29 Mai 2012
Si la mobilisation contre le travail des enfants s’est accrue ces dernières années, les obstacles à l’éradication de ce fléau restent nombreux. Une enquête inédite est diffusée ce mardi en première partie de soirée sur ARTE.
Petits creuseurs des mines d’or burkinabaises ou des mines de mica indiennes, mendiants touaregs dans les rues de Ouagadougou, gamins des décharges en République dominicaine, petites Mexicaines ouvrières agricoles dans les champs de tabac ou de piment aux États-Unis... : à travers ce documentaire éloquent, Hubert Dubois, déjà auteur de L’enfance enchaînée en 1992, reprend son enquête pour mesurer les progrès réalisés, mais aussi alerter sur leur fragilité, en particulier en temps de crise.
L’Indien Kailash Satyarthi, fondateur en 1980 d’une ONG qui libère les enfants réduits en esclavage pour les envoyer à l’école, est le fil conducteur de l’enquête, menée dans quatre pays et trois continents. Cet infatigable activiste parvient à mettre face à leurs responsabilités les grandes industries du tapis, de la chaussure de sport, du tabac, du cacao ou de la confection, les obligeant à faire le ménage dans leurs chaînes d’approvisionnement. Comme lui, à travers le monde, des hommes et des femmes fortement engagés pour la cause des enfants poursuivent le combat, parfois au péril de leur vie. Résultat : depuis une quinzaine d’années, le nombre de petits travailleurs a significativement baissé. 215 millions d’enfants restent néanmoins touchés par ce fléau, preuve que la mobilisation ne doit en aucun cas se relâcher.
Par Laure Naimsky, pour ARTE :
"Plus qu’un état des lieux, Enfants forçats est une saisissante enquête permettant de mesurer les progrès réalisés et de nous alerter sur leur fragilité. Elle pointe les obstacles et les lignes de front : l’endettement des familles pauvres, l’esclavage pour certaines, la vulnérabilité des populations migrantes, l’archaïsme des mentalités, la démission des gouvernements, le déni de responsabilité des grandes multinationales, etc.
Après plusieurs mois d’investigation, quatre pays ont été retenus pour illustrer ces thèmes : l’Inde, le Burkina Faso, la République dominicaine et, plus surprenant, les États-Unis. “Nous avons été stupéfaits de constater que, dans ce pays pourtant à la tête du combat au niveau international, des centaines de milliers d’enfants – latinos en majorité – travaillent dans l’agriculture. Et ce en toute légalité, car les lobbies agroalimentaires font pression pour que l’agriculture soit exclue de la liste des secteurs dangereux, et donc autorisée à employer de la main-d’oeuvre enfantine”, explique le documentariste Hubert Dubois.
En Inde, il a suivi le travail de Kailash Satyarthi, personnage central de la mobilisation internationale et fil conducteur du documentaire, qui nous entraîne dans son combat. “Je suis sûr que le travail des enfants sera bientôt aboli, confie-t-il. Cela prendra peut-être du temps, mais quand on regarde les chiffres d’il y a trente ans, on voit une tendance au niveau mondial avec une pression sur les gouvernements, sur les grandes entreprises, et partout, des initiatives venant des populations pauvres. Je suis convaincu que bientôt le travail des enfants appartiendra à l’histoire.” Avec une poignée d’activistes, Kailash Satyarthi mène des raids pour libérer les enfants esclaves enfermés dans les ateliers. Au cours d’une opération dans la banlieue de Delhi, l’un des militants a manqué se faire lyncher. Mais, malgré tout le chemin qu’il reste à parcourir, Hubert Dubois refuse le défaitisme. Dans son film, les enfants eux-mêmes expriment leur espoir : “Je suis sur le bon chemin, explique Joël, 12 ans, bénéficiaire du programme scolaire d’une ONG en République dominicaine. Avant, je récupérais les bouteilles dans la décharge pour les revendre. On m’a parlé du programme et je me suis inscrit. Ça m’a sauvé la vie.”"
Documentaire d’Hubert Dubois (France, 2012, 1h15mn)
Crédit photo © DR.
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