13 Août 2010
Séries… Ton classement impitoyable ! saison 2009/2010.
Place 18 – CHUCK Saison 3.
Classement 2008 / 2009 : 9ème.
Classement 2007 / 2008 : 13ème.
Diffusion sur NBC le lundi soir à 20h (moyenne saison 3 : 6,14 millions de téléspectateurs, -8% par rapport à la saison 2). Diffusion sur TF1 en France.
Renouvelé pour une saison 4.
Créé par Josh Schwartz.
Avec Zachary Levi (Chuck), Yvonne Strahovski (Sarah Walker), Adam Baldwin (John Casey), Joshua Gomez (Morgan Grimes), Sarah Lancaster (Ellie) et Ryan McPartlin (Levon)
Indice spoiler : 3/5
Par Boodream
Attention, série culte ! Oui, je sais, cette expression est galvaudée au-delà du supportable ; si comme moi vous faites régulièrement des descentes compulsives et frénétiques à la
FNAC* qui contribuent à aggraver votre déjà oppressant découvert à la banque, vous devez savoir de quoi je parle. C’est bien simple, cet
adjectif est utilisé absolument partout, pour vendre tout et n’importe quoi, et en particulier des produits dits culturels. Le problème, c’est qu’il qualifie parfaitement Chuck, qui, à défaut de
faire du bruit, est en train de marquer son époque. Lancée à la rentrée 2007 dans le champ de ruines que va s’avérer être le NBC post-Friends, la série est depuis le départ, à l’image de son
héros, un véritable outsider : renouvelée à chaque fois in extremis et quasiment contre tout attente, elle n’est pas assez profonde, sérieuse, ou réaliste pour enthousiasmer des critiques (qui
n’éprouvent par ailleurs -et paradoxalement- pas la moindre difficulté à savourer le délice olfactif que leur offre la production massive de méthane qu’ils émettent devant les pitreries
hilarantes à en crever d’Alec Baldwin et de Tina Fey), et un tout petit peu trop décalée pour fédérer le public en masse. Autant dire que le fait que la série ait pu connaître 3 saisons et qu’une
quatrième (de 13 épisodes, très probablement la dernière) soit prévue pour la saison prochaine tient véritablement du petit miracle. Tenez-vous bien : lors de la première saison, elle a bénéficié
de l’indulgence généralisée due à la grève des scénaristes ; lors de la suivante, elle a été au bord du bord du bord de l’annulation avant d’être sauvée par la mobilisation des fans et le
sponsoring l’enseigne de sandwichs Subway ( true story !) et finalement renouvelée mollement pour la mi-saison ; cette saison enfin, devant l’ambiance d’Apocalypse qui règne à NBC, la chance a
semblé enfin sourire à la série qui réalise des scores corrects (compte tenu du naufrage – amplement mérité- de Heroes, diffusée juste avant et dont les audiences sont dignes de la CW), bénéficie
d’une commande d’épisodes supplémentaires et est même renouvelée beaucoup plus tôt qu’à l’accoutumée. Mais c’était bien évidemment trop beau pour être vrai : aussitôt que sa reconduction fût
officielle, le show a connu une importante et assez mystérieuse fuite du public sur la fin de cette saison, pourtant de très bonne facture !
