10 Avril 2008
On a tous besoin de s'accrocher à quelque chose pour supporter l'horreur de se réveiller chaque matin. En plus de l'indispensable café-clope je veux dire (oui, le cancer aromatisé, ça
existe). Pour certains c'est la Foi, pour vous qui êtes en train de me lire c'est manifestement Internet et la télé. Dans tous les cas, on se réfugie toujours dans le quelque chose de mystifié, ce qui est fort logique puisque c'est la réalité qu'on fuit.
Quoi qu'il en soit, en ce qui me concerne j'ai décidé de m'appuyer sur la dernière drogue gratuite, illimitée et bénéfique encore en -à-peu-près- libre circulation (pour combien de temps
encore?): le rire. C'est pour ça que j'ai décidé de vous parler de ce que la télé américaine a produit de plus drôle depuis un bon moment: la
mirifique comédie "How I Met Your Mother", que beaucoup qualifient d'ores et déjà de "légendaire".
Autant le dire tout de suite, de prime abord, l’originalité ne semble pas être la qualité première d’une série relatant les tribulations sentimentalo-burlesques d’un groupe d’amis trentenaires à
New York. Un énième clone de « Friends » en somme. Le truc, c’est que la sitcom est un genre en voie d’extinction. De nos jours, les gens préfèrent l’analyse méthodique et froide d’une
touffe de poils de cul d’un certain Grisom, passés au microscope pour prouver que celui-ci a mangé un Mars à 12h36 il y’a très exactement 26 jours. Pour les rares chanceux qui ne comprennent pas
de quoi je parle, il s’agit d’une référence à « CSI », série diffusée quotidiennement en prime time sur TF1. Je vais être très, très sérieux deux secondes : si vous n’avez
réellement jamais regardé « Les Experts » (c’est le titre français complètement con de la série complètement consternante dont je suis en train de parler), toutes monstrueuses
déclinaisons confondues, ce qui est malheureusement très peu probable, ne cédez surtout pas à la tentation du Mal. Ne cédez pas à l’envie de cet
affreux dépucelage télévisuel qui donne couramment envie de regarder Derrick parce que finalement, même ça c’est moins ennuyeux. Voilà, c’était mon devoir de non-journaliste même pas blogueur de
vous mettre en garde face à un tel danger. Parenthèse refermée.
Quoi qu’il en soit, je disais donc que les séries chaleureuses, attachantes, déjantées ou tout simplement un tant soit peu optimistes étaient désormais obsolètes. Sûrement une conséquence du 11
septembre. Peut-être aussi parce que les années 2000 ont été marquées politiquement par une percée des néoconservateurs. Les deux phénomènes étant certainement liés. Dans ce contexte, « How I Met Your Mother » fait figure de vestige rescapé d’un autre temps.
Bien loin des comédies familiales ultra-formatés tel que Mon Oncle Charlie, la série comique la plus suivie
aux Etats-Unis, « HIMYM » n’a au jour d’aujourd’hui aucun équivalent. Elle adopte un ton moderne, plus audacieux peut-être que celui des ses glorieux prédécesseurs des années 90
–dont l’ami Cole, si je ne dis pas de bêtise, devrait vous causer prochainement- abordant par exemple, sans avoir l’air d’y toucher, des questions sociétales comme le mariage et
l’adoption d’enfants par des couples homosexuels, l’environnement, le rapports qu’entretient une partie de la société américaine avec les armes à feu ou encore la dégradation de l’image des
Etats-Unis en Europe. Mais ce n’est pas tout : sur le plan de la narration, la série est aussi bien plus originale qu’elle n’en a l’air, en utilisant à la fois des retours en arrière et des
projections vers le futur. La grande trouvaille des scénaristes a en effet été d’utiliser le pitch de départ – dans le futur, le héros, Ted
Mosby, raconte à ses enfants comment il a rencontré leur mère, d’où le titre-, qui n’est en fait qu’un prétexte, pour jouer avec les repères
temporels du téléspectateur et créer une complicité avec lui.
Au delà du mystère autour de l’identité de la
« mother », tout l’intérêt réside dans le fait d’apprendre petit à petit à connaître de mieux en mieux chacun des personnages, grâce à l’enchâssement du récit puisque le flash-back
initial se double de multiples flash-back à l’intérieur même du récit des aventures de Ted et de ses amis. Ce sont d’ailleurs bien souvent les intrusions dans le passé des protagoniste qui
donnent lieux à des scènes et à des épisodes cultes ( notamment sur le glorieux passé de Robin, la petite-amie canadienne de Ted, qui n’est pas la mère, ou sur les débuts de sa relation avec
Marshall et Lily, ses meilleurs amis rencontrés à la fac). On notera aussi de nombreuses références à la culture geek (en particulier à Star Wars).
Mais le véritable point fort du show est véritablement le personnage de Barney, absolument hilarant, et qui
vole carrément la vedette au narrateur. Incarné par un Neil Patrick Harris absolument génial, Barney est le personnage le plus
loufoque et le plus corrosif de la série. Un brin sociopathe, ce play-boy au niveau de vit élevé cultive un énorme mystère autour de son passé, sa famille, son travail, ses véritables sentiments,
tant et si bien qu’une véritable mythologie est constituée à son propos. C’est aussi, parallèlement, sans doute le personnage le plus sensible et le plus profond de la série, bien qu’il ne
veuille surtout pas le montrer. C’est enfin, et surtout, une véritable machine à répliques cultes et à gags à répétitions autour de sa fascination pour les costumes ( !), son activité
sexuelle effrénée, ses théories complètement tordues sur les femmes, ou son cynisme revendiqué. On lui doit beaucoup des gimmicks de la série, dont le plus drôle est certainement sa manière
d’esquiver toute question sur la nature véritable de son travail.
Toutefois, et fort heureusement, les autres personnages sont beaucoup plus que de simples faire valoir et
chacun d’entre eux développe une dimension comique bien spécifique et attachante. Le personnage de Marshall notamment, s’avère de plus en plus drôle au fur et à mesure de la série tandis que la
maladresse de Ted est plus ou moins le fil conducteur de la série. Quand aux personnages féminins, s’ils sont un peu en retraits, on notera qu’on apprend également à les apprécier
progressivement, notamment Robin, reporter télé plus ou moins en réussite qui a beaucoup de mal à partager avec les autres.
Mais mieux que n’importe quelle description élogieuse, je vous conseille très vivement de découvrir la série
afin de vous faire votre propre idée. La saison 1 est disponible en DVD chez Fox France*, tandis que Canal Plus, qui diffuse la série dans sa case sitcom, programmera prochainement la saison 3**
inédite de la série, après la très probable rediffusion des deux premières saisons. S’il est toujours assez difficile d’adapter des gags, la traduction est relativement bonne. Le doublage lui,
peut décevoir ceux qui ont vu la V.O, qui est bien entendue et comme souvent à privilégier pour en profiter complètement. En attendant, vous pouvez toujours vous rabattre sur des merveilles de
déconne so british comme « The It Crowd » ou sur des dramédies addictives comme Scrubs ou Entourage. Je vous en causerais peut-être un de ces jours.
* A noter que les musiques utilisées, point fort de la série, ne sont pas toujours les mêmes sur DVD à cause
de problèmes de droits.
** Peut-être la dernière, tant CBS qui diffuse la série, semble la détester car en tant que bonne série, elle
ne colle pas à la politique de la chaîne.
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