11 Mai 2007
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France 3 diffuse ce soir un documentaire inédit, vingt ans jour pour jour après l'ouverture du procès en France du nazi Klaus Barbie : "Une justice pour l'humanité". A 23h25.
La présentation du film, réalisé par Sylvie Cozzolino, par France 3 :
"Vingt ans se sont écoulés. Le 11 mai 1987, Klaus Barbie pénètre dans le box des accusés du tribunal de Lyon. Vieux et fatigué, celui que l’on surnommait « le boucher de Lyon » a toujours au fond des yeux la flamme de la cruauté qui effrayait tant ses victimes. C’est la première fois en France qu’un homme est jugé pour crime contre l’humanité ; c'est aussi la première fois en France qu'un procès est intégralement filmé. Un événement d’une prodigieuse portée historique qui ouvrira la voie à une justice internationale. Sylvie Cozzolino a enquêté sur le procès Barbie et son impact. Verdict : un film d’une absolue nécessité."
Chef de la Gestapo à Lyon en 1943 et 1944, Barbie a déporté, torturé et tué avec une froide et redoutable application. Petite main armée de la barbarie, ouvrier consciencieux de l’horreur nazie, il a traqué sans relâche résistants, juifs, femmes et enfants. Y prenant, aux dires des témoins, un certain plaisir. « Son bureau était une permanence d’attente pour les tortures », raconte l’un d’eux. « Il en éprouvait une joie satanique », narre un second. « Il recevait une femme avec son enfant. Il a jeté le nourrisson dans le couloir. Puis il a fait déshabiller la mère. Ensuite, il a amené un berger allemand qui s’est mis à poursuivre et à mordre la malheureuse à travers la pièce. Lui riait. »
Sylvie Cozzolino, journaliste dans la région de Lyon, adjoint aux édifiantes images du procès de nouveaux témoignages tout aussi accablants. Elle donne la parole à Serge Klarsfeld et à Alain Jakubowicz, « chasseurs de nazis » reconnus et avocats de la partie civile. Face à eux, l’énigmatique Jacques Vergès tente de justifier l’injustifiable, basant sa plaidoirie sur le politique. Dès le premier jour, il fait sortir Barbie du box des accusés, réfutant la légitimité de l’événement. Serge Klarsfeld sent le coup monté mais le juge improductif. « La présence de Barbie aurait gêné les témoins. Sans lui, ils ont pu aller au bout de leurs déclarations, sans avoir à combattre son regard », analyse-t-il. Tout l’enjeu du procès Barbie repose sur la définition de l’accusation. Le crime contre l’humanité doit être perpétré contre des civils. Les avocats de Barbie font front : jamais le chef de la Gestapo n’a traqué autre chose que des résistants. Une défense rapidement balayée par l’avalanche de preuves accablantes. L’ancien nazi a raflé 85 juifs rue Sainte-Catherine à Lyon le 9 février 1943. Le 11 août 44, alors que la guerre touche à sa fin, l’homme trouve le moyen de déporter 650 victimes de plus, directement vers Auschwitz. Parmi eux, plus de 300 juifs. Mais c’est le sordide épisode d’Izieu qui marque profondément les esprits. Le 6 avril 1944, il fait arrêter 44 enfants juifs réfugiés dans une colonie religieuse dans la petite commune d’Iizieu, dans l’Ain. Immédiatement déportés, ils seront tous gazés à l’exception d’une fillette. Le 4 juillet 1987, Klaus Barbie est condamné à la prison à vie. Il y décède quatre ans plus tard.
Serge Klarsfeld :"Le procès de Barbie est l’aboutissement d’un long et pénible effort mené par une poignée d’hommes et de femmes décidés. Il n’a pas été voulu par la justice française, bien au contraire ! Il a été provoqué par les victimes elles-mêmes ! Lorsque Beate (épouse de Serge Klarsfeld) l’a démasqué en Bolivie, il ne se trouvait pas grand-monde pour réclamer son extradition. Il a fallu qu’elle multiplie les déplacements sur place, accompagnée de deux autres victimes directes de Barbie, dont une enseignante de la colonie d’Izieu. Voilà pour l’équipe qui a permis le retour de Barbie sur le théâtre de ses forfaits. Ca n’a pas été simple, il a fallu faire tomber des barrières et combattre des contingences. Regis Debray nous a aidés à convaincre le président de la République de la nécessité absolue d’un procès. Les autorités étaient extrêmement frileuses. La perspective de voir ressurgir le passé, et notamment la polémique entourant l’arrestation de Jean Moulin, était inquiétante pour de nombreuses personnes. Une fois que ce procès a eu lieu, les choses ont été plus simples par la suite, même si celui de Barbie était le plus consensuel, non seulement parce qu’il était absolument indéfendable mais aussi par qu’il n’était pas français. Vergès a trahi Barbie. Il a voulu être dans la lumière, ce qui n’aurait pas été possible si l’ancien nazi était resté dans le box des accusés. Il l’a très mal défendu et c’est tant mieux. Tous ces procès ont permis de « nettoyer » la mémoire. Ils ont fait de la France un pays modèle dans le traitement des crimes contre l’humanité et ont permis la mise en place de la Cour pénale internationale de La Haye. Bien sur, il y a des atermoiements et des difficultés. Mais on peut rêver d’une justice internationale efficace qui condamne les crimes de guerre et soit dissuasive. Peut-être pourra-t-elle, dans l’avenir, en empêcher certains. Aujourd’hui, il n’y a plus de bataille juridique à mener, les coupables sont morts. Mais il faut que l’effort de justice se poursuive et permette d’œuvrer sur d’autres drames historiques.
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