Rassurez-vous : j’ai, bien entendu, l’intention de vous parler du fond, du contenu de la saison 3 de cet OVNI télévisuel que, vous l’aurez sans doute compris, j’adore. Si je me permets d’insister quelque peu lourdement sur les chiffres et le contexte de programmation, ce n’est pas en raison de ma profonde fascination pour le site Audiences USA, par le biais duquel une bande de sériephiles monomaniaques, probablement cocaïnomanes et héroïnomanes (et certainement bien plus encore) passent leur temps à débattre avec une passion aussi admirable qu’inquiétante de notions absolument essentielles et obscures telles que le taux de rétention d’une émission, la cible dite des 18/49 ans, d’ hypothétiques et nécessaires aménagements de grilles ou encore la moyenne du nombre de fois où l’Américain de base se gratte les parties devant un épisode des Experts. Non, si je vous barbe avec l’historique de diffusion de la série, c’est uniquement pour mettre en avant une de ses composantes fondamentales : Chuck est une anomalie dans le paysage actuel de la télévision étasunienne, peuplé en majorité par des loners fabriqués sous vide pour la télé gratuite ou bien par des productions destinées au câble qui désormais, dans une relative (mais réelle) mesure peuvent avoir tendance à concentrer leur démarche créative sur l’utilisation abusive du mot « fuck », sur le-cul-qui-n’a-pas-l’air-d’être-du-cul-mais-qui-racole-quand-même-le-CSP+-qui-veut-s’encanailler, ou encore, dans le cas des séries proclamées intelligentes, sur une réalisation contemplativo-académique laissant penser que le summum du raffinement et de l’expression des aptitudes cérébrales humaines consiste à vibrer et à être bouleversé devant un plan fixe pseudo-métaphorique d’approximativement 17 minutes montrant une baie vitrée donnant sur un jardin dans lequel des enfants jouent. Et les aficionados de Mad Men savent de quoi je veux parler.
Chuck, disais-je, n’entre pas véritablement dans les standards existants, et en premier lieu entend nouer un lien affectif avec le téléspectateur, ce qui est véritablement anachronique. Les difficultés disons « industrielles » auxquelles est confrontée la série ont ainsi le mérite de mettre en exergue son caractère « artisanal », qui est sa principale qualité. En clair, le gâteau s’avère délicieux parce que sa recette est unique, soignée, spécifique, et extrêmement efficace, bien qu’elle ait recours à des ingrédients eux-mêmes très classiques. Parce que pour être honnête, si l’on s’arrête sur les grandes lignes du pitch, l’idée de mettre en scène une personne banale dont la vie est chamboulée par l’acquisition d’aptitudes extraordinaires et qui est appelée à prendre de grandes responsabilités tout en assumant un background familial ( et accessoirement en faisant en sorte de conquérir au passage l’être aimé, option fournie avec l’ABS et l’autoradio) est totalement éculée, vue et revue mille fois, au bas mot. C’est tout simplement le matériau de base de toute une sous-culture américaine plus ou moins adolescente composée de comics bien sûr, mais aussi d’une quantité de films et de fictions télévisuelles reprenant cette trame. Concrètement, plutôt qu’une énième et fade variation reprenant cette thématique, la série, véritable cousine-germaine autoparodique d’Alias (qui est un éminent avatar de la dite sous-culture et qui aura été au moins aussi novatrice et audacieuse d’une point de vue narratif qu’un 24 qui a bien meilleure presse) s’assumant comme telle, a choisi un parti-pris très tranché : celui de l’hommage. Cette voie lui offre un luxe rare, celui d’avoir de la distance par rapport à elle-même, de s’amuser en permanence avec les codes qu’elle adopte. Et Si l’on partage un tant soi peu cet environnement culturel là, le résultat est absolument jubilatoire, et surtout en constante et progressive amélioration, faisant de plus en plus émerger une mythologie, des enjeux, des gimmicks propres et identitaires au fil du temps tout en continuant à nous abreuver de références diverses.
