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Noires douleurs. Diffusion sur France 3.

 

 

 

Un documentaire français inédit, de Lorène Debaisieux, à découvrir ce vendredi à 23h25 sur France 3 : "Noires douleurs".

 

Elles s'appellent Fatou, Khady, Oumou et Maryam. Françaises, elles font partie des 100 à 130 millions de femmes victimes aujourd'hui de mutilations génitales en Afrique (source : Unicef). Traumatisées à tout jamais mais habitées par la révolte et la volonté de mettre un point final à ce rituel barbare, ces survivantes témoignent à coeur ouvert, armées d'un courage inouï, de l'épreuve qu'elles ont traversée.

 

La réalisatrice revient sur sa rencontre avec ces jeunes femmes excisées :

 

"J'ai cherché des femmes qui avaient envie de témoigner et de verbaliser cette épreuve traumatisante. J'ai pris contact avec Amnesty International, le GAMS (Groupe de femmes pour l'abolition des mutilations sexuelles) et des associations françaises concernées par l'excision. Durant six mois, mon assistante et moi nous sommes régulièrement rendues aux réunions afin d'approcher ces femmes blessées à la fois dans leur chair et dans leur dignité. Au départ, elles refusaient catégoriquement de participer au film. Le travail d'approche a nécessité de longues semaines. Au fil du temps, elles ont compris que notre démarche était empreinte de grand respect, et d'une immense admiration pour leur courage. Quelque-unes ont alors accepté de témoigner.

Avant le tournage, plusieurs femmes se sont rétractées. Elles ont eu peur. Fatou, Oumou, Maryam et la militante internationale Khady Koïta ont elles accepté de participer, dont trois à visage découvert. La force de leurs témoignages réside dans le courage dont elles font preuve pour se livrer sur leurs blessures intimes, mais également dans la diversité de leurs parcours. Deux sont nées en France et deux en Afrique. Ces dernières ont été contraintes de rejoindre l'Hexagone à l'adolescence via un mariage forcé, autre pratique culturelle africaine souvent liée à l'excision. Ces quatre itinéraires s'emboîtent bien les uns dans les autres et créent ainsi une dialectique.

Pour préparer les interviews, j'ai effectué un vrai travail psychologique et d'empathie. Je devais connaître ces quatre femmes, rentrer dans leurs vies, les mettre en confiance. Montrer un peu patte blanche. Sur le tournage, il m'est arrivé de reporter des rencontres, car j'avais déjà filmé des séquences et je savais que la charge émotionnelle était trop importante pour une seule journée. Je ne pouvais pas aborder ces interviews de manière frontale, mais je devais m'identifier aux personnages, à leur culture. Cette tradition qui nous paraît barbare s'inscrit dans une certaine festivité. Dans la culture africaine, l'excision est associée à une cérémonie initiatique qui marque l'entrée dans la vie adulte. Dans leur enfance Fatou, Khady, Oumou et Maryam l'ont aussi vécue de cette façon avant de se révolter.

En parallèle du travail d'approche des personnages, il a fallu mener une enquête poussée sur la réalité de l'excision, bien souvent prisonnière de la loi du silence. Simultanément, l'un enrichissait l'autre. De cette manière, nous avons ainsi appris que la réparation chirurgicale de l'excision était possible, que le combat des femmes prenait de l'ampleur en France et en Afrique, que les mentalités commençaient à changer. Des impulsions positives indispensables à prendre en compte dans le film. Les témoignages de ces quatre femmes peuvent ainsi servir d'exemple aux futures générations féminines. Par ailleurs, les interventions masculines, du jeune chorégraphe guinéen et du marabout sénégalais, sont cruciales. Les faire participer n'a pas été évident, car les hommes africains rechignent à se prononcer sur l'excision. Or, c'est avant tout par eux que peut se faire le bouleversement des mentalités, puisqu'ils financent ces mutilations génitales. Si les hommes refusent cette pratique, elle cessera. En voyant le film, certains d'entre eux pourront peut-être s'identifier et dénoncer l'excision dans leur propre famille.

Fatou, Khady, Oumou et Maryam ne m'ont pas fixé de barrière car il n'y avait pas de voyeurisme de ma part, ni d'intention de les choquer ou de les mettre mal à l'aise. Ce film est à la fois un combat contre l'excision et une victoire. Effectivement cette tradition perdure aujourd'hui mais les mentalités évoluent. Dans certains pays africains comme le Sénégal où nous nous rendons avec Khady Koïta, de nombreuses démarches sont entamées pour que cette pratique cesse. Par ailleurs en France, les actions en justice se multiplient. L'excision est un crime assorti d'une prescription de dix ans. "

 

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C
L'Organisation des Nation Unies (ONU) estime que plus de 150 million de filles et de femmes dans le monde ont subi une forme d'excision. On trouve cette pratique dans plusieurs pays d'Afrique, au Moyen-Orient et dans certaines communautés d'immigrés partout dans le monde. Dans plusieurs pays, cette pratique à été interdite, mais elle se pratique toujours. Malgré de nombreuses campagnes de sensibilisation, aucune réduction significative de cette pratique n'a été observée dans le nombre de jeunes filles qui sont mutilées chaque jour. Pourquoi couper le clitoris alors qu'il peut être reconstruit? Reconstruire le clitoris va avoir un effet disuasif plus important. Si l'opération est adoptée dans les pays concernés, nous pourrons observer une réduction significative ou même une disparition de cette pratique. Ensemble faisons la différence.http://www.clitoraid.org
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F
Bonjour, je suis une artiste africaine qui prend aussi position contre la pratique de l'excision. J'aimerais bien entrer en contact avec Lorène Debaisieux, la realisatrice du documentaire "Noires douleurs"
Vous pouvez ecouter un extrait d'un de mes titres abordant le sujet de l'excision et aussi de l'exploitation des fillettes en afrique par leurs propre parents parfois à cause du manque crucial de moyen. Extraits en écoute "Excision (silence)"sur  www.myspace.com/feenose
Merci de me lire et aussi de me tenir informer pour ceux qui ont la possibilité de me mettre en contact avec Lorène Debaisieux.
Féenose
 
 
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