A voir ce soir sur ARTE : "A propos de l'affaire Karachi".

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Fabrice Arfi et Jean-Christophe Klotz explorent les deux volets – criminel et financier – de l’attentat de Karachi. Une enquête qui dévoile la part d’ombre de notre République : à découvrir ce mardi en première partie de soirée sur ARTE.

 

Le 8 mai 2002, à Karachi, au Pakistan, un attentat tue onze employés de la Direction des constructions navales de Cherbourg. Aussitôt, l’organisation terroriste al-Qaida est désignée comme responsable. Dix ans après les faits, l’enquête va faire surgir, notamment grâce aux révélations de la presse et aux investigations du juge antiterroriste Marc Trévidic, qui a repris le dossier en 2007, une seconde affaire : un éventuel financement illicite lors de la campagne présidentielle d’Édouard Balladur en 1995. Quatre contrats d’armement avec l’Arabie Saoudite et le Pakistan auraient servi à financer celle-ci, moyennant le versement de commissions dont les bénéficiaires auraient rétrocédé un pourcentage au staff de Balladur. Le non-versement d’une partie des sommes après le départ de ce gouvernement en 1995 aurait provoqué l’attentat de Karachi. C’est du moins l’une des pistes explorées par la justice qui relie désormais les deux dossiers

 

Inspirée de l’ouvrage de Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme "Le contrat – Karachi, l’affaire que Sarkozy voudrait oublier", paru chez Stock, cette enquête raconte, dixti ARTE, " avec pédagogie l’imbroglio politico-économique à l’origine de ce scandale d’État. Elle s’appuie, entre autres, sur des pièces à conviction troublantes (un document du ministère de la Défense listant les commissions, des notes contradictoires des services secrets français...) et fait défiler à la barre la plupart des acteurs clés des deux dossiers. Au fur et à mesure se dessine un monde parallèle assez éloigné de la démocratie, où l’on s’arrange entre politiques pour valider des comptes de campagnes illégaux, où l’on infantilise les familles de victimes et où la corruption est usuelle pour conclure un contrat d’armement avec certains pays".

 

Fabrice Arfi :  

"Nous avons établi que la piste officielle d’al-Qaida, validée pendant des années par le juge Jean-Louis Bruguière, a été fabriquée par les services pakistanais. Cela nous mène à la vente des sous-marins au Pakistan et à cette stupéfiante histoire d’argent détourné sur des contrats d’armement par un gouvernement pour ses campagnes politiques, voire à des fins d’enrichissement personnel. Même si l’attentat ne peut encore être attribué à l’arrêt du versement des commissions, le juge Marc Trévidic, qui a succédé à Jean-Louis Bruguière, privilégie désormais la thèse financière. L’affaire de corruption fait, en tout cas, figure de cas d’école...

Le volet financier, le plus abouti, s’appuie sur une cathédrale de preuves. En 1995, le gouvernement Balladur, privé du soutien du RPR dévolu à Jacques Chirac, a utilisé la commande publique pour ses desseins politiques. On est au coeur de ce que l’esprit de corruption peut produire de plus tragique pour une démocratie, et cela à partir de ventes d’armes, un secteur de l’économie qui, déjà, mériterait un débat national. Car il s’agit de matériel de guerre pour des pays, le Pakistan et l’Arabie Saoudite, dont on peut parfois douter du caractère démocratique, et du détournement de nos impôts via des paradis fiscaux : un braquage des citoyens en costard cravate !

Le film montre aussi comment, derrière le voile du secret de la Défense, les commissions sont admises comme une fatalité... Cette pratique institutionnalisée de la République était même légale jusqu’à une convention de l’OCDE de septembre 2000. Mais si la criminalité a les moyens de s’adapter aux évolutions de la législation, la vraie question, c’est le contrôle. Pour citer Montesquieu, le pouvoir doit arrêter le pouvoir. Et en France, les contre-pouvoirs se révèlent inopérants, d’où cette démocratie humiliée par quelques-uns qui s’approprient le bien commun, face à des citoyens infantilisés."

 

Documentaire de Jean-Christophe Klotz et Fabrice Arfi (France, 2013, 1h25mn).

Avec la participation d’Éric Caravaca.

Coproduction : ARTE France, Nova Production, INA.

 

Crédit photo © DR (Jacques Chirac à Cherbourg lors de l'enterrement des victimes de l'attentat à Karachi).

 

 

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