9 Octobre 2013
À travers des figurines de glaise, le cinéaste cambodgien Rithy Panh raconte à la première personne du singulier son enfance et sa famille anéanties par les Khmers rouges. Une évocation sobre et bouleversante, primée au dernier Festival de Cannes, diffusée en première partie de soirée ce mercredi sur Arte.
"Mon enfance, je la cherche, comme une image perdue. Ou plutôt, c’est elle qui me réclame. Est-ce parce que j’ai 50 ans ?" Ce passé qui remonte comme une vague trop forte, c’est la vie brisée d’un jeune Cambodgien de 13 ans qui, en quelques mois, sous le régime des Khmers rouges, voit disparaître la plus grande partie des siens et survit en côtoyant quotidiennement la mort et l’horreur dans des camps de travail.
Mais c’est aussi le bonheur tranquille anéanti par le génocide, “le monde d’avant, de la musique, de la douceur, de la famille”, dont le souvenir n’est pas moins dangereux pour qui l’a irrémédiablement perdu.
Ces images qui brûlent dans la mémoire – le crime de masse, la maison familiale à Phnom Penh – demeurent à jamais introuvables dans la réalité. Alors, le cinéaste narrateur les fait revivre à sa manière. Par la magie du cinéma, l’épure du commentaire, le talent d’un sculpteur, qui fait naître sous l’oeil de la caméra personnages, décors et accessoires de glaise, puis les peint avec minutie, Rithy Panh parvient à évoquer, avec une émotion puissante et toujours contenue, ce qui, pour tant de rescapés, demeure indicible : les souffrances vécues jour après jour, la douleur du survivant, l’amour pour ceux qu’on a perdus.
Contrepoint des images de propagande filmées par le régime, ces minuscules figurines d’argile, animées d’une étonnante humanité, restituent toute l’inhumanité des quatre années de terreur khmère rouge.
Commentaire du documentaire écrit par Christophe Bataille.
Extrait :
Crédit illustration © Films Distribution.
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