Luc Laboz, producteur de reportages, et Charles Villeneuve (à qui l'on doit la production du Droit de savoir ) s'insurgent dans Paris Match : L'investigation est en
danger, selon eux.
Une double interview réalisée par Jérôme Béglé, à lire dans le numéro de Paris Match paru ce jour, pages 12 /
14. Sont évoqués l'argent, le droit à l'image, les pressions politiques et économiques, le secret de l'instruction, les chaînes qui veulent elles-même produire et des raisons
d'espérer.
Concernant le droit à l'image, Luc Laboz juge que la judiciarisation de la télévision est le vrai changement de ces dix dernières années. Filmer dans un lieu public devenant un casse-tête
juridique. "Dans un stade par exemple, pour être en règle, il faudrait obtenir l'autorisation écrite des 50.000 spectateurs. J'ai produit l'année dernière un reportage sur le milieu de la nuit
et j'ai reçu pléthore de plaintes. Au point qu'une petite entreprise comme la mienne doit se doter d'un service juridique surdimensionné par rapport à son activité".
A propos de pressions, Charles Villeneuve fait remarquer que la publicité, la politique et ce que l'on appelle la conformité de l'antenne édictent des principes qu'il est difficile d'ignorer. Et
que chaque chaîne dispose d'un service chargé de vérifier qu'images et commentaires respectent les multiples obligations qui reposent sur le diffuseur. "Elles font appliquer le principe de
précaution. Je ne suis pas certain que l'on puisse vraiment enquêter sur le budget quotidien de l'Elysée..."
Luc Laboz dit "si on veut être diffusé, il vaut mieux être politiquement correct". S'il passe outre, les objections de milieux influents ne sont pas faites directement mais
parviennent très clairement. "Du coup, c'est vrai qu'on a malheureusement tendance à s'autocensurer".
Villeneuve souligne les pressions économiques aussi : quand une grande enseigne décide de tout faire pour minimiser un sujet qui la gêne. "ça peut aller jusqu'au coup de téléphone menaçant de retirer ses budgets publicitaires".
Enfin, concernant le secret de l'instruciton, Charles Villeneuve rappelle que la loi interdit théorquement de parler des affaires en cours.
"Imaginez à quel point cette disposition est une entrave au droit à l'information !"