10 Août 2010
Séries… Ton classement impitoyable ! saison 2009/2010.
Place 21 – CASTLE Saison 2.
Diffusion sur ABC le lundi soir à 22h (moyenne saison 2 : 10,23 millions de téléspectateurs, + 10% par rapport à la saison 1). Diffusion sur France 2 le lundi soir à 20h35.
Renouvelé pour une saison 3.
Avec Nathan Fillion (Richard Castle), Stana Katic (Kate Beckett), Jon Huertas (Javier), Seamus Dever (Kevin Ryan), Tamala Jones (Lanie Parish) et Ruben Santiago-Hudson (Roy Montgomery)
Indice spoiler : 0/5.
Par Boodream
Je suis dans la merde. Ce n'est pas une entrée en matière très élégante je vous l'accorde, mais il faut que je vous dise les choses telles qu'elles sont. Cole, le grand ordonnateur de ce classement, sorte de Raël pour sériephiles du Blog Tv News, est un homme assez mystérieux. Il a aimé (et donc compris!) le final de Lost, alors que les fans du monde entier brûlent d'envie d'envoyer un texte du slameur Nicolas Anelka ( dit «Petit Cerveau Malade») aux producteurs exécutifs Carlton Cuse et Damon Lindelof pour exprimer leur ressentiment ; mieux (ou pire, à vous de voir), il est persuadé qu'il se passe réellement quelque chose lorsqu’il regarde un épisode de True Blood ! Oui, je sais, ça vous glace le sang. De deux choses l'une: soit il possède des pouvoirs de perception supérieurs à ceux du commun des mortels et est donc très puissant, soit il est complètement fou et donc potentiellement dangereux. Une troisième hypothèse, étayée par exemple par le fait qu'il n'aime pas la série Community, qui est peut-être la meilleure comédie actuellement diffusée à la télévision américaine, serait qu'il soit tout simplement doté de goûts douteux - cette dernière solution étant d'autant plus plausible qu'il a jugé utile de faire appel à mes services. Quoi qu'il en soit, je n'ai absolument pas intérêt à le contrarier. C'est pourquoi, lorsque je lui ai annoncé que je souhaitais vous parler de Castle, et que sa première réaction a été un long, très long rire machiavélique, au terme duquel il m'a demandé si j'avais besoin de lui emprunter sa tronçonneuse électrique, je me suis senti profondément embarrassé. Parce qu'il vaut mieux vous le dire tout suite: ce cop show un peu à l'ancienne, qui sait ne pas se prendre trop au sérieux, m'inspire beaucoup de sympathie, même s'il ne casse pas trois pattes à un canard.
Je dois vous avouer que la situation est un peu délicate pour moi dans la mesure où Castle, dont, vous l’aurez compris, je vais globalement vous dire du bien, possède bon nombre de similitudes objectives avec une autre série, que je m’étais fait un devoir d’étriller méticuleusement ici même l’année dernière, à savoir The Mentalist : le héros, Rick Castle, intervient également plus ou moins en tant que consultant auprès de la police (c’est un auteur de polars à succès qui prend part aux enquêtes, officiellement dans le cadre de recherches pour ses futurs livres), les seconds rôles restent essentiellement décoratifs, les épisodes sont indépendants et nous invitent à chaque fois à nous immerger gentiment dans un univers différent (cela va de la Fashion Week aux jeux de rôles en passant par les paris clandestins, les ados pop stars ou encore les escort girls), et on peut également remarquer dans les deux cas l’existence d’un ersatz du fil rouge lié au passé d’un personnage (même si ici, cela ne concerne pas directement le héros). En outre, on retrouve un inévitable rapport de séduction mutuel entre Castle et la jolie Kate Beckett, inspecteur de police qui va d’ailleurs inspirer à l’écrivain un personnage de fiction. Mais rassurez-vous, au delà de certains codes inhérents au genre, les deux séries proposent au final quelque chose de très différent.
La diffusion de la série ayant déjà débuté en prime time sur France 2, vous avez du reste sans doute déjà pu le constater. Je vais néanmoins me permettre d’insister, au cours des prochaines lignes de cette chronique sur ce qui distingue très nettement Castle de la première cochonnerie de Jerry Bruckheimer venue. Il en va de ma réputation. Vous croyez que je ne vous vois pas en train de ricaner sournoisement devant votre écran, en vous disant que pour oser venir défendre devant vous une série policière grand public après tout le mal que j’ai pu dire de ce genre précédemment, il faut vraiment que je sois une girouette, un opportuniste, un éjaculateur précoce paumé, bref que je ne sois finalement rien d’autre qu’un vulgaire directeur d’antenne d’une station de radio généraliste du service public. Je pense tout particulièrement à ceux qui n’avaient pas apprécié le manque d’objectivité dont j’avais fait preuve en évoquant The Mentalist, sachant qu’il est à peu prés aussi absurde de regretter la subjectivité d’une critique que de déplorer l’humidité d une piscine. Non, je n’ai pas changé, je ne suis pas allé consulter Paul Weston, le psy de In Treatment, l’excellente série de HBO (à vrai dire la seule série de HBO pouvant effectivement être qualifiée d’excellente à l’heure actuelle, étant entendu que la dernière saison d’Entourage s’est résumée à un défilé de bimbos se retrouvant systématiquement à poil, dans les bras, pour rester poli, de l’inénarrable Adrian Grenier, ayant pour rappel le charisme d’une orange d’Espagne) pour qu’il m’apprenne à canaliser mon aigreur naturelle et débordante.