Le show s’est ainsi véritablement affirmé au fur et à mesure, par étapes, et cette saison 3 est pour ainsi dire celle de l’arrivée à maturation. Ce n’était pourtant pas gagné
d’avance, tant le double épisode final de la saison 2, absolument brillant , et qui reste à ce jour le meilleur épisode de la série, avait généré des attentes élevées : après avoir avoir suivi
Chuck Bartowski dans la découverte du monde de l’espionnage, après avoir (clairement ?) identifié les Grands Méchants (Fulcrum puis The Ring), après avoir compris que son don n’était pas dû au
hasard et était lié à son pére qui s’était brutalement volatilisé durant son enfance, cette saison 3 se proposait donc, dans la continuité du cliffhanger précédent, de découvrir Chuck en
véritable espion, grâce aux toutes nouvelles capacités offertes par la version 2.0 de l’intersect, (c’est-à-dire de l’ordinateur se trouvant dans sa tête). Soit un véritable changement de cap,
une rupture avec le traditionnel « Stay In The Car ! », ordre rituel systématiquement formulé par ses coéquipiers précédemment. Cette évolution, risquée, quoique s’inscrivant dans une certaine
logique, n’aura non seulement en rien entravé l’esprit de la série, mais l’aura au contraire débarrassé de certaines lourdeurs comme les intrigues au Buy More qui se sont faites moins présentes
cette saison. Les aptitudes acquises s’avèrent être une source de fun supplémentaire, que ce soit via des scènes d’action, ou dans le cadre de situations particulières, comme lorsque Chuck doit
apprendre instantanément à jouer de la guitare. Quand au fameux couple hypothétique qu’il forme avec Sarah (interprétée par la toujours aussi ravissante Yvonne Strahovski) , si les choses sont au
départ un peu brouillonnes et agaçantes, cela se dynamise rapidement notamment grâce à la présence de sympathiques guests perturbateurs, que ce soit une étonnamment supportable Kristin Kreuk ou
un très convainquant Brandon Routh dans le rôle de l’agent Shaw, l’élégant bad boy de la saison. Bonus, la présence de deux acteurs connectés à l’univers de Superman donne bien évidemment lieu à
de prévisibles mais néanmoins indispensables clins d’œil. Rayon acteurs invités, on retrouve aussi avec beaucoup de plaisir Scott Bakula qui reprend son rôle –crucial- du père de Chuck, mais
également Monsieur Christopher Lloyd, soit ni plus ni moins que l’inoubliable interprète du Doc Emett Brown dans Retour Vers le Futur. La grande classe !
Mais si on prend comme toujours beaucoup de plaisir devant les épisodes, cette saison achève de donner une véritable portée dramatique à la série, qui lui permet de gagner en profondeur. Les protagonistes subissent une série d’épreuves difficiles qui tranche avec l’ambiance décontractée de la série. Un fil rouge est désormais véritablement constitué, des évolutions importantes surviennent, et pas seulement dans la vie du personnage principal : Morgan notamment ne se cantonne plus à une simple fonction d’amuseur maladroit, le Captain Awesome, gendre de Chuck, est plus awesome que jamais (un excellent épisode est ainsi épisode centré sur lui), quant à Ellie, la sœur de Chuck, elle prend également une nouvelle dimension en fin de saison même si elle est globalement toujours assez cruche. Le ton se veut bien entendu léger mais les scénaristes prennent un malin plaisir à alterner de manière presque brutale des scènes de grand n’importe quoi avec des événements plus dramatiques. La série n’a absolument pas choisi sa voix entre le Drama et le pur divertissement, ou plutôt elle a choisi de ne pas choisir et de jouer sur cette ambivalence. L’épisode final de la saison est à ce titre une illustration parfaite, à la fois riche et dense au niveau de l’intrigue et de l’humain, et ouvertement burlesque dans certains rebondissements absolument par réalistes. Cette ambivalence, cette contradiction apparente, fait partie intégrante de l’ADN de la série. Elle peut s’avérer très rebutante. Mais pour peu que vous acceptiez la mise à mal de certaines conventions et que vous entriez dans l’ambiance, je peux vous assurer, satisfait ou remboursé (pour les remboursements, adressez-vous au Blog Tv News, cela va sans dire) que vous adorerez. Surtout que cela est très loin de se limiter à un simple exercice de style. L’ensemble est remarquablement cohérent et maîtrisé, très bien produit, pour utiliser une analogie musicale (la bande son est d’ailleurs tout sauf anecdotique et constitue un autre point fort de la série). Le récit, pour être fun, n’en oublie pas moins de progresser, et les épisodes de fin de saison de Chuck ont du reste ont toujours été remarquables, ouvrant de nouvelles pistes tout en réussissant à donner véritablement l’impression que le cycle en cours a été parfaitement bouclé, à la manière d’un roman graphique. On retrouve ici clairement la filiation avec Alias, et c’est d’autant plus vrai que le final de la saison 3 renforce encore les similitudes entre les deux séries, en plaçant la mythologie familiale au centre des enjeux.
