24 Janvier 2007
Les Editions Privé ( Guy Birenbaum ) publient début février l'essai d'Hélène Risser, "Les faiseurs de rois". Cette dernière est journaliste à LCP et public Sénat. Après plusieurs collaborations en presse, elle a notamment décrypté les médias dans Arrêts sur Images.
Voici comment l'éditeur présente le livre:
"Les élections de 2007 semblent se préparer sous l'autorité des médias. Les médias font et défont la côte des présidentiables, sélectionnent les thèmes de campagne et orientent les suffrages. Aux premières loges de ce grand spectacle : des dizaines de millions d'électeurs français.
Quels sont les rouages de cette industrie politique ? Où sont les amitiés, les réseaux, les connivences ?
Après avoir enquêté sur ces "faiseurs de rois", la journaliste Hélène Risser montre que leur influence est plus forte que jamais. Certes, les journalistes ont toujours adoubé leur candidat favori mais aujourd'hui la perversion du débat a atteint des sommets inégalés.
Dans les coulisses de cette nouvelle "médiacratie", l'auteur met en lumière les soutiens dont disposent les deux premiers de la classe : Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.
Mais ce livre montre aussi que la nouvelle influence des médias dépasse largement la rubrique politique. En 2002, le traitement des faits divers et de l'insécurité a largement dépassé la mise en scène du duel Jospin - Chirac.
A quelques semaines de la présidentielle, quel nouveau tour nous réservent les "faiseurs de rois" ?"
Dans son dossier "médias et politique", Le Nouvel Observateur publie des extraits de l'ouvrage. A découvrir ici. Extraits :
Au sujet de Sarkozy et de TF1...
"Début septembre 2006, après l'évacuation par les forces de l'ordre du squat de Cachan, la chaîne diffuse un reportage sur les familles africaines qui s'entassent désormais dans un gymnase de la ville. On y entend une femme à bout de nerfs : « Je travaille, j'ai un salaire, je veux payer mon loyer... » On y voit des bébés blottis contre leur mère, des enfants entassés sur des matelas de fortune, des femmes contraintes de cuisiner sur le trottoir. Des images pleines d'émotion qui, les pros le savent bien, font grimper l'Audimat. Seul hic, ce reportage n'est pas du tout du goût de Nicolas Sarkozy, qui a fait évacuer le squat et qui est ce soir-là l'invité du journal. D'après plusieurs sources, il se serait chargé de faire connaître sa colère à la direction de la Une. Dans la semaine qui a suivi, deux reportages consacrés aux régularisations - dont un sur un curé qui cachait des enfants menacés d'expulsion - auraient été annulés pour ne pas en rajouter. Puis, jusqu'au relogement des familles, mi-octobre, la chaîne ne diffusera plus que quelques brèves sur ce sujet qu'elle avait pourtant normalement couvert durant les premiers jours. Patron de la rédaction, Robert Namias confirme avoir calmé le jeu. En revanche, il dément avoir subi des pressions et revendique son choix ".
Au sujet de Royal...
Au printemps 2006, lorsqu'une équipe de télé lui propose de suivre sa campagne, elle accepte sous réserve que la production s'engage, et cela par écrit, à taire sa vie privée. En outre, elle leur propose des séquences exclusives - coulisses, réunions avec son staff... -, en échange d'un droit de regard sur le montage de ces images. [...]
Quelques semaines après le début du tournage, le prestigieux magazine de reportages de France 2, « Envoyé spécial », s'en porte acquéreur. Mais le prix à payer s'avère vite élevé. En septembre 2006, la journaliste du « Parisien » Nathalie Segaunes, consultante pour le film et spécialiste du PS, signe un article qui irrite au plus haut point Mme Royal. Intitulé « Elle plane, il a le blues », il évoque les tensions dans le couple Royal-Hollande. [...]
Compte tenu du rôle joué par le premier secrétaire dans la désignation du candidat socialiste, ces anecdotes relèvent-elles de la vie privée ? Pour Ségolène Royal, cela ne fait pas de doute. Dès le jour de parution, elle empêche l'équipe de tournage de filmer un dîner avec ses supporters organisé à Vitrolles. Voyant venir les ennuis, la production décide alors de stopper net la collaboration avec la journaliste du « Parisien ». Une sanction approuvée par « Envoyé spécial ». Comme le lui explique alors la rédactrice en chef, Guilaine Chenu, parler de la vie privée ne correspondrait pas à la ligne éditoriale d'« Envoyé spécial ». Faut-il rappeler que, moins de trois ans plus tôt, le magazine s'illustrait en suivant Cécilia Sarkozy cajolant son fiston et papouillant à souhait son ministre de mari ?
Après la parution de l'article litigieux, Ségolène Royal appelle la direction du « Parisien » en expliquant qu'elle ne veut plus que Nathalie Segaunes la suive.
Elle exige également des excuses publiques du quotidien, assorties de sa photo « pour attirer l'attention ». La direction refuse, et la candidate blessée se rabat finalement sur un banal droit de réponse. Un incident éloquent ! Consciente de l'hostilité d'une bonne part du sérail, et au risque de friser la paranoïa aiguë, Ségolène Royal n'hésite pas à engager le bras de fer. Tant que les sondages la portent, qu'elle a la garantie de faire de bonnes audiences, certains se plieront, hélas, à ses exigences. Mais qu'un jour elle dévisse et le retour de bâton sera, on le devine, terrible.
© Editions Privé, 2007.
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