12 Octobre 2011
Alors que les massacres d’opposants se poursuivent en Syrie, ARTE proposait hier l'autopsie d’un pays arabe humilié que le clan Assad a pris en otage. Avec des images exceptionnelles qui bravent la censure décrétée depuis le début des manifestations.
Syrie : dans l'enfer de la répression n'a été vu que par 400.000 personnes hier soir...
Soyez curieux, le doc est disponible une semaine en replay :
Syrie : dans l'enfer de la répression.
Les images exclusives tournées clandestinement par une journaliste française en Syrie. Ce carnet de bord saisissant montre comment s’organise la rébellion et témoigne des exactions du régime.
Pour la première fois depuis le début de la révolte en mars, une journaliste indépendante a pu, en août dernier, se rendre en Syrie, pays interdit aux médias. Munie d’une petite caméra HD, Sofia Amara a suivi au quotidien le travail des comités de coordination de la révolution. À Damas et à Homs, elle a filmé l’organisation des manifestations à la sortie des mosquées. À Rastan, elle a rencontré des officiers entrés en résistance, qui affirment avoir constitué une “armée libre” pour tenter de s’opposer à la répression. À Hama, elle a pu mesurer la violence du régime : bombardements de civils, tirs à balles réelles sur les manifestants, détentions arbitraires, exécutions sommaires, tortures…
Ces images et ces témoignages montrent pour la première fois l’implication de membres du Hezbollah libanais et de gardiens de la Révolution iranienne dans les massacres. À la manière d’un carnet de route, ce film raconte aussi les coulisses d’un voyage à haut risque, témoignant des dangers encourus quand on filme une manifestation ou des ruses inventées pour rencontrer les activistes.
La diffusion était accompagnée d’un chat en direct avec la réalisatrice Sofia Amara qui a réussi à entrer en Syrie grâce à une bonne préparation et à un passeport de touriste qui ne mentionne pas son statut de journaliste. "Je parle couramment arabe et je savais comment m’adresser aux autorités : jouer la touriste prosyrienne et pro-Hezbollah. Comme une femme seule attire l’attention en Syrie, je suis partie avec une collègue. À deux, il était plus facile de jouer les copines en voyage. Les débuts ont été difficiles. Il était dangereux de parler par téléphone. J’ai passé une nuit entière à sécuriser ma connexion Web car les services secrets avaient bloqué notre système de protection. Finalement, un blogueur m’a aidé à domicilier mon adresse IP en Malaisie et j’ai pu communiquer sur Skype avec les jeunes activistes des Coordinateurs de la révolution. Ce qui m’a frappé, c’est leur détermination : la perspective de mourir ne les effraie pas. Ils forcent le respect. Quelles que soient leur classe sociale, leur origine ou leur religion – sunnite, ismaélienne, chrétienne, kurde... –, j’ai retrouvé le même humour, la même culture, le même refus du confessionnalisme. Ils résistent aux manipulations du pouvoir qui tente de les dresser les uns contre les autres".
Interrogée par Noémi Constans sur l’état d’esprit des Syriens, Sofia Amara répond : "Déterminé et à bout. Une phrase m’a émue. Quelqu’un m’a dit : “S’ils en arrivent à torturer nos enfants, il n’y a plus de retour en arrière possible.” Comme les Égyptiens et les Tunisiens, les Syriens ont leur icône, le jeune Hamza al-Khatib, 13 ans, mutilé et torturé durant près d’un mois jusqu’à la mort. Le régime de Hafez al-Assad avait commis autant d’atrocités, mais à l’époque, Internet n’existait pas. On tuait en silence. Comme beaucoup, je pense que son fils ne lâchera le pouvoir que mort ou contraint par la force. Cela présage encore beaucoup de souffrances".
Crédit photo © DR.
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