Inédit : "J'étais à Nuremberg" (entretien scénariste Dan Franck).

 

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Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Nina, jeune Polonaise en exil à Londres, et Pierre Bernard, envoyé par le général de Gaulle, se retrouvent à Nuremberg. Ils font partie de l'équipe internationale réunie par Robert Jackson avec des juges des quatre nations – Américains, Anglais, Russes et Français – pour juger vingt-quatre grands criminels de guerre nazis. C'est à travers les yeux de Pierre et de Nina, et de leurs points de vue opposés, que nous découvrons ce procès unique au monde qui durera plus d'un an...Dans un téléfilm inédit diffusé ce mardi à 20h35 sur France 3, "J'irai à Nuremberg".

 

Réalisé par André Chandelle

Scénario, dialogues : Dan Franck, Pauline Baer

Avec Serge Hazanavicius (Pierre), Elina Lowensohn (Nina), Patrick Raynal (Champetier de Ribes), et la participation de Julie Gayet, Jean-Philippe Lafont et Michel Jonasz.

 

Ficiton suivie d'un débat dans le cadre du magazine Ce soir (ou jamais !).

 

Dan Franck * : "Instigateur de ce projet ambitieux, le producteur Jean-Luc Michaux m’a proposé d’écrire ce scénario. J’ai accepté de le faire à quatre mains, avec Pauline Baer, il y a quatre ans. Les soixante ans du verdict du procès de Nuremberg – le 1er octobre 1946 – avaient remis en lumière cet événement majeur du XXe siècle, et surtout les répercussions décisives qu’il a eues sur le monde d’après-guerre.

Avec Pauline, nous nous sommes ensevelis sous la montagne de documentation qui existe sur le procès de Nuremberg, pour en sortir une substantifique moelle : les nombreux films, les multiples ouvrages, dont les Mémoires du procureur américain Robert Jackson et ses discours, mais également les transcriptions des audiences qui se sont étalées sur une année. Ecrire un film européen (sur l’Europe de l’après-guerre) qui mêle plusieurs langues n’a pas été un exercice facile.

Retracer le procès de Nuremberg à travers une œuvre de fiction offre plusieurs intérêts. D’abord, poser de manière « romanesque » un certain nombre de questions essentielles, dont l’une des plus importantes : la Shoah, qui savait ?… Une interrogation indispensable pour la compréhension du monde de la guerre et de l’après-guerre. D’autre part, la fiction permet de montrer que Nuremberg n’a pas été marqué par une entente harmonieuse entre les alliés. Au contraire, en 1946, la guerre froide se profile déjà. La position des Soviétiques s’oppose à celle des Américains. Les premiers cherchent à se défausser de leurs responsabilités dans le massacre des officiers polonais à Katyn, en 1940, alors que les seconds ont les preuves de leur culpabilité. De son côté, la France cherche à être reconnue comme une grande nation victorieuse, au même titre que ses alliés, et essaie de passer sous silence les positions tenues par le régime de Vichy. Contrairement à l’écriture documentaire qui nous l’aurait interdit, la fiction nous a permis de hiérarchiser l’importance du propos que l'on souhaitait donner à telle ou telle scène, d’introduire des réactions subjectives, et de se permettre des ellipses d’interprétation qui, bien entendu, demeurent historiquement fondées. La force de J’étais à Nuremberg est d’offrir non pas un nouveau point de vue, mais un éclairage légèrement décalé, fait de coups de projecteur sur des thématiques fondamentales.

Sur le plan dramatique, pour mettre en musique tous ces éléments, nous avons créé deux personnages aux côtés de ceux qui ont réellement existé. Celui de Nina, l’interprète polonaise en exil à Londres, personnifie la souffrance. Elle ne peut pas être objective tout le temps. À travers l’histoire personnelle de cette jeune résistante qui a fui les persécutions allemandes et soviétiques, on propose une vision subjective de l’histoire. Quant à Pierre, procureur adjoint de la délégation française, il incarne un homme plus intègre que ses compatriotes, qui ne peut se résoudre à taire le rôle de la France de Vichy. Ce n'est pas un personnage totalement fictionnel. Les attendus de Nuremberg ont montré que, en marge de la position officielle de la France, une certaine opposition existait au sein de sa délégation, cherchant à mettre la nation devant ses responsabilités".

 

* Propos recueillis par Sylvie Tournier.

 

Crédit photo © YANA BLAJEVA / NATIVE 

 

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