19 Mai 2009
Ce mardi 19 mai à 20h35, documentaire inédit sur France 5, sur les transsexuels en Iran. Dans ce pays, les homosexuels risquent la peine de mort. Seule solution pour échapper aux
représailles : changer de sexe et donc d'identité. Un pas que bon nombre d'hommes sont prêts à franchir pour pouvoir vivre en paix. La réalisatrice de ce documentaire est allée à leur
rencontre.
Paradoxe de la législation iranienne ! Alors que la république islamique interdit l'homosexualité, les personnes transsexuelles sont traitées avec
bienveillance par les autorités depuis que l'imam Khomeyni a promulgué une fatwa en leur faveur. Parfaitement légal et effectué avec l'aval du gouvernement, le changement de sexe s'accompagne de
l'émission d'une nouvelle carte d'identité. Une véritable renaissance pour quelques-uns et le seul espoir d'éviter le bannissement, la prison ou même la mort pour bien d'autres. Sur le boulevard
Mirdamad, au nord de Téhéran, des jeunes gens venus de tout le pays prennent rendez-vous à la clinique privée du Dr Mir Jalali. Formé à Paris, ce chirurgien est le grand spécialiste iranien de ce
type d'intervention. Il en a pratiqué plus de 450 au cours des douze dernières années et opère aussi bien des femmes que des hommes. Inlassablement, il explique à ses patients la procédure à
suivre, les risques qu'ils encourent et ce à quoi ils doivent s'attendre : « Vous ne pourrez pas vous
reproduire, fonder une famille. Sur le plan sexuel, vous n'aurez pas la virilité d'Hercule… ».
Que l'on souhaite devenir homme ou femme, le pas à franchir n'est pas facile. Pourtant, bon nombre d'homosexuels, comme Anoosh, 20 ans, sont déterminés à passer sur le billard : « Je suis un être humain qui veut vivre comme tout le monde. »
Anoosh en a assez de se faire railler en raison de son apparence et de son comportement jugé trop efféminé ; et, surtout, il a envie de pouvoir se
promener dans la rue sans crainte avec son petit ami, Ali. Au spectre de la répression s'ajoute le poids de la religion ! Même ceux qui se sentent
persécutés, comme Anoosh et Ali, ont du mal à envisager une relation qu'ils estiment peccamineuse : « J'ai dit à ma mère : tu veux que je devienne homo ? En grandissant,
on a besoin de rapports sexuels ; pour l'instant, on s'est retenus… » Dans de telles conditions, quel
autre choix s'offre à ces jeunes Iraniens ? Pour ceux qui vivent loin des centres urbains, c'est encore pire.
Marginalisé dans son village, Ali Askar, 24 ans, doit également faire face à l'incompréhension des siens : « Quand mon père a découvert que j'allais me faire opérer, il est devenu tout d'un
coup super gentil… puis il a mis de la mort aux rats dans mon thé. » Selon son ami Farhad, qui l'accompagne dans sa démarche, « la famille préfère qu'il ne se fasse pas opérer, mais ils ne
l'accepteront jamais au village, s'il reste comme ça ». Pour Ali Askar, le grand moment est arrivé. Avant l'intervention, il exprime son désarroi : « Dieu nous a créés comme ça. Je ne sais
pas comment ça se passe dans les autres pays. On m'a dit qu'on pouvait se marier, mais enfin le mariage, ça sert à quoi ? Avoir des rapports par derrière, c'est un grand péché. Ici, j'ai pas le
droit de travailler, de vivre. Chez les hommes, on me harcèle sexuellement, on se moque de moi. Chez les femmes, je ne peux pas travailler parce que je n'ai pas d'identité. Après l'opération, je
serai tranquille… Mais si je n'étais pas obligé de me faire opérer, je ne le ferais pas, je ne toucherais pas à l'œuvre de Dieu. » Farhad, qui souhaite aussi changer de sexe, conclut : «
Sa famille va le renier à partir d'aujourd'hui… Ça va être douloureux. On n'est qu'au début de nos peines. »
Réalisation de Tanaz Eshaghian.
Crédit photo © Zadig Production (capture vidéo) / Article de Beatriz Loiseau
Actu des médias par 2 passionnés, amateurs. Et tweets perso.
Voir le profil de leblogtvnews.com sur le portail Overblog