jacques Viguier est à nouveau acquitté.
Intervenants :
Me Henri Leclerc, avocat de Jacques Viguier
Me Francis Szpiner, avocat d’une soeur de Suzanne Viguier
Me Eric Dupond-Moretti, avocat de Jacques Viguier
Lieutenant Paule Burga, commissariat de l’Ormeau, Toulouse
Olivier Durandet
Carole Blanch, soeur de Suzanne Viguier
Jean Viguier, père de Jacques Viguier
Clémence Viguier, fille de Suzanne et Jacques Viguier
Audrey Vilia, baby-sitter des enfants Viguier
Thierry Savio, employeur de Suzanne Viguier
Inspecteur divisionnaire François Mauries, chef de groupe, PJ de Toulouse
Me Georges Catala, avocat de Jacques Viguier
Serge Regourd, ami de Jacques Viguier
Emilie, ex compagne de Jacques Viguier
Claude Petit, mère de Suzanne Viguier
Me Guy Debuisson, avocat d’une soeur de Suzanne Viguier
Jean Cohadon, journaliste, La Dépêche du Midi
Me Jacques Levy, avocat de Jacques Viguier
Crédit photos © DR.
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