12 Mai 2006
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Patrick Sébastien a enfin trouvé un éditeur pour son livre brûlot " Putain d'audience ".Ouvrage que bon nombre d'éditeurs ont refusé... La raison ? Patrick Sébastien raconte ses 32 ans de télé, avec tous les gens qu'il a croisés, et tous les démélés qu'il a eus avec les chaînes, en particulier TF1. De quoi se facher avec pas mal de monde...
Selon TV Mag, "il se lance dans une sorte d'opération mains propres en dénonçant l'univers de la télévision vu de l'intérieur. Message: la télé est dangereuse, car elle conditionne nos comportements. Il raconte notamment comment, un jour d'avril 1996, il fut très proche du suicide. Autobiographique, l'ouvrage accuse les cyniques sans oublier de pointer du doigt ses propres erreurs.
C'est finalement l'éditeur Florent Massot qui va lancer sur le marché ce pavé de 350 pages. Sans doute le 23 ou 24 mai. Massot, après avoir fait faillite une première fois, avait été hebergé par Bernard Fixot au sein d'Oh ! Editions. Le livre de Sebastien sera le premier que publieront pour se relancer les nouvelles éditions Florent Massot.
A cette occasion, mais aussi à l'occasion de l'émission Intime conviction, il s'est livré à une interview très franche dans TV Mag.
Extraits de cette entrevue (propos recueillis par Patrice Gascoin ) :
"Mis à part quelques films français, je n'ai aucun respect pour les gens du cinéma d'aujourd'hui. Je ne pouvais pas faire des entrées avec seulement quatre salles à Paris ( concernant son film ). Ce n'est pas un chef- d'oeuvre mais dans quelques années, si on s'aperçoit que je suis un peu sérieux, on le verra autrement."
" J'ai 53 piges et j'ai tout connu à la télé. Je suis à l'envers du système d'aujourd'hui qui consiste à courir après le pognon à n'importe quel prix. Je veux tenter de nouvelles expériences artistiques. Pour Intime conviction, j'ai cette liberté, que je n'aurais jamais chez TF1 ou Endemol, de lancer une émission en investissant le bénéfice des autres".
"Ma petite boîte et moi, on est intègres avant tout. On a décidé de faire de la télé pour vivre, bien vivre, certes, mais surtout pour « bander ». C'est un luxe. Quand je vois des mecs aller bouffer des vers de terre dans un pays où il y a des gamins qui dorment sur le sol, ça me fait vomir. C'est la télé d'aujourd'hui. Je ne demande pas à ce qu'elle disparaisse mais j'essaie de faire la mienne, une télé honnête qui ne prend pas les gens pour des cons et qui respecte leur dignité. "
Autre extrait, avec questions - réponses :
Vous serez sur France 2 l'an prochain ?
Oui. Le Cabaret, c'est le matelas qui permet de faire vivre ma boîte. Après, je ne cache pas que j'aimerais partir sur des petites scènes avec mes musiciens pour interpréter l'album que j'enregistre en ce moment. Avec du texte qui va dans le sens du livre, assez acide et violent.
Patrick Sébastien tombe le masque ?
Je m'engage. Par exemple, dans une de mes nouvelles chansons je dis que « si tu trouves que les idées de Jean-Marie Le Pen ne sont pas bonnes, tu vas voter Sarkozy papier carbone ». J'ai vendu « Le Petit Bonhomme en mousse », que je ne renie pas car j'adore toujours voir les enfants reprendre mes chansons, pour me donner les moyens de sortir un disque différent.
Dans votre single « Bleu Blanc Beur », vous insistez sur le mot « Karcher » utilisé par Nicolas Sarkozy pour parler des banlieues ?
Oui, parce qu'il me fait peur.
Sarkozy ?
Carrément. C'est la Star Ac'le premier président qui va être élu avec un lobby médiatique et télévisé proche de Jenifer. La différence entre Mitterrand et Sarkozy est la même qu'entre Brassens et Jenifer. Il sera peut-être très compétent mais ce n'est pas ma conception de la démocratie. Et puis, les gens normaux en ont ras-le-bol. Les restaurants sont fermés le soir. Il y a des flics partout. Ils ont viré les tapins, l'alcool, le tabac... Les gens ne sont pas cons. Ils savent très bien qu'au-dessus, d'autres se gavent ; que Sarkozy est copain avec vingt-cinq présidents de multinationales.