Il se trouve juste que la production de ABC est sans prétention, plutôt décontractée et consciente de ses propres limites, ce qui fait sa force. Le héros n’est ni un surhomme ayant réponse à tout, ni un spécialiste de quoi que ce soit. A vrai dire, il se rapprocherait bien davantage d’un joueur de Cluedo que d’une variante peroxydée et pacifiste de Chuck Norris. Un type comme vous et moi en somme. Enfin surtout comme moi d’accord, je sais bien que vous n’avez pas que ça à foutre que de jouer au Cluedo. Toujours est-il que le fait que le principal protagoniste ne soit pour une fois pas placé sur un piédestal et qu’il ait tendance à se montrer gaffeur, maladroit et immature, offre une bouffée d’air frais au milieu de l’asepsie ambiante. Dans le même ordre d’idée, la série n’hésite pas à avoir recours aux références et aux clins d’œils plutôt sympathiques (dans la saison 1 est par exemple évoqué indirectement Firefly dont Nathan Fillion qui incarne Castle, avait le rôle titre), ou à apporter un certain soin esthétique à ses introductions, qui donnent lieu à la découverte d’un corps ou qui annoncent le contexte du meurtre servant de support à l’enquête.
Surtout, l’alchimie du couple qu’il forme avec l’inspecteur Beckett passe plutôt bien, et en premier lieu parce que les rapports de force sont plutôt équilibrés, la demoiselle n’ayant pas grand chose de la potiche de base et étant doté d’une répartie plutôt bonne. Toutes ces caractéristiques ne sont bien entendu pas le fait du hasard. On sent la touche ABC dans cette légèreté globale, on sent que la série drague la ménagère, mais ce positionnement donne paradoxalement à l’ensemble un caractère un peu moins calibré qu’à l’ordinaire. Si CBS est beaucoup regardée par les vieux, la FOX beaucoup par les jeunes, et la CW beaucoup par les idiots, les femmes constituent clairement le cœur de cible de la chaîne du groupe Disney. Pas étonnant dés lors que l’attention ne soit pas polarisée exclusivement sur Castle, comme on pouvait légitimement le craindre. Cela permet d’humaniser un peu les enquêtes, sans pour autant donner lieu à une réflexion très profonde mais en offrant au téléspectateur la possibilité de créer une relative proximité avec les personnages.
Lancée lors de la mi-saison 2008/2009 sur une case difficile le lundi soir, la série a réalisé d'emblée des scores corrects, mais alors que les épisodes sont agréables à suivre dés le départ, les audiences n’ont décollé véritablement qu’en fin de saison 2, au point de mettre en difficulté CSI : Miami diffusé en frontal sur CBS, qui du coup va être amené à changer de case l’année prochaine. Bien entendu, qu’un programme fasse la nique à la plus mauvaise déclinaison des Experts, autrement dit au pire du Pire, ne peut que la rendre encore plus sympathique à mes yeux, et je ne peux d’ailleurs pas m’empêcher de m’exclamer « Die Horatio, die ! » à cet instant précis. Mais au delà de l’anecdote, cette opposition de style entre les deux networks montre bien le caractère quelque peu alternatif de Castle, qui tente de sortir des standards. Pas assez pour être véritablement une bonne série, mais assurément assez pour être mieux qu’une simple fiction à flics de plus. Si la mère, et surtout l’insupportable fille de Castle, qui incarne l’archétype de la petite ado insupportablement studieuse et parfaite maternant son propre père, archétype qui est très en vogue en ce moment (bien que cela ne respire pas une folle modernité), ne venaient pas lisser un peu trop l’ensemble et si on n’avait pas globalement l’inquiétante impression que plus les audiences augmentent, moins la série essaye d’ être originale, elle aurait sans doute pu encore grappiller quelques places dans ce classement. En attendant, on peut constater avec un certain amusement, pour ne pas dire un amusement certain, qu’après avoir systématiquement brandi un crucifix lorsqu’il qu’il parlait de séries américaines, le duo De Carolis/Duhamel s’est peut-être dit, à quelques semaines de la fin de son mandat à la tête de France Télévisions, que ça ne pourrait pas lui faire de mal que de foutre en prime time un programme dont la tête d’affiche a pour patronyme Fillion. A un « i » prés, ils étaient plutôt malins sur ce coup là.
Meilleur épisode : 2.17/18: Tick, Tick, Tick...Boom!
Pire épisode: 2.07: Famous Last Words.
Conclusion : si on est très loin de la qualité d’un Cold Case ou d’un FBI : portés Disparus à ses débuts, Castle est une série qui, à défaut de mériter qu’on s’y attarde véritablement parce qu’un peu trop formatée, se laisse regarder avec un réel plaisir et possède un vrai capital d’estime, ce qui est une véritable performance pour un cop show diffusé sur un network, a fortiori familial. Un bémol toute fois, la série a un peu tendance à tomber dans la facilité depuis quelques temps, ce qui nuit un peu à ce qui reste néanmoins son atout principal : sa fraîcheur.
BOODREAM
(Crédit photos © ABC /DR. )
Prochaines chroniques de mercredi à vendredi midi. Précédentes chroniques : http://www.leblogtvnews.com/categorie-11513584.html .
Participations cette saison, pour épauler Cole, de :
Tao (Critik en Séries)
Lulla (Des News en Séries)
Alain Carrazé (8 Art City)
Pierre Langlais (Tête de séries)
Pierre Serisier (Le Monde des Séries)
Btv27 (Series Live)
Dylanesque (Dylanesque TV)
Et Boodream.
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