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Publié par François 13/09/2021 15H10

La France célèbre les quarante ans de l’abolition la peine de mort. Une décision si forte qu’elle reste, plus que toute autre réforme, emblématique du premier septennat de François Mitterrand. Pour Robert Badinter, qui a conduit la réforme au Parlement, il s’agissait du combat de sa vie. À l’occasion de cet anniversaire, France 3 diffuse ce lundi à 21h05 un documentaire inédit sur ce tournant majeur de la vie politique française.

Robert Badinter a écrit que son enfance s’était terminée le 10 mai 1940, le jour où l’Allemagne nazie a lancé son offensive militaire contre la France. De ce jour, son quotidien de jeune garçon, élevé dans l’amour de la République, a vacillé avant de se déchirer en février 1943, quand son père a été raflé par Klaus Barbie, à Lyon. De cette tragédie, de cette blessure inguérissable, le jeune homme va puiser un amour de la vie intarissable. « La vie plus forte que la mort » dira-t-il plus tard, comme une promesse qu’on se fait à soi-même.

Devenu un avocat brillant, connu du tout-Paris, il aurait pu choisir une vie feutrée, voire facile. Pourtant, au début des années 1970, Robert Badinter se lance dans l’arène pour l’abolition de la peine de mort. Par conviction, il n’abandonnera jamais cette lutte, même quand il subira, avec sa famille, les menaces et les injures. Ces dix ans passés aux Assises, à défendre l’indéfendable, l’ont convaincu que le combat devait être mené sur le terrain politique. Il fallait une loi d’abolition. En 1981, l’élection de son ami François Mitterrand lui offre une occasion rêvée de porter cette loi d’abolition qu’il appelait de ses vœux. Comme l’aboutissement d’une vie, comme une offrande à cette République que son père admirait tant. L’action de Robert Badinter se déploiera bien au-delà de la question de la peine de mort. Profondément humaniste et passionné par la Justice, il marquera son ministère par de nombreux autres combats. Avant de se retirer doucement de la sphère politique et de refuser un destin qui aurait pu être national.

Romain Icard, auteur de ce film :

"Des convictions politiques de Robert Badinter, nous savons beaucoup. Des ressorts personnels qui l’ont poussé à mener un tel combat, beaucoup moins. L’homme est réservé et refuse d’évoquer sa vie privée personnelle.

Ce documentaire propose cependant une cette histoire intime et politique, si Robert Badinter s’en défend. Raconté grâce à des archives, par son épouse et ses amis, ce film nous éclaire sur une des personnalités préférées des Français et sur la manière dont, au fil des années, il est devenu le héros d’une réforme indispensable.

Lors de notre premier échange, Robert Badinter m’a immédiatement souligné combien le combat pour l’abolition de la peine de mort avait été d’une violence inouïe, qu’on a aujourd’hui oubliée. Effectivement à lire livres et articles, on semble ne retenir que la grandeur de la cause, la noblesse des sentiments qui habitaient alors Robert Badinter. L’abolition ne fait plus débat en France et rares sont ceux qui voudraient remettre en cause ce qui est devenu un fondement de notre République. Il n’en pas été ainsi de tout temps. C’est cette lecture de l’histoire que j’ai voulu transmettre dans ce film.

Robert Badinter n’avait que des coups à prendre dans cette lutte, d’abord judiciaire puis politique. S’il s’y plonge, c’est par conviction, bien sûr, mais aussi parce qu’il se fait une haute idée de la République française. Restait à comprendre d’où lui venait cet amour indéfectible pour son pays. C’est là que les ressorts intimes se font jour. Robert Badinter est le reflet de son époque et les combats qu’il a mené (et pas seulement l’abolition de la peine de mort) trouvent bien souvent leur source dans des blessures plus anciennes.

J’ai voulu donner à voir et à comprendre comment l’avocat, spécialisé dans le droit des affaires, est devenu « l’honneur de la gauche » et une figure incontournable de la Ve République.

La vie de Robert Badinter est une leçon pour mieux comprendre le passé. C’est surtout un récit qui éclaire comme rarement ce que veut dire le mot engagement."

Crédit photo © SIPA - Éric Dessons

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