Vous parlez aussi de la « racaille » ?
Je la connais par coeur mais ce n'est pas une question de race ou de couleur. Ce sont des voyous, un point c'est tout. Quand on était rugbymen, on allait tout casser dans les bals, c'était pareil. On était de la racaille. Moi, je suis un humaniste. Je n'ai pas du tout envie de ce putain d'amalgame qui pointe du doigt les Noirs ou les Arabes ! Ce qui est affolant c'est que si Le Pen dit : « Si tu n'aimes pas ton pays, quitte-le ! », vous, les médias, vous le tuez. Et quand Sarkozy le reprend à son compte, tout le monde dit « bravo ». C'est une manipulation hallucinante. Le discours du premier est aussi dangereux que celui du second.
Critiquer aussi ouvertement un présidentiable est politiquement incorrect, non ?
Que Sarkozy soit président, je m'en moque. Tant mieux si le pays marche mieux. Mais après, je ne vois pas autre chose que la répression. J'ai envie de m'engager sur le sujet. Et tant pis si on me fait fermer ma gueule. Quand je vois les « mange-merde » que sont les humoristes aujourd'hui, qui n'osent plus l'ouvrir parce qu'ils ne pensent qu'à vendre leur DVD. Voilà pourquoi j'ai du respect pour un Guy Bedos qui sait faire autre chose que des sketches sur le camping ou les aspirateurs.
Ce n'est pas schizophrénique de tenir ces propos et de recevoir ses artistes en promo pour leur DVD dans votre Cabaret ?
Regardez bien. Il y en a que je ne reçois pas et que je ne recevrai jamais.
Qui ?
Johnny. Il intéresse tout le monde mais pas moi. Je suis un fan de la première heure. Quand il y avait un mec sur scène qui disait qu'il était né dans la rue. Aujourd'hui, c'est le mec le moins rock n'roll de France. Mais ça, il ne faut pas le dire. Que des humoristes, comme Bigard, puissent être des supporters de Sarkozy, cela m'effraie. Et pourtant, bien que je le sois au fond de moi, je ne suis pas vu comme un mec de gauche. J'ai toujours considéré Chirac comme un radical-socialiste.
Autres extraits :
Chirac ? Bien sûr qu'il est fragile en fin de règne. J'en parle dans mon livre en disant que lui et Mitterrand sont des filous, des menteurs mais que c'est la politique du « moins pire ». Je crois que quand on fera le bilan de ces deux-là, on s'apercevra qu'ils n'étaient pas si mal. Aujourd'hui, ça manque d'épaisseur. François Hollande est vraiment fait pour vendre des cravates.
Ségolène ? Je ne sais pas si cette femme-là est la bonne mais une chose est sûre, j'aimerais bien que ce soit une femme qui soit présidente de la République. En ce qui me concerne, si on se retrouve avec un duel Ségolène-Sarko, je voterai Segolène. Et si c'est Michèle Alliot-Marie contre Hollande, je voterai Alliot-Marie.
Star ac : Les mômes qui étaient dans la rue contre le CPE, c'est la génération Star Ac'. Cela fait cinq ans qu'on explique aux mômes qu'ils peuvent devenir riches et célèbres sans rien faire. Cela entraîne une vraie frustration car combien vont y arriver ? Le premier pouvoir en France, c'est la télé.
Conclusion :
"Je sais qu'en l'ouvrant, je peux déplaire. Mais je ne dénonce pas, je raconte. J'estime que le courage ne se réduit pas à gueuler que Le Pen est un gros con. Je ne m'en prends pas aux petits, plutôt à TF1, à Sarkozy, à un certain service public sur lequel pourtant je travaille, à un type de presse qui a oublié la déontologie... J'ai conscience que c'est vachement suicidaire. L'âge m'apporte la lucidité. Celle par exemple de savoir que je ne représente pas grand- chose. Je ne suis qu'un saltimbanque."
(photo FR2)
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