11 Janvier 2012
Le journalisme français est en deuil avec la mort du reporter Gilles Jacquier.
France Télévisions vient d’apprendre avec une immense douleur, communique le groupe public, le décès du Grand Reporter Gilles Jacquier à Homs en Syrie dans des circonstances qui restent à clarifier. "Le deuxième membre de l’équipe est indemne. Ils étaient en mission, autorisée par le gouvernement syrien, pour un reportage destiné au magazine de la rédaction Envoyé spécial. Nous sommes en contact avec les autorités syriennes et françaises pour rapatrier le corps et l’équipe de France 2. La direction de France Télévisions s’associe à la profonde douleur de sa famille".
Dans un entretien disponible sur le site de France 2 (date non définie ?), on peut lire ces propos :
La caméra vous accompagne pratiquement à chaque instant, quel est votre rapport vis-à-vis d'elle ?
Elle n'est qu'un objet pour permettre d'enregistrer, rien de plus. J'appuie sur le bouton sans rechercher l'esthétique, seulement le sens de l'image. Elle peut être un peu tordue, bancale, mais si elle contient de l'émotion, du live sur un affrontement, de la vérité et parfois... Des mensonges, je cherche à capter ces instants, sans jamais zoomer. C'est trop voyeur, trop artificiel. On casse tout dans l'image qui n'a alors plus de profondeur, de perspective, de sincérité. Cela ne devrait même pas exister sur les objectifs ! Tenez, par exemple, si quelqu'un s'enfuit sous un bombardement en t'expliquant que sa maison va partir en fumée dans quelques secondes, je cherche à filmer au plus près et même si l'image bouge, elle peut être belle et forte... Je pense que le téléspectateur retient une image comme celle-ci.
Vous aimez filmer ce genre de situations difficiles ?
J'ai horreur de la guerre mais sur ces terrains, je peux faire de vraies rencontres. Le plus souvent les gens sont eux-mêmes, très sincères face à une caméra et on ne peut rester insensible à leur souffrance. Il faut beaucoup de distance ou du moins, essayer d'en avoir, pour ramener l'information brute. Moi j'aime surtout filmer les gens au plus près de l'action, avec leurs émotions et sans voyeurisme. Sur les terrains difficiles, il n'y a pas que de la tension, il faut aussi du courage pour aller chercher les images, se trouver au bon endroit, au bon moment, sans prendre trop de risques. Il y a aussi la chance qui intervient. C'est difficile à expliquer car très instinctif, tu sens ces moments importants.
Vous avez ce sentiment de baraka ?
Je n'ai jamais eu d'accident sur un conflit mais en 1996, lorsque Benyamin Netanyahou a décidé de rouvrir un tunnel sous l'esplanade des mosquées à Jérusalem, le monde palestinien a été un peu soulevé. Yasser Arafat avait décrété pour le lendemain une journée de colère. Des manifestations ont eu lieu partout en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Puis, tout a dérapé. La population palestinienne, essentiellement composée de jeunes, s'est amassée aux abords des colonies ultra- protégées par les forces militaires israéliennes. Tous les jeunes sont descendus en balançant des cailloux. C'était incroyable, il y avait des échanges de feux entre la police palestinienne et les Israéliens. L'équipe a suivi ces jeunes en franchissant un peu la ligne rouge mais sans le savoir... A 3 cm de moi, un policier palestinien est mort par balle, j'ai bien failli y passer aussi, mais bon...
La crainte de dépasser cette ligne rouge est souvent présente ?
Si l'on entend des coups de feu pas très loin, oui, il faut faire attention. D'autre fois, on l'oublie, on veut aller encore plus loin, voir une autre situation. C'est assez difficile de jongler avec la crainte. On ne part pas la fleur au fusil !
Source entretien : http://journalistes-reporters-dimages.france2.fr/interview-jacquier.php3.
Sujet vidéo qui date de 2009 à propos du reportage exceptionnel en Afghanistan, "Ecole : le tableau noir" :
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