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Publié par Pascal 07/06 16h00

Chroniqueur musical sur France Inter et animateur sur France 3, André Manoukian a écrit Sur les routes de la musique, publié ce mois de juin.

Savez-vous que Pythagore a créé la gamme à douze notes en s’inspirant des pyramides d’Egypte ? Que le loup est l’inventeur du chant choral ? Ou que Bach brillait pour ses battles d’impro ?

À travers quarante chroniques, André Manoukian retrace une histoire fascinante et méconnue de la musique, un art qui puise sa source en Orient, dans les raffinements des civilisations indiennes, perses ou égyptiennes. Ces influences ont irrigué la musique occidentale, qui évolue au fil des siècles sous l’impulsion de personnages extraordinaires, musiciens, penseurs, religieux ou scientifiques.

Des instruments préhistoriques au chant des planètes, des philosophes antiques au rap, André Manoukian nous initie à cet art et nous dévoile par touches les petites histoires qui ont fait la grande musique, annonce l'éditeur.

Ceci n’est pas un ouvrage de musicologie, souligne André Manoukian dans un avant-propos. "C’est un point de vue très subjectif sur la musique, et quelques indignations. De mon premier cours de piano, à six ans, durant lequel le professeur Siranossian me fit pendant une demi-heure lever les avant-bras pour les poser sur mes genoux sans me laisser toucher le clavier, au Berklee College of Music, où l’on me remit enfin une demi-feuille de papier sur laquelle tenaient tous les secrets de l’improvisation, je n’ai eu de cesse de chercher des chemins de liberté dans une musique bordée d’un côté par les barbons du conservatoire, et de l’autre par des programmateurs de radios commerciales qui revendiquent leur inculture pour être au plus près des goûts supposés du public. Le jazz m’a attrapé à l’âge de quatorze ans. Fats Waller, c’était Bach avec du rythme. Je me suis longtemps demandé pourquoi cette musique m’avait autant touché. Jusqu’au jour où j’ai découvert la musique de mes ancêtres, la musique arménienne. Les inflexions des maquams répondaient alors aux improvisations modales de Miles Davis, le duende du flamenco au kef oriental, la blue note du jazz américain au quart de ton du duduk. Le jazz est la musique de l’exil, les plus belles pages du Great American Songbook furent écrites par des enfants d’esclaves africains et des juifs rescapés des pogroms. Sans doute cette musique réveilla-t-elle en moi cette part de déterritorialisé chère à Gilles Deleuze, mon jazzman préféré. Mais j’aimais Beethov aussi, passionnément, et lorsque j’appris que tous ces héros, hélas académisés à la fin du XIXe siècle, étaient de furieux jazzmen qui se défiaient en joutes – Bach versus Marchand, Mozart versus Clementi, Liszt versus Thalberg – j’ai réalisé que ces battles devaient être au moins aussi spectaculaires qu’une baston de rappeurs dans un aéroport. C’est du « jazz d’avant le jazz » qu’il va être question ici, du temps où ces musiciens qu’on dit aujourd’hui « classiques » savaient à la fois lire ET improviser. Du temps où leur cerveau entier était mobilisé, avant qu’on le leur coupe en deux. Ah, et je rappelle qu’on dit jouer de la musique. Alors, à tous ceux qui s’obstinent à enseigner la musique en commençant par le solfège, je dis que c’est aussi stupide que de vouloir apprendre à son enfant la lecture avant la parole. Que ces routes vous perdent, vous distraient, mais surtout qu’elles fassent que vous n’écoutiez plus jamais Miles Davis ou Sheila de la même manière…"

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