1 Mars 2007
![]() |
Nouveau numéro du magazine de France 3 "Pièces à conviction", ce vendredi. A 23h25...
Le 6 novembre 2004, neuf soldats français des forces « Licorne » sont tués à Bouaké en Côte-d’Ivoire. Ils étaient venus dans le cadre d’une mission de paix. Leur campement est bombardé par deux Sukhoï 25, des avions de chasse de l’armée ivoirienne dirigée par Laurent Gbagbo. L’attaque fait également une quarantaine de blessés dans le camp français.
Trois ans après le drame, les familles des militaires tués désespèrent de savoir un jour la vérité, malgré l’enquête minutieuse menée par la juge d’instruction Brigitte Raynaud. Des zones d’ombre apparaissent dans cette enquête, notamment le peu d’entrain des autorités françaises à arrêter et interroger les pilotes des deux avions. Pour la première fois, trois de ces familles ont décidé de parler. L’équipe de Pièces à conviction a recueilli leurs témoignages. Beaucoup de questions posées et autant d’éléments de réponse dans ce reportage signé Magali Serre.
Selon Magali Serre, "Nous avons rencontré trois familles : deux mères de soldat et une épouse. Il ne faut pas oublier que, par tradition, les militaires et leurs familles s’expriment peu par voie de presse. Ce qui les a décidés, outre la réputation de Pièces à conviction, c’est la lenteur de l’enquête et les blocages dûs au « secret défense » opposé systématiquement à la juge d’instruction Brigitte Raynaud.
La plus jeune des victimes allait avoir vingt ans. Il s’était engagé dans l’armée avant même sa majorité et c’était sa deuxième mission en Côte-d’Ivoire. Il était très fier de faire partie des forces de « Licorne » engagées dans le maintien de la paix. Aujourd’hui, sa mère se sent abandonnée par l’armée. Elle a le sentiment de ne pas avoir été soutenue, et cela dès l’annonce de la mort de son fils. Les familles regrettent de ne pas avoir été épaulées par le ministère de la Défense dans leur recherche de la vérité. Au départ, ces mères et ces épouses pensaient que la vérité éclaterait rapidement quant à l’identité des commanditaires du bombardement. C’était sans compter sur le secret-défense qui a été systématiquement opposé sur ce dossier. Un secret-défense à l’origine de beaucoup de nos questionnements dans cette affaire.
La juge d’instruction a dû démêler fil après fil la pelote de l’enquête. 95 % des documents constituant le dossier étaient classifiés « Défense ». Elle est allée sur le terrain pour rencontrer ses homologues ivoiriens et togolais. Au fur et à mesure, elle a réclamé les documents nécessaires à la poursuite de ses investigations et qui ont mis plusieurs mois à être déclassifiés.
Aujourd’hui, la consultation de ces documents laisse apparaître des zones d’ombre, notamment sur la non-arrestation des pilotes… En effet, dans chacun des deux avions de chasse, il y avait un pilote ivoirien et un pilote biélorusse qui auraient pu être arrêtés très rapidement par les militaires français. Les deux pilotes ivoiriens sont toujours en poste à Abidjan. Quant aux pilotes biélorusses, ils ont pris la fuite alors qu’ils avaient été mis à la disposition des autorités françaises une dizaine de jours après le bombardement. Pourquoi les avoir laissé partir ? Pourquoi cette absence de volonté politique manifeste durant l’enquête ?
Autre fait troublant : il n’y a pas eu d’autopsie des corps, ce qui en matière d’enquête criminelle est essentiel. Au moment de la cérémonie aux Invalides, les cercueils ont été présentés fermés et plombés aux familles. C’est uniquement un an plus tard, lors d’une première réunion avec les familles, organisée par la juge, qu’une des mères a demandé à consulter le dossier de son fils. C’est ainsi qu’elle a pu constater que le corps photographié avant la mise en bière n’était pas celui de son enfant. La juge a fait alors exhumer les corps et s’est aperçue que les dépouilles avaient été inversées. Une erreur qui ne serait pas arrivée s’il y avait eu autopsie ! Pourquoi tant de précipitation ?
Pour la petite histoire, aujourd’hui, deux ans et demi après, les Ivoiriens demandent une nouvelle exhumation de l’ensemble des corps pour procéder à une autopsie ! Ils estiment qu’ils ne peuvent mener leur enquête tant qu’ils n’ont pas fait les premières constatations.
Le bombardement de Bouaké pose beaucoup de questions, y compris sur ce qui s’est passé à Abidjan par la suite. C’est le point de départ de toutes les exactions contre les Français en Côte-d’Ivoire, car cette escalade de violence est liée à cet événement. Avec, entre autres terribles conséquences, ces huit mille Français qui vivaient et travaillaient en Côte-d’Ivoire et qui ont dû partir… sans espoir de retour pour l’instant."
Actu des médias par 2 passionnés, amateurs. Et tweets perso.
Voir le profil de leblogtvnews.com sur le portail Overblog