En somme, cette saison aura amplement répondu aux attentes placées en elle, en étant absolument fidèle à la promesse de la série : beaucoup de plaisir, pas coupable une seconde, grâce à une narration véritablement bien foutue qui donne l’impression (peut-être étonnée, mais peu importe) que les scénaristes savent à l’avance où ils veulent nous emmener. Le résultat est véritablement jouissif, avec des moments grandioses- souvent relatifs à l’hilarant et génial John Casey (qui, je l’avoue, est mon personnage préféré, interprété formidablement bien par Adam Baldwin), qui est, pour rappel, une sorte de caricature vivante de Jack Bauer, quoiqu’un tantinet plus humaine -voir plus qu’un tantinet-, mais marque aussi, et surtout, la confirmation d’un virage pris par la série qui se veut plus consistante et moins cartoonesque, sans rien perdre de son décalage en chemin. Ce qui illustre le mieux cette « maturation » douce de la série, c’est sans conteste un événement pyrotechnique majeur et hautement symbolique qui survient dans le final de cette saison.
Conclusion : Je ne vous en dis pas plus, vous n’avez qu’à regarder. Parce que franchement, si vous ne connaissez pas encore la série, ou si vous l’avez lâché prématurément, et que je ne vous ai pas donné, ne serait-ce qu’un peu, l’envie de vous y (re)mettre, c’est que je suis à peu prés aussi doué pour écrire une chronique que Raymond Domenech l’est pour entraîner une équipe de foot. Au milieu de cette saison télévisuelle bien morne où même des valeurs on ne peut plus sûres comme House ou How I Met Your Mother ont pu décevoir à des degrés divers, dans cette année civile bien morose, au cœur de cet été torride où l’être médiocre que vous êtes sera consciencieusement snobé par de sublimes demoiselles en maillot de bain dans le champ de vision desquelles vous n’entrerez même pas (bon, je parle pour moi, mais je demande d’être solidaires hein), Chuck est une vraie bouffée d’air frais qui fait du bien. Sinon, vous pouvez toujours regarder la saison 9 de Scrubs. Non, je déconne.
* Hadopi, tout ça. Pour avoir accès à certains produits culturels, il faut-être pété de thunes, ou criblé de dettes, au choix. Denis Olivennes, ancien patron de la FNAC (après avoir été le bras droit de Pierre Lescure à Canal lorsque celui-ci est passé du coté Obscur de la Force) et rapporteur en 2007 d’une mission sur la lutte contre le téléchargement illégal dont les conclusions sont d’un grand manichéisme, pour ne pas dire d’une stupidité proprement époustouflante, doit certainement se frotter les mains. Diffusion fraîcheur.
BOODREAM
(Crédit photos © NBC /DR. )
Prochaines chroniques de lundi à vendredi midi. Précédentes chroniques : http://www.leblogtvnews.com/categorie-11513584.html .
Participations cette saison, pour épauler Cole, de :
Tao (Critik en Séries)
Lulla (Des News en Séries)
Alain Carrazé (8 Art City)
Pierre Langlais (Tête de séries)
Pierre Serisier (Le Monde des Séries)
Btv27 (Series Live)
Dylanesque (Dylanesque TV)
Et Boodream.
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