15 Février 2011
Des ampoules aux imprimantes en passant par les voitures et les bas, une enquête aussi fouillée qu’édifiante démontre ce soir sur Arte à 20h40 que la plupart des biens de consommation sont conçus pour ne pas durer.
Illustration avec trois objets familiers.
Plantent les imprimantes
Difficile de les faire réparer. En général, les fabricants conseillent d’en racheter. Dans Prêt à jeter, Marcos LÓpez, un jeune informaticien lâché par son imprimante, décide d’en savoir plus. Sur les forums, il apprend qu’une puce détermine la durée de vie de sa machine. Au bout d’un certain nombre d’impressions, celle-ci sonne le glas du système. Heureusement, le Web fourmille de développeurs malins. Le Russe Vitaliy Kiselev a ainsi inventé un logiciel qui remet le compteur à zéro. Marcos charge le programme sur son ordinateur, et, comme par magie, son imprimante reprend vie !
Claquent les ampoules
À Livermore, en Californie, une ampoule mystérieuse éclaire depuis cent dix ans. Filmée en permanence, elle a survécu à deux webcams. Sans aller jusque-là, ses congénères des années 1920 fonctionnaient en moyenne deux mille cinq cent heures. Mais, en 1925, un cartel d’industriels réduisit cette durée à mille heures, pour forcer les consommateurs à en acheter plus souvent. Cette entente sera condamnée en 1953, sans effet. Depuis, des inventeurs déposent des brevets permettant d’augmenter la longévité des ampoules, jusqu’à cent mille heures pour l’un d’eux. Mais, bizarrement, on ne trouve pas ces produits miracles en rayon !
Filent les bas
En 1940, le groupe Dupont, fleuron de la chimie, lance le Nylon. Grâce à cette fibre révolutionnaire, les bas ne filent plus et les consommatrices sont ravies. Mais l’affluence des premiers temps une fois passée, les boutiques désemplissent et les ingénieurs sont sommés d’inventer des produits moins résistants. En variant la quantité d’additifs protégeant la fibre, ceux-ci ont, bon gré mal gré, programmé l’usure du produit. Et les mailles se sont remises à dégringoler sur les jambes des femmes…
Présentation du doc (via ARTE) :
Dans les pays occidentaux, on peste contre des produits bas de gamme qu’il faut remplacer sans arrêt. Tandis qu’au Ghana, on s’exaspère de ces déchets informatiques qui arrivent par conteneurs. Ce modèle de croissance aberrant qui pousse à produire et à jeter toujours plus ne date pas d’hier. Dès les années 1920, un concept redoutable a été mis au point : l’obsolescence programmée. “Un produit qui ne s’use pas est une tragédie pour les affaires”, lisait-on en 1928 dans une revue spécialisée. Peu à peu, on contraint les ingénieurs à créer des produits qui s’usent plus vite pour accroître la demande des consommateurs.
"À l’époque, le développement durable n’était pas au centre des préoccupations”, rappelle Warner Philips, arrière-petit-fils des fondateurs de la marque du même nom. Mais alors que les ressources de la planète s’épuisent, rien n’a changé. “La logique est croître pour croître”, note Serge Latouche, professeur émérite d’économie à l’université de Paris 11.
Tournée en France, en Allemagne, en Espagne, au Ghana et aux États- Unis, nourrie de nombreuses archives et interviews, avec, pour fil conducteur, le test d’une imprimante récalcitrante, cette démonstration minutieuse débusque les avatars de l’obsolescence programmée et leurs répercussions. Elle esquisse aussi d’autres modèles économiques : de la décroissance, prônée par Serge Latouche, à une industrie qui produirait et recyclerait à l’infini, à l’image de la nature. Une investigation passionnante, qui, l’exaspération une fois passée, amorce la réflexion.
Ce documentaire est suivi d’un débat à 21h55 (30mn) et d'un chat sur arte.tv.
Illustration : Dans une décharge de "déchets électroniques" à Accra au Ghana © Article Z
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