Disponible dès ce mercredi. Fabien Onteniente retrace son parcours dans Alors, on n'attend pas Fabien ? Du HLM au box-office.

Disponible dès ce mercredi.  Fabien Onteniente retrace son parcours dans Alors, on n'attend pas Fabien ? Du HLM au box-office.

Environ 330 pages et 22 euros pour le livre Alors, on n'attend pas Fabien ? disponible dès ce 6 mai et écrit par le cinéaste Fabien Onteniente.

Les éditions Stock présentent ainsi cet ouvrage :

"Villiers-sur-Marne, banlieue est de Paris. Une cité HLM au bord d’une voie ferrée. Un jour de chance, le cinéma vient à la rencontre de Fabien Onteniente, quand Michel Audiard pose sa caméra en bas de chez lui. Fabien a douze ans. Son coeur s’emballe et il sait tout de suite où le conduira sa vie.

Mais qui se cache vraiment derrière le regard espiègle, le rire contagieux de ce réalisateur pudique, fils d’un Pied-noir déraciné et d’une Bretonne au fort caractère ?

D’une plume mélancolique et poétique, ce livre raconte un parcours hors norme. Il évoque les joies simples d’une enfance modeste, les copains de toutes les couleurs et les séances de cinéma au Casino de Villiers. Mais aussi, plus tard, les conneries, les années 1980, les nuits parisiennes, les amours, les rencontres qui changent une vie – Coluche, Smaïn, Souad Amidou, Franck Dubosc, Mathilde Seigner, Gérard Lanvin, Rolland Courbis, Didier Bourdon – jusqu’aux succès qui installent le réalisateur comme l’un des plus populaires (Camping 1, 2 et 3, Jet Set, 3 Zéros, Disco…). Au total, plus de 20 millions d’entrées ! Il revient avec lucidité sur ses échecs, dévoile les coulisses de ce métier difficile et nous rappelle qu’au final, il faut toujours y croire. « Quand il n’y a plus d’espoir, toujours penser aux homards dans le vivier du Titanic ! » Un livre qui se déguste comme une chanson populaire. Une parenthèse enchantée. Le tout avec une sincérité qui fait du bien. Alors, on n’attend pas Fabien ?"

Extrait du début du livre. Fabien Onteniente a alors 12 ans :

"Un beau jour, en arrivant sur les lieux de nos aventures avec les copains, on comprend tout de suite que quelque chose se passe : des gros camions, comme au début du film Les Demoiselles de Rochefort, ont débarqué en lisière de notre « ghetto » pour poser leur barnum.

Très vite, des techniciens déchargent du matériel tandis que d’autres installent une maison préfabriquée de type Louisiane sur le terrain vague.

Là où, habituellement, il n’y a que nous et les Portugais, des dizaines de personnes sortent une caméra, des projecteurs, des câbles, des éléments de décor, etc. Un petit univers se crée. C’est ainsi que le cinéma est entré dans ma vie.

Dès que je le peux, après l’école, je viens voir ce qu’il se passe sur ce terrain de moins en moins vague. Comme dans un rêve, sur ce plateau à ciel ouvert, je vois apparaître Bernard Blier, Annie Girardot, Maurice Biraud, Jean Carmet, André Pousse, Darry Cowl ; toutes les vedettes du cinéma français sont là, à Villiers-sur-Marne. Eux qui sont la parenthèse enchantée des dimanches après-midi avec mon père, sur le grand écran du cinéma Le Casino de Villiers, deviennent la grande aventure de quelques jours magiques, l’année de mes douze ans.

Je saurai plus tard qu’ils étaient venus tourner Elle cause plus… elle flingue, la suite de Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… elle cause !, sorti en 1970. L’attraction est trop forte, je passe à côté du tournage les moindres moments que je parviens à voler à l’école et à la vie quotidienne de la maison. Le réalisateur, Michel Audiard, porte une casquette à carreaux, fume tout le temps et dirige son plateau de sa célèbre voix nasillarde que j’apprendrai à mieux connaître et à reconnaître.

Tout est fascinant, dans cette troupe d’acteurs célèbres et de techniciens en mouvement, mais ce que j’aperçois est difficile à comprendre et ne m’aide pas à deviner l’histoire : je vois Annie Girardot se lancer dans de grandes tirades, en capeline, sur la terrasse de la maison Louisiane, pendant que des flics en uniforme disparaissent dans d’étranges machines, d’où ne ressortent, en bout de course, que des képis et des bâtons. Je viens tous les jours, j’invente toutes les raisons du monde pour partir un peu plus tôt de la maison et rentrer un peu plus tard.

Un jour où j’ai pu faire durer ma condition de spectateur, probablement un jeudi, le jour de la semaine sans école, Michel Audiard et les autres tournent une scène assez incompréhensible pour mes douze ans, mais inoubliable. Jean Carmet, dont le personnage a une jambe de bois, sort de la maison Louisiane et brandit une chaussette en direction de Jésus, qui se dirige vers son side-car : « Vous avez oublié ça, cette nuit… »

Quand le réalisateur crie « Coupez ! », la scripte annonce : « On ne voit pas la chaussette, trop grise ! » Je suis au bord du plateau, comme d’habitude, en short, à côté de mon vélo, quand Michel Audiard se tourne vers moi : il s’est aperçu que je porte des chaussettes rouges. Il s’approche alors, clope au bec, et me lance avec sa voix si particulière : « Dis, gamin, on a un problème avec la chaussette du film. On pourrait tourner avec la tienne ? » Je dis oui, évidemment oui : ma chaussette va entrer dans l’histoire du cinéma. Je l’enlève, je la tends à un accessoiriste, et quelques minutes après, ils retournent la scène, moteur, action, Jean Carmet sort de la maison avec la chaussette rouge, en lançant la réplique « Vous avez oublié ça, cette nuit… » et Audiard crie « Coupez ! »."

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